‹ Le patriarche Saint BenoitChapitre 94 sur 102 · ODON · texte numérisé non relu

ODON

Et quia tam inculto sermone quam vitio scriptorum depravati (quaterniunculi) videbantur, vitam B. Mauri prout potui corrigere satagens, viginti dierum plus minus consumpto labore, salva iide dictorum ac miraculorum inibi repertorum, sicut nunc habetur apertiorem eam legentibus reddidi et expressi.

Si l'on veut bien lire attentivement, on trouvera les expressions employées par Odon plus générales que celles de son modèle prétendu. Il déclare v corriger la vie « du B. Maur »>, de manière à « la rendre plus compréhen- « sible au lecteur. » Cela comporte non seulement un simple travail de rédaction, comme pour le Faustus Severini, mais encore des additions explicatives de noms et de dates, d'autres indications encore, que nous retrouverons bien, hélas! dans l'analyse de la Vita Mauri. Nous

« sonis omnibus ipsa specialiter verba tenere voluissem, hœc rusti- « cano usu vrolata stylus scribentis non apte susciperet. »

Or dans le prologue propre du Faustus Mauri (à la suite de celui d'Odon), nous lisons ces mots :

« Dcprecor eos qui hoc ad legendum sumpserint, ne rustico incul- « toque conscripta stylo fastidiant. »

Ce sont donc les mêmes idées, exprimées dans le second prologue par des termes qui rappellent singulièrement ceux de saint Grégoire.

(1) Terme qui a bien sa signification : rusticano usu ; rustico stylo ; c'est le patois populaire du vie siècle finissant. Et qui en aura lu quelque échantillon dira s'il était besoin de rédiger à neuf un récit écrit de ce style.

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aurons alors à apprécier ce travail ; pour te moment, nous constater qu'une chose, à savoir : que l'abbé de Glanfeuil s'avoue interpolateur, tandis que l'anonyme de saint Séverin se défend de toute intervention dans la composition et l'ordre du récit. Au reste, répétons le : quand on n'admettrait pas notre interprétation, fondée pourtant sur les textes; quand on maintiendrait que le prologue d'Odon est copié (pour quatre lignes) sur celui du faussaire anon3^me, cela ne prouverait absolument rien du tout quant à l'existence ou à l'inexistence d'une biographie plus ancienne de saint Maur tombée entre les mains de l'abbé de Glanfeuil.

Nous avons dû suivre pas à pas le maître critique, et été long. Mais il y avait nécessité. Giry attachait grande importance à réunir nombreux les indices accusateurs ; car sur cet aggrégat devait reposer le raisonnement suivant, par lequel le maître termine sa communication :

Un ensemble de faits démontre que la Vita Mauri a été inspirée par la Vita Severini et copiée sur elle en quelques parties.

Or, la Vita Severini est jugée; c'est un apocryphe qui ne remonte pas au delà du premier quart du ixe siècle.

Donc la Vita Mauri n'existait pas avant cette date.

Malheureusement nous avons soumis à l'analyse chacun des éléments qui constituent la majeure de ce raisonnement ; elle nous a donné pour résidu un nom, d'ailleurs assez commun, et une expression de trois mots; le reste s'est volatilisé. C'est trop peu pour vingt-cinq colonnes in-folio. La majeure du raisonnement tombe, et le raisonnement avec elle.

Puisque la Vita Mauri ne peut être supprimée d'un seul coup par la question préalable, il faut en revenir à la discussion détaillée. Seulement la position de la défense n'est plus la même que jadis. D'une part nous entendons le maître Giry, juge pourtant aussi prévenu qu'on vient de le voir, s'exprimer dans les termes suivants :

« On ne saurait dire que la fausseté de ce document « ait été entièrement démontrée jusqu'ici » (c'est-à-dire avant la découverte que ledit maître pensait avoir faite). « Les conditions dans lesquelles il se présente en rendent, « en effet, la critique particulièrement délicate : toutes les « erreurs qu'on y peut relever sont insuffisantes à prou- « ver qu'il n'a pas existé une vie primitive, altérée .comme « à plaisir par les remaniements maladroits de celui qui « se donne comme son éditeur du ixe siècle. Aussi les « érudits les plus prudents se bornent-ils à déclarer ce « texte peu digne de foi ou suspect, en évitant de se pro- « noncer catégoriquement sur son authenticité (1). »

Nous voilà donc déchargés d'une crainte : celle de « compromettre l'honneur de notre Ordre en nous obsti- « nant à défendre une thèse insoutenable (2). » Nous voilà loin aussi de la formule satisfaite de M. Malnory : « Postquam nunc Mauri in Gallias adventum inter meras « fabulas rejecimus (3)... » Pas encore, à ce qu'il paraît.

D'autre part, de nouveaux arguments se sont fait jour. Les fouilles exécutées à Glanfeuil par le R. P. de la Croix, qui est bien sans doute une autorité, nous en ont fourni d'inattendus (4) ; et, en les constatant de ses yeux, feu le maître Giry devait avouer en 1898, deux ans après la communication que nous avons longuement discutée, que le rédacteur des actes de Saint-Maur avait vu en effet des restes du passé, c'est-à-dire d'autres sources d'information que la Vita Severini. Nous-même avons trouvé plusieurs autres choses, tant dans la terre que dans les

livres.

Nous procéderons donc dès maintenant à l'examen de la Vita Mauri, au point de vue de la véracité de son rédacteur. Nous voudrions mettre en un relief distinct d'une

(1) Bibl. de VÉcole des Chartes (1890), page 150.

(2) A nalecta Bolland., 1897, page 523.

(3) Quid Lxixoviemes monachi... (1894), page 20.

(4) Mélanges archéolog. du H. P. C. de la Croix, S. J. — Fouilles archéolog. de l'abbaye de Saint-Maur de Glanfeuil. Mémoire lu à l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres dans la séance du 28 avril 1898. — Paris, Picard (1899).

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part ce qui dénote la main d'un biographe primitif, contemporain de la période mérovingienne, d'autre part ce qui accuse le travail du rédacteur carolingien ; et nous commencerons par cette dernière constatation. Ce sera procéder à la restauration d'un tableau obscurci par la patine du temps; éliminons d'abord cette patine, pour faire revenir plus clairement ce qu'elle a recouvert de son voile malencontreux.

Les interpolations datées du ixe siècle. — La plus grave est sans contredit celle qui prétend rapporter l'entrevue de Fontrouge entre saint Romain et saint Maur avec la vision de la mort de saint Benoît. Elle a eu des conséquences désastreuses : l°pour l'œuvre d'Odon, sur laquelle elle a jeté une obscurité indéchiffrable, tant qu'on n'y a pas vu une interpolation ; et un discrédit complet, lorsqu'on l'a reconnue pour ce qu'elle est; 2" pour l'histoire de saint Benoit, en orientant à faux presque tous les biographes du saint Patriarche. L'homme du ix° siècle se trahit, dans le récit de cet épisode, par ce fait qu'il nous montre aux fontaines de Druj^es (Fontrouge) un monastère que saint Romain est en train de construire. Or ce monastère ne fut élevé qu'après la mort du saint abbé de Druyes ; la preuve en est que son corps ne reposa jamais dans l'église conventuelle, mais dans l'église paroissiale, assez distante du moutier, et où les évèques le prirent pour en opérer la première des translations qui allaient lui donner la célébrité des miracles (1). Le saint avait

(1) Cfr. Vie de saint Romain, par M. l'abbé I.eclerc 1893), œuvre intéressante au point de vue archéologique pour tout ce qui concerne Druyes. Quant aux Actes de saint Romain, c'est un pauvre placage du'xr siècle, dont le fonds est pris à l'épisode malheureux des Actes de saint Maur que nous étudions ; et le seul renseignement valable que l'on trouve- dans ces Actes est qu'avant le xr siècle on ignorait tout de saint Romain, sauf le fait de sa vie érémitique à Druyes et ses miracles posthumes.

vécu là en ermite, avec quelques disciples peut-être, ermites comme lui ; et ce fut après sa mort que s'éleva en ce lieu un petit moutier dont l'histoire fut aussi obscure qu'éphémère et dont il ne restait peut-être que des ruines. dès la fin du ixe siècle. Vivant ou déjà éteint, c'est celui que l'abbé de Glanfeuil a vu et cru contemporain de saint Romain. Nous lisons là en outre le récit de la mort de saint Benoît rapporté avec les paroles mêmes de saint Grégoire, au IIe livre de ses Dialogues; mais où Grégoire ne met que deux voyants, Odon incruste maladroitement saint Maur en troisième. Nous disons ailleurs que le saint Patriarche n'est pas mort en 543, mais en 547. Puis en 543 la Pâque tombait au 5 avril, non au 22 mars comme le veut Odon, sans s'apercevoir qu'il oblige son héros à venir en moins de deux jours de Verceil à Druyes à travers les Alpes et le Jura. D'autre part, rien absolument ne démontre ni même ne donne à penser que saint Romain de Druyes soit le même que le fidèle nourricier de Subiaco. Le nom de Romanus était assez commun, et les moines plus ou moins ermites venus des contrées orientales jusqu'en Gaule ne l'étaient pas moins alors. Rien donc ne reste de la mise en scène imaginée par Odon. Il reste, par contre, un fond de vérité, sous ce tableau vivant, nous le noterons plus loin. Actuellement nous nous bornons à éliminer la malencontreuse rédaction de l'éditeur carolingien. Il a voulu ici rehausser le prestige de saint Maur par une page de roman historique, où il groupe des noms connus : tendance qui est de tous les temps, même du nôtre. Mais il y a compromis à jamais son crédit, et fourvoj^é pour l'avenir tous ceux qui l'ont cru sur parole.

Les autres interpolations affectent un caractère différent, mais qui les date aussi clairement qu'il les révèle. Ce sont des interpolations utiles, peut-on dire ; et l'intérêt qu'elles offraient pour les moines de Glanfeuil au ix0 siècle ne fait nul doute, alors que, pour les moines italiens du vie siècle, elles n'en auraient eu aucun, non plus que de

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sens. Ainsi le soin avec lequel saint Maur aurait fait garantir par Théodebert la liberté de l'élection des abbés de Glanfeuil par les moines. On voit en cela l'homme du siècle, qui sait quelle a été l'ère de la commende militaire sous Charles-Martel et Pépin, quels désastres elle a causés à Glanfeuil comme ailleurs : à peine les blessures en sont-elles cicatrisées. En 543, pareille précaution eût été insolite : on n'y aurait pas songé, sinon à l'égard de l'évoque diocésain. Au début du vu'1 siècle en Italie, on l'aurait comprise moins encore.

L'homme de l'époque carolingienne se retrouve de même dans les termes où nous sont présentés Florus et le chancelier Ansebalde : le premier comme un maire du palais, mais avec les pouvoirs quasi-royaux dont ces maires ne jouirent que bien plus tard ; le second comme un archichancelier, parfaitement inconnu des premiers rois mérovingiens. Dans le cas du second de ces personnages, surtout, les invraisemblances sont frappantes. Ce n'est pas assez que Fauste, rédacteur des Actes primitifs, soit censé se rappeler ce nom après quarante ans et le transmettre aux moines du Latran qui devaient peu s'y intéresser; il faut encore nous montrer ce laborieux et expéditif chancelier occupé à rédiger le diplôme authentique des libéralités de Théodebert à Glanfeuil même, à main levée, sans aucune des précautions ordinaires du protocole. Si ce personnage a existé sous le nom d'Ansebalde, Odon ne l'a pas lu dans l'œuvre de Fauste, qui ne donnait pas même des noms plus importants, mais dans quelques débris du chartrier ancien de Glanfeuil, où il a puisé aussi les éléments de la fameuse charte de Clotaire Fr en faveur du monastère : cette charte, dont le début seul nous reste, est carolingienne par sa suscription, mais probablement refaite sur une charte plus ancienne en mauvais état, ou d'après des renseignements recueillis ailleurs ; et c'est Odon qui l'a recomposée, à notre avis (1). Les interpolations que nous relevons dans les

l Y. Marchegay, Archives d'Anjou, t. I.

Actes se relient à cette procédure, dans le but de reconstituer tellement quellement les titres de l'abbaye. L'intervention du roi Clotaire dans la Vita Mauri, à laquelle cette apparition n'apporte aucun élément nouveau, n'est destinée qu'à appuyer la charte. Cette préoccupation est transparente dans les deux dernières interpolations qui nous restent à relever.

Théodebert fait don à Glanfeuil d'un domaine du fisc royal, nommé Boscus, situé non loin du nouveau monastère. Ce fait, nous le verrons, n'a rien d'incroyable ni même d'insolite. Mais pourquoi cette mention spéciale, appuyée parle diplôme expédié sur l'heure et signé d'Ansebalde? Les moines du Latran ne s'intéressaient pas au fiscus Boscus plus qu'à tout autre domaine de Glanfeuil; mais les moines de ce lieu s'y intéressaient très spécialement, au contraire. Au dire même de l'abbé Odon, dans son récit de la restauration du monastère, le Boscus était la demeure du comte Rorigon, qui avait relevé Glanfeuil, mais n'en était pas moins le successeur de Gaidulf, le premier commendataire. Le comte Rorigon et sa femme avaient entendu restituer à Glanfeuil tous ses biens ; il importait que leurs héritiers ne vinssent pas contester la restitution du domaine où avait personnellement résidé le comte, et sa veuve après lui. D'où l'inscription spéciale dudit domaine dans la biographie de saint Maur.

Mais que pouvait valoir cette biographie en justice? Odon y a songé ; aussi sa dernière interpolation, destinée à sceller les précédentes, est-elle pour nous dire que le Pape Boniface a approuvé et confirmé de son autorité l'œuvre biographique de Fauste, les Actes primitifs. On s'est ingénié à découvrir de quel Pape Boniface il était ici question: de Boniface III ou de Boniface IV? ce qui reportait, en tous cas, la rédaction des Actes aux années 607-614, alors que Fauste eût approché de son centenaire et eût attendu vingt ans à Rome avant d'écrire la vie du saint pour ses confrères qui l'en sollicitaient. C'était se

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faire longtemps prier. En réalité, l'idée bizarre de supposer la confirmation pontificale d'une biographie purement historique n'est venue à Odon de Glanfeuil que comme un moyen de suppléer au défaut de diplômes authentiques et d'appuyer ceux qu'il cherchait à reconstituer. Cela peut s'accorder avec ce qu'il nous rapporte quant à la dispersion et à la perte des chartes de son abbaye ; car il faut être aux abois pour recourir à des expédients semblables; et il est douteux que celui-ci ait eu jamais grand succès. Pourquoi le nom de Boniface plutôt qu'un autre? Simplement, selon toute apparence, parce que le rédacteur des Actes s'étant servi ouvertement des Dialogues de saint Grégoire, il fallait chercher après le grand Pape dans la série des Pontifes romains celui qui donnerait cette opportune confirmation. Or, après saint Grégoire, il y avait trois Papes du nom de Boniface ; il pouvait donc y avoir plus de vraisemblance à nommer un d'entre eux, sans préciser autrement.

Sur ces interpolations diverses nous ferons deux remarques :

1° Elles portent avec elles et en elles leur date ; elles sont évidemment de l'époque carolingienne et ne peuvent appartenir à un document plus ancien.

2° Elles accusent nettement le but accessoire que poursuivait le rédacteur carolingien. Celui-ci visait, non à inventer un saint, qui était connu avant lui, mais à profiter de l'occasion pour servir les intérêts de son monastère, lui constituer des titres à peu près équivalents à des chartes qui faisaient défaut. Sont-ce là des inventions purement et simplement? Nous ne sommes pas en droit de le dire, alors que nous savons authentique la donation du tiern breton Anowareth, relatée aussi par Odon. D'autre part, il eût été singulièrement audacieux d'affirmer dans un écrit public, que la terre du Boscas, par exemple, avait jadis fait partie du domaine de Glanfeuil. En effet, la veuve du comte Rorigon vivait encore, abbesse d'un monastère ; Odon en appelle à son témoignage sur les

phases de la restauration de Glanfeuil (1). C'était s'exposer de sa part et de celle des héritiers du comte, à une protestation désastreuse, si le Boscus n'avait pas été donné par l'empereur avec tout le reste du domaine de Saint-Maur, s'il eût fait partie des biens héréditaires de Rorigon ou de la comtesse. En définitive, l'abbé de Glanfeuil interpole, invente des détails, mais il ne fait pas de faux au sens juridique du mot.

Voyons maintenant, dans le document ainsi dégagé, quels indices révèlent l'existence d'une biographie primitive. Nous les rechercherons par la méthode qui a si bien servi l'illustre commandeur de Rossi, et qui s'impose ici. Nous la pouvons résumer en nous appropriant presque textuellement les paroles du grand archéologue romain :

« L'exacte concordance des lieux et des faits, vérifiée u par les récentes découvertes, avec les renseignements « enregistrés dans [la légende de saint Maur], est une « preuve que celle-ci a pour fondement une première « couche historique digne d'estime et de respect. En effet, « ni l'examen des monuments souterrains n'a pu fournir « à l'auteur de cette légende la matière d'un ingénieux « roman, ni le hasard ne saurait être considéré comme « l'auteur de ces concordances de lieux et d'histoire (2)... »

L'application de ce principe à l'œuvre d'Odon sera bien facile, tant est manifeste son ignorance du passé. Là où il ne se trompe pas, il est clair qu'il ne comprend pas ; et c'est encore plus clair dans les nombreux passages où il donne de faux calculs et de faux noms. Quand nous aurons constaté que dans ces deux cas il nous conduit pourtant à des conclusions appuyées par l'histoire et l'archéologie, force sera bien de reconnaître qu'il n'invente

(1) M. Malnorv s'égaie de cet appel en raillant le grand âge de la comtesse. Il fallait pourtant bien citer les témoins contemporains des faits, qui pouvaient survivre ; et ces faits remontant à quarante ans et plus, ces témoins ne pouvaient être jeunes.

(2) Bullett. d'archeol. cristiana, 1869, page 15. — Cfr. Rev. des Q. Hist., ann. 1902, p. 231, art. de P. Allard.

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pas le tond de son travail, et qu'il a en mains un document

antérieur et véridique (1).

Nous avons trois séries de constatations à faire :

L° Les indices qui révèlent directement l'existence du

document primitif ;

2 Les erreurs chronologiques ;

Les erreurs historiques en un sens plus large, dont

nous rechercherons la genèse et l'explication, pour en tirer

les conséquences.

Quels indices revoient directement V existence d'un document primitif. — Pour les rechercher, suivons l'ordre des faits tel qu'il est donné par la Vit a Mauri.

1. Au départ du Cassin, le Patriarche des moines remet à son disciple le poids de la ration quotidienne de pain tel que le fixait la Règle, c'est-à-dire de la livre dont l'étalon demeurait au Mont Cassin. En France, et partout d'ailleurs, ce poids a beaucoup varié, parce qu'on ignorait quelle livre au juste avait entendu prescrire saint Benoît. Mais voici que l'étalon primitif, sauvé par les moines du Cassin lors du désastre de 580, rapporté par eux de Rome à la sainte montagne au vme siècle, y est retrouvé après bien des vicissitudes sur la fin du xixe, et reconnu authentique à des signes certains (2). Or, il pèse précisément ce que pesait la mesure adoptée au monastère de Saint-

1 Nous savons bien que cette méthode n'agrée plus à la critique progressiste. On a dit à ce sujet : Autant vaudrait faire le raisonnement suivant : On trouve dans Saint-Pierre de Rome une pierre d'un temple païen ; donc Saint-Pierre de Home était originairement un temple païen (V. Analecta Bolland., t. XXI,. fasc. 11. page 204). Nous avons le regret de constater que la logique est ici en défaut chez les princes de la critique. Nous ne concluons pas en disant : donc S. P. était un temple païen ; mais en disant : donc il y a eu un temple païen d'où provient cette pierre.

2 Ijom Tosti, .S. Benedetto, Diecorso Storico, c. v, § 12. — Trad. franc, du chan. Labis, p. 161.

Maur-des-Fossés (1), où l'étalon consistait en morceaux de plomb renfermés dans un petit sac de peau de cerf (2). On connaît les relations intimes du monastère des Fossés avec Glanfeuil, qu'il restaura au début du ixc siècle, comme il a été dit ci-dessus. On sait, de plus, que le corps de saint Maur y fut déposé définitivement en 868. Est-il donc téméraire de croire que le sachet de peau et son contenu ont été sauvés des Normands en 863 comme le poids étalon l'avait été des Lombards en 580, et porté en Bourgogne, puis aux Fossés ? Remarquons, au surplus, que ces morceaux de plomb répondent bien à l'idée que l'on peut se faire d'un poids improvisé au moment d'un départ, alors que le temps manquait pour façonner un poids en bronze pareil à l'étalon. C'est un expédient de circonstance. D'autre part, si on n'a pas, aux Fossés, transformé ce plomb en un objet de forme régulière, ou du moins si on a tenu à conserver le petit sac et son contenu, c'est qu'il s'y attachait une idée, un souvenir, qui les rendaient chers. La conjecture que nous venons de formuler se présente alors d'elle-même à l'appui du texte.

2. La caravane se met en route. L'épisode de l'office de nuit à la première étape, l'arrivée imprévue des envoyés de saint Benoit, sont peints avec un naturel qui frappe un moine, surtout s'il a jamais fait partie de petits groupes monastiques détachés au loin.

3. Le voyage du Cassin à Verceil est lent, d'après les dates données par les Actes. Eh ! l'on était en pleine guerre des Goths; l'armée de Totila occupait l'Italie; prêtres ou moines catholiques avaient fréquemment à subir de cruels supplices, que nous font connaître les Dialogues de saint Grégoire. Dans ces conditions, il fallait voyager furtivement, et l'on ne pouvait aller vite, il est douteux qu'Odon ait songé à cela : il en aurait dit un mot, qu'il ne dit pas. C'est donc un trait de vraisemblance à enregistrer.

(1) Dom Martène, Comment, in Reg. S. lienedicti, cap. xxxix.

(2) Hœften, Disquisitiones monast., lib. X, tract. III, disquis. II.

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». La mort de Tcvoque du Mans, les dispositions hostiles de son successeur, correspondent nettement à ce qu'on sait de la période obscure qui suivit la mort de saint Innocent. C'est assez précis pour fournir une date quant à l'arrivée de saint Maur en France. Mais il est bien clair qu'Odon n'a pas inventé cet épisode, puisqu'il le place après la mort de saint Bertrand où rien de pareil ne se produisit. 11 a donc été renseigné par un bon document, qui cependant ne nommait pas révoque.

5. On arrive à Glanfeuil ; il y avait là, dit le récit, une terre que possédait le noble Florus « par héritage paternel ». Nous examinerons plus tard le cas de ce noble galloromain, d'origine angevine, fixé pourtant au service du roi d'Austrasie. Pour le moment, remarquons seulement qu'il y avait bien à Glanfeuil une villa gallo-romaine, et une villa riche, reconstruite au ve siècle environ. Les fouilles du R. P. de la Croix, quoique limitées au nécessaire, à l'exclusion d'autres parties dont nous connaissons positivement l'existence, ont fait retrouver cette villa, les murs à appareil romain des bâtiments d'habitation, le long aqueduc, aussi romain, qui conduisait les eaux du coteau jusqu'aux bains (retrouvés de même), puis à Télégant nymphée circulaire dont aucun autre spécimen n'est plus connu en France (1). Tout cela est indéniable. Mais ce qu'il importe ici de noter, c'est qu'Odon, au i.v siècle, n'avait pas ces restes sous les j/eux, et que, les eût-il vus, il n'y eût rien compris. Pour s'en assurer, il suffit de lire son récit en face de ce qui nous reste.

Et, d'abord, il s'agit pour lui d'un domaine qu'il désigne par le terme vague de possessio : très certainement, il n'a pas vu les restes qui caractérisent une riche maison d'exploitation rurale dans l'antiquité romaine. Et en effet, le seul débris de la villa visible au ix' siècle était le

(i) Notons encore des chapiteaux gallo-romains, très riches et d'un faire excellent, retrouvés çà et là au cours des fouilles, avec d'autres déhris de sculptures, des tuiles romaines, des ustensiles meule à moudre, notamment) de la même époque, etc.

nymphée, transformé d'ailleurs. Les autres murs et pavés se trouvaient depuis quarante ans sous le sol du préau du cloître ou recouverts pour la plus grande partie par les bâtiments monastiques élevés au début du ixe siècle grâce au comte Rorigon. L'église de ce moutier, notamment, s'étendait au-dessus des murs où l'appareil romain est le plus caractérisé, ainsi qu'on peut le constater encore aujourd'hui (1).

Quant au nymphée, Odon n'en a pas même soupçonné l'origine et le caractère. Il l'a vu dans l'état général où le monument subsista jusqu'au xvne siècle, c'est-à-dire qu'une maçonnerie de gros moellons comblait les vides laissés originairement entre les légères colonnes qui, trois à trois sur les rayons du cercle, soutenaient l'entablement et le toit du gracieux édifice. Fermé ainsi par un mur plein, sauf sur le côté nord où Ton avait ménagé une baie en enlevant trois colonnettes ; pavé au-dessus de ses deux bassins concentriques, qui avaient ainsi disparu; le nymphée devenait une petite rotonde close ; le xiie siècle, en le dépavant et en ouvrant deux passages au nord-est en communication avec le nouveau cloître, en fit le lavatorium monastique (2). Mais Odon n'a rien compris aux colonnettes qui se voyaient engagées dans le mur à l'intérieur, ni aux quatre grosses colonnes demicylindriques qui, à l'extérieur, faisaient saillie comme des contreforts. Il attribue simplement à saint Maur la construction en ce lieu d'une « tour très élevée » (qualifiée quadrifida, à cause des quatre demi-colonnes en saillie),

(1) Cette église renfermait le tombeau de Rorigon et de sa famille, tombeau qui demeura à la même place lorsque au XIe siècle, après une ruine nouvelle, l'église fut réédifiée ; encore, lorsqu'elle fut amplifiée au xne siècle par l'adjonction d'un vaste sanctuaire avec déambulatoire. La tombe du fondateur ne disparut qu'auxvnie siècle, lorsqu'on suréleva le niveau de l'église pour échapper aux crues de la Loire.

(2) Grâce à cette destination, l'édifice put survivre jusqu'au xvir siècle ; alors <»n le démolit en brisant les colonnes, lorsque l'on remblaya le sol du préau pour construire le nouveau monastère (actuellement existant) à un niveau très supérieur. C'est ce que nous a prouvé une monnaie du xvn° siècle, trouvée au fond du nymphée, sur le pavage inférieur des bassins, lors des fouilles de 1898.

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qui faisait la chapelle de Saint-Michel [1 . Saint Maur estil l'auteur du remplissage qui défigura le nymphée? C'est probable: mais en tous cas il utilisa, il ne construisit pas L'édifice, dont Odon ne soupçonna pas l'origine galloromaine ; et, quant à la tour u très élevée », elle n'a jamais existé, certainement, sinon dans l'imagination du biographe; le mur n'avait pas l'épaisseur voulue, le diamètre du monument était trop court, pour qu'on ait pu surélever même d'un étage. En nous parlant de cette tour, dont il croyait ne voir plus que le pied, Odon n'a fait qu'affirmer ce que nous voulons établir, à savoir qu'il ne comprenait rien à la valeur archéologique des restes qu'il pouvait encore avoir sous les yeux, et qu'en nous parlant de la villa ancienne, il ne parlait pas d'après ses propres constatations, mais d'après des renseignements valables. Ceux-ci ne pouvaient être que des renseignements écrits ; car, selon la remarque, citée plus haut, du Dr Krusch, « la tradition orale n'existe pas pour un espace de trois « siècles ». Il avait bien réellement existé à Glanfeuil une villa riche et complète, toute différente des édifices galloromains qui avaient été élevés à Gennes, dans le voisinage, où un centre important pour la population s'était constitué; à Glanfeuil c'était bien uniquement une villa, sur le terrain même où les monastères se sont succédé aux différentes époques ; et à côté, seulement les quelques habitations des serfs du domaine, là où le hameau de Saint-Maur s'est perpétué.

6. Les constructions monastiques. — Florus, disent les Actes, fait venir d'excellents ouvriers. Cette note du chroniqueur nous revenait à l'esprit tandis qu'à plusieurs reprises nous entendions le R. P. de la Croix remarquer l'excellente qualité de la maçonnerie dans les diverses constructions mérovingiennes qu'il remettait au jour successivement.

1 • Quarta (ecclesia), quœ in modum turris quadrifida- in ingressu

■ rnonasterii altissime œdificata est, in honore S. Archangeli

■ Michaelis. ■

Qu'il y ait eu d'ailleurs des constructions exécutées à Glanfeuil à cette époque, nous en avons pour garant le perroquet que Courajod a relevé sur le pignon de l'ancienne église monastique (1) et qu'on y peut voir encore. C'est le signe caractéristique des œuvres d'art sorties de la main des Goths, et qui apparaît en Occident précisément à l'époque mérovingienne (2). Encastrée actuellement dans un pignon du xi* siècle, la pierre qui porte cette signature provient certainement d'un mur plus ancien, contemporain des princes mérovingiens, alors que les vaincus de Vouillé n'avaient pas été submergés sous l'invasion sarrazine, puis sous les bataillons de Charles Martel, alors qu'ils subsistaient encore comme peuple, en possession d'une nationalité bien caractérisée. C'est l'époque où ils signaient leurs œuvres du sigle de l'oiseau à bec crochu. Rien de surprenant à trouver la main des Goths d'Aquitaine dans un travail sur la rive gauche de la Loire. Odon, en enjolivant son récit, a fait venir ces ouvriers du palais royal, qui n'entretenait point d'équipes à ses gages. Mais son erreur ne tend qu'à mieux prouver l'existence de bons renseignements sur lesquels il travaillait, puisqu'il nous dit malgré lui la vérité. Il y a bien eu des constructions élevées à Glanfeuil aux temps mérovingiens.

Odon mentionne quatre églises édifiées par saint Maur en ce lieu. De ces quatre édifices, deux existaient seuls au ixe siècle, Saint-Martin et la « tour » de Saint-Michel, dont il a été question ci-dessus. Les deux autres avaient été détruits, à savoir : l'église principale de Saint-Pierre et Saint-Paul, et l'église de Saint-Séverin.

Nous remarquons quelque chose à propos de ces divers vocables. Ceux des SS. Apôtres et de saint Martin, Odon pouvait les tirer de son fonds. Mais pourquoi les deux autres? car il se trouve que le saint Archange et l'Apôtre du Norique intéressaient spécialement saint Benoît. Le récit des Actes nous dit qu'il envoya à son disciple des

(1) Leçons professées à l'Ecole du Louvre, t. I, p. 493.

(2) Ibid.

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reliques de saint Michel (1), de saint Martin, de saint Etienne, etc. Est-ee Odon qui a invente cela, pour dénommer les prétendues chapelles d'après les prétendues

reliques ? Non ; une preuve bien simple à noter est qu'il ne mentionne aucune chapelle de Saint-Etienne, nom qui ligure sur sa liste de reliques, tandis qu'il mentionne celle de Saint-Severin, nom qui n'y figure pas. Et ce dernier vocable est pourtant caractéristique; nous l'avons expliqué précédemment (2) et n'y revenons pas ; il suffit de remarquer qu'il eût fallu à l'abbé de Glanfeuil, pour l'inventer, un peu plus de science historique que manifestement il n'en avait.

D'autre part, le culte de saint Michel s'était propagé en Italie centrale précisément lorsque saint Benoît était jeune homme, et probablement lors de son séjour à Rome. C'est en effet vers cette date de 494 que se place l'apparition du saint Archange au Mont Gargan, événement qui fit grand bruit jusqu'à la cour pontificale et détermina un courant de dévotion dont le jeune Benoît ne put manquer de ressentir les effets. Nous comprendrons donc parfaitement que le Patriarche ait remis à son disciple Maur quelques reliques du sanctuaire du Mont Gargan, et que Maur les ait placées à Glanfeuil, dans un oratoire spécial. Nous comprendrions au contraire avec peine que l'abbé Odon fût tombé si juste en inventant ces détails.

De ces églises elles-mêmes, Odon nous montre à Glanfeuil celles de Saint-Martin et de Saint-Michel ; mais, pour les deux autres, il nous déclare qu'elles sont détruites et que les fondations même en ont été arrachées. Il dit cela, remarquons le, à la face des moines qui vivent à Glanfeuil, qui peuvent contrôler son assertion ; et du

i Acette époque, les reliques consistaient en étoffes déposées ^ur un tombeau <>u sur un autel, ou bien en fioles d'huile pri^' une lampe qui avait brûlé dans les sanctuaires, etc., mais non pas en fragments d'ossements, qu'on ne se serait pas permis de distraire du corps des saints. En ce qui concernait saint Michel, il -sait d'un fragment d'étoffe rouge provenant de l'autel du Mont Gargan.

2 Ci-dessus, page i23.

doigt il leur montre les rares débris, réduits à quelques pans de murailles, qui demeurent seuls du monastère primitif de saint Maur. Pour nous, il y a là encore un indice favorable à l'authenticité du récit.

En affirmant la destruction totale de l'église principale, Odon disait la vérité, nous n'avons pu que le constater d'une manière trop précise en fouillant. Quant à celle de Saint-Sé vérin, Odon montre bien qu'il n'en voyait plus traces, et partant qu'z'/ ne décrivait pas les antiques constructions d'après ce qu'il avait sous les yeux ; car, s'il disait vrai en affirmant que Saint-Séverin avait existé, il se trompait en affirmant sa destruction radicale : les fondations de cet oratoire (car ce n'était qu'une très petite chapelle) ont été retrouvées intactes et le R. P. de la Croix, en examinant la maçonnerie, l'a jugée identique à celle des fondations de Saint-Martin. Mais une autre constatation est venue confirmer que l'abbé de Glanfeuil nen avait rien vu; car sur ces fondations reposaient immédiatement les maçonneries exécutées au xne siècle, lors de la restauration générale du monastère. Pas une pierre ne date là du ix° siècle et de l'époque carolingienne : tout est bien signé authentiquement du xne siècle pour les murailles en élévation, de l'époque mérovingienne pour les fondations (1).

(i) Le plan de l'église Saint-Martin, avec ses trois nefs et son chevet carré, a excité les méfiances de l'Académie. Cela rappelle bien plutôt le xie siècle, dirent quelques membres de la docte assemblée. 11 est pourtant difficile qu'au ix° siècle Odon parle d'un édifice élevé au xic. On l'aura reconstruit ? Alors c'est une simple question d'architecture, et les Actes ne sont pas atteints, si l'on admet qu'au xie siècle l'édifice dont le R P. de la Croix a relevé le plan en a remplacé un autre plus ancien. Mais non; même au point de vue architectonique, le plan que nous possédons défend son authenticité. Nulle trace de fondations antérieures ; un chevet carré, un plan rectangulaire, au lieu du chevet en abside saillante qu'y eût mis le maître maçon- roman. Pas trace de contreforts ; donc, un édifice couvert tout en charpente apparente. Deux collatéraux très étroits, servant seulement de passages, le chœur des moines occupant le milieu ; un tout petit autel-mérovingien au fond. En somme, une de ces petites « basiliques » élevées partout dans les campagnes, dont parle le Concile d'Orléans de 511 : « Oinnes autem basilic;c, qute per diversa loca « constructa sunt, vel quotidie construuntur, placuit secundum « priorum canonum regulam ut in ejus episcopi in cujus territorio « sitœ sunt potestate consistant. »

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Voyons enfin ce qui concerne le monastère primitif lui-même. Odon nous dit d'abord que, faute d'espace suffisant entre la colline de Glanfeuil et la Loire, saint

Maur décida de construire sur la pente même de la colline. 11 ajoutera plus tard que Gaidulf a tout détruit, jusqu'aux fondations de certains édifices, et que de son temps on ne voit plus rien sur cet emplacement, sinon quelques débris réduits à l'état de ruines. Une question se présente dès l'abord à l'esprit : quel besoin Odon avaitil d'inventer cela, quand son monastère à lui, au ixe siècle, était reconstruit au bas de la colline, sur l'emplacement même de la villa ? Tant qu'à inventer, pourquoi n'eût-il pas donné à la nouvelle maison le bénéfice d'une succession vénérable, en la disant construite sur les ruines du monastère primitif ? Au contraire, quel motif, quel profit, à cette invention d'un monastère sur la colline? Nous ne parvenons pas à le comprendre. Mais il y a plus.

Lors des fouilles de 1898, on n'a pu retrouver aux environs de Saint-Martin, in proclivio collis, que les fondations de deux murs formant angle : maçonnerie toute semblable à celle des fondations de Saint-Martin et de Saint-Séverin, au jugement du R. P. de la Croix qui les a mises au jour. Le terrain de la colline a en effet subi de profondes modifications ; les terres du haut ont glissé ; la terre vierge affleure en haut, tandis qu'il faut en bas la chercher à deux mètres de profondeur. Un chemin vicinal a été ouvert en tranchée, faisant une courbe en quart de cercle précisément sur l'emplacement où il fallait chercher les traces des édifices mérovingiens ; et, au midi de ce chemin, le jardin du monastère a été remanié jusqu'au sol vierge. Si l'on songe que, d'ailleurs, les ruines du vie siècle ont été certainement exploitées pour les réédifications des ixe, xie et xnk ; qu'ensuite on s'est battu dans ce champ lors de la guerre de Cent Ans; il n'est pas surprenant que nous ne trouvions plus là aucun vestige reconnaissable. Et malgré cela, nous avons

vu dans les tranchées d'exploration quelques débris d'anciennes maçonneries, enfouies profondément. Le R. P. de la Croix n'a pu en faire état comme archéologue, parce que le mortier avait disparu. Nous, qui ne faisons pas de l'archéologie professionnelle, nous pouvons raisonner autrement, et dire qu'il y avait bien là des débris de murs, puisqu'il s'y voyait des cales d'ardoise introduites entre les pierres superposées. Déterminer l'âge précis de ces débris à leur simple inspection, nous ne le pouvions pas ; mais, en rapprochant le fait de leur existence des textes de la Vita Mauri, nous sommes en droit de remarquer que les uns et les autres s'appuient ; car nul ne peut affirmer non plus que ces restes ne datent pas de la fondation de Glanfeuil. Mais deux éléments plus importants encore nous ont été révélés.

7. Deux sortes de choses ont échappé à la destruction totale : une source, qui est captée sur le coteau, et des sépultures dans le champ voisin de cette source. Parlons d'abord de celles-ci.

Nous les avons rencontrées sur trois points, distants les uns des autres de vingt et trente mètres. Elles étaient exactement disposées les pieds vers l'Orient ; et il n'y a pas de doute que, si nous eussions voulu multiplier les tranchées, nous en eussions découvert d'autres dans les mêmes conditions. Ces sépultures étaient faites les unes d'ardoises épaisses, les autres de moellons plats posés de champ. Il n'y restait que peu d'ossements, entre autres un fragment de mâchoire inférieure avec plusieurs dents qui indiquaient un sujet mort jeune. Aucun objet ne s'est rencontré dans ces sépultures, sauf un morceau de plomb battu, replié en deux et roulé sur les bords, de manière à former un petit sachet long de trois centimètres et large de deux environ. Évidemment ce plomb avait dû renfermer quelque chose; mais il ne contenait plus rien, bien que toujours fermé. A notre avis, il a dû contenir une relique, c'est-à-dire un fragment de tissu, qui, avec le temps, est tombé en poussière.

saint mai h 455

Remarquons dans tout cela les points suivants :

Ces tombes étaient orientées, ce qui leur assigne une haute antiquité. L'ardoise, dans la région de l'ouest angevin, est mérovingienne. Ces tombes se trouvent dans un périmètre qui les place dans le voisinage immédiat du monastère primitif, si celui-ci a existé. Elles n'ont pas renfermé des corps de soldats anglais ou français tués dans les combats livrés à Glanfeuil, car il ne s'y est rencontré ni une arme, ni une boucle, ni un fragment quelconque d'armure ou d'équipement militaire. Il n'y a d'ailleurs jamais eu de cimetière en ce lieu, sinon celui des disciples de saint Maur déposés auprès de leur église, si la Vita Mauri a dit vrai. N'y a-t-il donc pas dans ces constatations de nouveaux indices en faveur de sa véracité ?

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