‹ Le patriarche Saint BenoitChapitre 39 sur 102 · L1V INTRODUCTION · texte numérisé non relu

L1V INTRODUCTION

rien d'excessif pour une vie de soixante ans, ne saurait provoquer de défiance si Ton ne méconnaît le Dieu qui les produit. Sans doute, pour nous, pauvres humains à courte vue, les intentions divines ne sont pas toujours faciles à découvrir ; les voies de Dieu ne sont pas nos voies, et ses pensées ne sont pas nos pensées. Cependant on peut dire d'une manière générale, que dans la vie des saints le nombre et la facilité des miracles ont toujours pour but de montrer avec une transparence sans égale l'amour de Dieu pour la créature qui lui est fidèle. Puisque ses souffrances, sa mort, le don de lui-même enfin, ne suffisent pas à entretenir toujours cette conviction intime, que le Seigneur aime d'une tendresse inexprimable l'âme qui le sert; il daigne ajouter à sa démonstration mille preuves tour à tour terribles ou charmantes, grandioses ou familières, qui réveillent le cœur des témoins humains par la surprise, l'attirent par le charme, ou le ramènent par la crainte. C'est Dieu avec son amour qui se rend sensible, qui se met sous leurs yeux, sous leurs doigts, s'empare de leur être entier en le saisissant par les sens. Cela, on peut le dire, se retrouve à quelque degré dans les miracles de tous les saints auxquels Dieu donne d'en accomplir; et c'est assez souvent la seule raison qu'on découvre aux prodiges qui embellissent des vies très cachées aux regards du monde; ainsi les fleurs croissaient et multipliaient au Paradis terrestre.

Il y a en d'autres occasions des raisons plus spéciales, par exemple le soulagement des misères humaines pour le bien des âmes. Misereor super turbam, répète ainsi le Seigneur à travers les âges ; et pour soulager l'humanité lassée, l'aider à pour-

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suivre son pèlerinage, les saints s'en vont semant par les siècles des bienfaits de tous genres. Où seraient, que seraient aujourd'hui la France, l'Europe, si la Vierge Immaculée n'y répandait à profusion les grâces miraculeuses pour combattre le fléau envahissant du naturalisme? C'est l'utilité générale que saint Grégoire reconnaît aux récits de la vie des saints, où nous trouvons à la fois l'exemple de leurs vertus et le spectacle de leurs miracles. Le premier, dit-il, nous sert de bouclier, que nous pouvons et devons avoir toujours au bras pour combattre l'ennemi du salut ; mais les miracles attestent, en même temps que la vertu des saints, la vérité de la foi qu'ils ont prèchée. C'est donc là pour nous comme un retranchement où nous pouvons nous réfugier lorsque nous sentons notre foi chanceler (1).

Lorsque les prodiges se multiplient dans la vie d'un saint, c'est ordinairement que le Seigneur a en vue un but particulier, qu'il veut appeler l'attention des hommes sur un point déterminé : comme par sainte Brigitte ou saint Vincent Ferrier, la conversion des peuples à la veille ou au lendemain des

(1) Combien saint Grégoire eût été surpris et affligé de voir la vie des saints mutilée de cet élément miraculeux! Nous donnons ici tout le charmant passade résumé ci-dessus :

« Hoc agunt propu^rnacula quod clypei, quia utraque pugnantem muniunt. Sed inter utraque hoc distat, quia clypeum pro nostro munimine ubicumque volumus movemus ; propugnaculo autem defendere nos possumus, sed hoc movere non pos- Mimus. Clvpeus in manu est, nam propu^naculum non tenetur. Quid ergo inter propug'nacula etclvpcos distat, nisi quod in o eloquio patium prajccdentium et miracula legimus, et virtutes bonorum operum audimus. Ibi namque cognoscimus quod alius potuit mare dividere, alius solem Dgere, alius mortuum suscitare... Qui tamen omnes et patientiae longanimitate mites, et zelo rectitudinis ferventes fuerunt, verbi pnedicationc divites, simul et misericordiaj lar^ritate. Hi itaque <juam vera de Deo dixcrint testantur miracula, quia talia per illum non lacèrent nisi de illo vera narrarent. Et quam pii, quam humiles, quam benigni ex&titerint, corum testantur opéra-

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