‹ Le patriarche Saint BenoitChapitre 92 sur 102 · VITA SEVERINE V1TA MAURI · texte numérisé non relu

VITA SEVERINE V1TA MAURI

Cum... rex Francorum apicem Theodebertusrex nobiliterregnj

regni sui... nobiliter gubernaret. Francorum apicem gubernabat.

Voilà enfin quelque chose de précis. Encore deux ou

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trois rapprochements comme celui-ci, et nous pourrons dire qu'Odon a copie le style de la Vit a Severini. Seulement on ne nous les fournit pas, ces rapprochements; et dès lors que prouve celui-ci? Pas grand'chose, sinon ce que nous disions tout à l'heure, que certaines locutions plus ou moins spéciales peuvent se rencontrer chez des auteurs du même temps, sans qu'il y ait à conclure à une copie des uns par les autres. Odon a parfaitement pu lire la Vit a Severini, qui est antérieure à son œuvre. Cette locution l'a charmé, parce que les prétentieux imitent plus volontiers les défauts que les qualités d'autrui. En bonne logique, on ne peut rien conclure de plus d'un tel exemple, tant qu'il est isolé. Le maître dit bien que « certaines phrases présentent des analogies », mais il n'en cite pas, ce qui eût été nécessaire. Poursuivons donc : saisirons-nous enfin autre chose que des ombres?

<v Au moment de quitter Agaune, Séverin reçoit une v révélation de l'époque de sa mort analogue à celle qui « est faite à saint Benoît. »

Pardon, maître : ici vous avez une distraction. C'est saint Grégoire, s'il vous plaît, qui a fait connaître la révélation que reçut saint Benoît : que le Faustus Severini s'en soit inspiré, peut-être, si vous y tenez ; mais il n'importe; le Faustus Mauri est ici hors de cause.

« Les moines d'Agaune expriment comme ceux du « mont Cassin leur douleur de voir le saint s'éloigner, et « sont de même consolés par lui. »

Nous avons souligné comme et de même, parce que ce sont les mots qui importent à la thèse du maître ; mais ils constituent des erreurs de fait. Les moines d'Agaune apprennent que leur abbé va les quitter pour aller mourir ailleurs ; ceux du Cassin apprennent que leur abbé détache au loin celui d'entre eux sur lequel ils fondaient l'espoir de l'avenir. Les premiers se plaignent en un discours direct, après lequel l'exclamation obligée du biographe :

' I quantus eorum erga ejus... etc. » ; les seconds pleurent en silence. Séverin répond en deux mots à ses moines :

« Nolite, fratres mei, nolite in hoc contristari : omnia « quœcunque vult Dominus facit in cœlo et in terra. » Et puis, ajoute le biographe, « necessaria itineris sui prœ- « parare jubet, ac deinde eos blandis consolabatur verce bis. » Benoît, moins pratique, s'occupe d'abord de relever l'âme de ses moines au niveau de la charité surnaturelle ; il leur adresse une allocution, que nous eûmes jadis le regret de voir jugée digne d'un éternel oubli par une plume bénédictine, mais que nous persistons à relire avec respect, tant elle nous paraît, quant aux pensées, digne du saint Benoît qui a écrit la Règle. Cette allocution s'adresse à ceux qui partent comme à ceux qui demeurent; la part de tous y est faite, même celle du Père qui donne son fils de prédilection ; et dans sa brièveté elle restera la charte de toute fondation monastique digne d'être bénie de Dieu. Où trouver l'idée de tout cela dans le tableau si différent d'Agaune ? Le maître continue :

« Plusieurs des miracles opérés par Séverin rappellent « ceux qui sont racontés par le biographe de saint « Mauf. »

Plusieurs ? Autant dire tous, car il n'3^ en a que trois dans la Yita Severini. Nous ne comptons pas, bien entendu, le cliché médiéval « claudis gressum, mutis « loquelam, cœcis lumen, etc.. » Les trois miracles détaillés par le Faustus Severini sont : la guérison d'un évêque sourd et muet depuis un an, celle d'un lépreux, enfin celle de Clovis malade de la fièvre. Saint Maur n'a eu à guérir ni évêque ni roi malades, et n'a pas même rencontré de lépreux. En revanche il a ressuscité deux morts, marché sur les eaux, guéri fracture et entorse chez ses compagnons de route, multiplié le vin, guéri un cancéreux. Où trouver une analogie entre les deux séries? Dans le mode d'opérer des deux thaumaturges? Pas davantage; il semblerait même que saint Maur avait ses façons à lui, assez particulières. Enfin ses guérisons ne s'opèrent jamais sur des grabataires, comme pour Séverin deux fois sur trois. L'un et l'autre, il est vrai, prient le plus

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vent pour demander à Dieu la guérison : encore est-ce dans des conditions et sous des formes très différentes, te prière se retrouve chez tous les thaumaturges : il n'y a pas même à insister sur ce point, que saint Grégoire a depuis longtemps traité au IIe livre de ses Dialogues. muions plutôt L'examen des prétendues preuves qu'apporte le maître :

• Enfin, dit-il. Séverin, sur le point de mourir, se retire

après d'un oratoire, comme Maur auprès de la chapelle

« de Saint-Martin ; et tous deux, avant d'expirer, recom-

« mandent à leurs compagnons : Séverin le prêtre Faustus,

« et Maur Bertulfus. »

De tous les parallèles tentés jusqu'ici, ce dernier est peut-être le plus extraordinaire ; que le lecteur en juge :

Séverin. sachant son heure prochaine, quitte Paris en hâte et se rend à Château-Landon, parce qu'il faut absolument qu'il y laisse ses os, tout le récit n'étant composé que pour cela. Sur le haut de la colline, il y a un oratoire en bois, desservi par deux prêtres, auxquels Séverin adresse, aussitôt entré, un petit discours, sans autre cérémonie ni préambule ; c'est pour leur annoncer qu'il vient mourir là et se faire enterrer par eux. Il lègue de plus à leur sollicitude les deux moines qui l'accompagnent. Les chapelains trouvent cela tout naturel, et après quelques jours écoulés dans la prière, Séverin expire.

Passons à Glanfeuil. Maur a su, par saint Benoît, qu'il ne doit pas survivre à la quarantième année de la fondation : la trente-huitième arrivée, il veut passer en ermite, quasi en reclus, les deux ans qui lui restent à vivre et se fait construire une petite cellule contre l'église Saint- Martin, avec laquelle communiquera son étroit logis. Deux frères lui rendront seuls les légers services que son réelarnern. .M mis la Communauté ne peut demeurer s;ms abbé. Maur la convoque, avant de se séparer d'elle, et expose la question. Tous les moines s\'iccordent à lui laisser le choix de son successeur, et il le porte sur Ber-

tulfus. Mais il recommande aux quatre compagnons qui sont venus avec lui du Cassin d'assister le nouvel abbé, pour Vaider à demeurer dans la vraie voie monastique. Dès lors commence la vie érémitique, pour deux ans. L'annonce de la peste est faite au reclus; cent quinze moines y succombent en cinq mois, et Maur, le dernier, expire devant l'autel de Saint-Martin.

Le lecteur voudra bien comparer ce résumé, que chacun peut aisément vérifier, avec celui que s'est permis le maître « ennemi de la fraude » ; et puis il prononcera : est-ce là de la critique? Et les accusations tendancieuses formulées plus haut prennent-elles beaucoup de valeur dans la page où les faits sont à ce point travestis ?

Nous touchons à la fin; mais il faut entendre encore ceci :

« Un dernier trait, dit le maître, et non des moins « caractéristiques : la vie de saint Séverin s'offre à nous « tout à fait dans les mêmes conditions que celle de saint (( Maur : comme elle, elle est précédée d'une préface où « l'éditeur avertit qu'en transcrivant, sur l'ordre de « l'évêque de Sens, Magnus (801-818), l'œuvre de Faustus, « il a cru devoir corriger les fautes du scribe et perpétuer « cette histoire en un langage plus clair; il ajoute que, « s'il n'a pas reproduit les mots eux-mêmes, il a du moins « conservé le sens et l'ordre de cette composition. »

Cet exposé vaut à peu près le précédent, il est pénible d'avoir à le remarquer. Les deux œuvres que le critique s'obstine à vouloir mettre en parallèle ne se présentent pas du tout « dans les mêmes conditions ». Le fait d'être précédé d'un prologue n'impliquerait nullement l'imitation de l'une par l'autre, attendu que l'usage du prologue pour ces sortes de compositions était général. Mais il y a plus.

La vie de saint Séverin s'ouvre par un prologue où le nom du premier biographe, supposé contemporain du héros, est simplement mentionné. L'anonyme qui prétend réviser une version primitive explique en quelques

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lignes pourquoi et comment il travaille à cette édition revue et corrigée. Puis il s'épand aussitôt en ces formules

admiratives pour le saint, qui se retrouvent à chaque pas dans la biographie et composent plus de la moitié de cette préface. Tout autre est la physionomie de la Vita Afauri pour son début : elle s'ouvre non par un prologue,

mais par deux, bien nettement distincts, celui de l'éditeur nouveau. Odon, puis celui du rédacteur primitif, Faustus. st exactement ce qu'on ferait de nos jours pour rééditer une œuvre du xvii" siècle ; mais au ixe, c'est une particularité remarquable, qui sépare absolument ce travail de la Vita Severini. De ces deux prologues, ni l'un ni l'autre n'est du style admiratif, mais d'ordre historique à peu près complètement. Dans celui d'Odon, le premier des deux, se rencontrent seulement quelques lignes qui, à première vue, offrent une certaine similitude avec celles de la Vita Severini, dont le critique a donné le résumé. Similitude apparente plus que réelle. Fût-elle absolue, qu'est-ce que cela pourrait signifier? Que l'abbé de Glanfeuil avait lu le pseudo Faustus Severini: c'est très possible, nous l'avons admis. Qu'il lui a emprunté une idée de son prologue? Si l'on veut. Et après? Quand on nous prouverait qu'Odon a copié toute sa préface à lui (le prologue qui est le premier des deux i, cela prouverait que ce prologue cVOdon est du ixe siècle : on le savait assez. Mais cela ne signifierait nullement que tout le reste de l'œuvre soit du même temps pour le fond comme il l'est pour la forme, à moins qu'on affirmât ce qu'il faut démontrer, à savoir qu'Odon a tout inventé d'un seul jet, quoiqu'il dise le contraire.

Au surplus, la similitude que nous admettons dans le prologue, pour ne pas sembler outré, n'est qu'apparente. A notre avis, Odon s'est bien plus inspiré de saint Grégoire que du Faustus Severini, en écrivant sa préface et en retravaillant celle du Faustus Mauri(i). Certainement il

! S. Greg. Dialog. prol. sub finem : « Hoc irero te scire cupio « quia in quibusdam sensum solummodo... tenco : quia si de per-

avait sous les yeux et employait pour son travail le livre des Dialogues ; on le sait de lui-même. Il y a pris l'idée d'expliquer la part de rédaction qu'il apportait à l'œuvre de l'auteur primitif. Et, pour qualifier le style de ce primitif, en retravaillant le second prologue, il a employé un terme qui se retrouve chez saint Grégoire (1).

D'autre part, le rapport de similitude signalé entre deux phrases n'est que spécieux, selon nous ; qu'on en juge; voici le texte du prologue du' Faustus Severini en regard du texte écrit par Odon pour son prologue à lui :

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