Passons à la source
Elle est située presque sur le plateau. Le R. P. de la Croix a retrouvé aux environs de Saint-Martin l'aqueduc romain qui amenait les eaux de cette fontaine à la villa de Florus : tuyau en plomb battu, noyé dans un mortier de couleur rosée, lequel forme un bloc prismatique à quatre faces. D'autre part, nous avons retrouvé aussi un caniveau ouvert, en tuffeau, qui se dirigeait vers le monastère actuel, lequel s'élève sur les anciennes constructions des ixe, XIe et xne siècles. Enfin, du N.-O. au S.-O., une ravine a été constatée par les fouilles, ravine qu descendait le coteau en s'élargissant progressivement, partant de la fontaine pour aboutir juste aux deux murs anciens découverts par le R. P. de la Croix. Or, en pratiquant à lra50 au-dessous de la fontaine une tranchée, transversale par rapport à cette ravine (aujourd'hui comblée , nous avons constaté l'existence d'un bâtardeau formé de grosses pierres noyées dans de la glaise, destiné à fermer aux eaux de la fontaine l'accès de la ravine; puis, sous ce barrage et reposant sur le sol vierge, nous
1) Pour suivre cette discussion un peu minutieuse, nous prions le lecteur de se reporter au croquis annexé à la présente étude.
avons trouvé plusieurs petits aggrégats d'un mortier rosé, identique à celui du conduit gallo-romain, bien qu'il n'y eût pas là trace de maçonnerie.
Rapprochées du texte des Actes de Saint-Maur, ces diverses constatations nous donnent les conclusions suivantes :
L'aqueduc gallo-romain a été coupé à l'époque où le nymphée de la villa, terme d'aboutissement des eaux, a été pavé et transformé en oratoire. Il a été coupé à la sortie même de la source, là où ont été retrouvés les débris de mortier signalés ci-dessus. Au xie ou au xne siècle, on a voulu rendre l'eau à l'ancien nymphée pour en faire le lavatorium du cloître (1) ; l'on put alors profiter des tuyaux de plomb anciens qui allaient du nymphée à la colline ; mais au pied de celle-ci il y avait solution de continuité et l'on perdait la trace du conduit gallo-romain (2). On établit donc, à partir de la source, un caniveau en tuffeau à ciel ouvert et, pour y détourner l'eau, l'on forma le bàtardeau dont nous avons constaté l'existence. Celui-ci barre perpendiculairement l'accès de la ravine : c'est donc que l'eau s'écoulait par là entre le jour où fut coupé le conduit gallo-romain et celui où fut établi le caniveau du xiT siècle. Il est même visible que c'est l'eau qui a creusé et élargi graduellement la ravine, comme peut le faire un courant à ciel ouvert que des obstacles entravent et forcent à ronger sur les bords. Remarquons-le : ce déversoir de la fontaine nous conduit tout droit à l'emplacement des murs retrouvés par le R. P. de la Croix et des fragments de murs que nous avons relevés nous-mêmes, c'est-à-dire à l'emplacement où se
(1) En effet, dans le parapet du cloître xne siècle, qui a été retrouvé au niveau du nymphée auquel il est tangent, nous avons constaté deux ouvertures, séparées par une des colonnettes. et qui donnaient accès dans ledit nymphée. De celui-ci donc la destination ne peut être douteuse pour cette époque.
',2) Celui-ci amenait l'eau de la fontaine à une auge de pierre, que nous avons retrouvée, ornée d'un masque qui jetait l'eau de haut dans un bassin inférieur, d'où elle passait aux bains, puis au nymphée, et de là à la Loire. Cette auge était en A.
ait élevé, selon la Vita Mauri, le monastère primitif. Et, si nous acceptons le texte d'Odon, tout ne s'explique-til pas le plus simplement du monde? Saint Maur établit I monastère au-dessous de la fontaine, y amène l'eau en coupant à sa naissance même l'aqueduc romain; puis vient la période de destruction et de désolation; le conduit à ciel ouvert est obstrué, l'eau se fraie un lit dans la terre, en suivant la même pente; au xn° siècle, on établit un barrage qui l'arrête et la détourne dans un nouveau canal, au profit du monastère restauré au pied du coteau.
Concluons donc que l'abbé de Glanfeuil nous a dit vrai encore sur la situation d'un monastère primitif élevé au flanc de la colline par saint Maur, et détruit depuis longtemps au ix'' siècle.