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rais un écho sympathique dans le sein de ce brillant auditoire que ma bonne fortune me procure ce soir ; et à l'éclat duquel ajoute tant la présence d'un chef d'Etat, aussi éminent par les qualités du cœur que par celles de l'esprit, On trouvera peut-être étrange qu'un homme de mon
âge, qui a vieilli sous le harnais politique, et que les luttes des dernières années auraient dû rendre plus positif, plus réaliste et moins enthousiaste, ait choisi un sujet si peu pratique et bien plus du domaine d’un jeune homme de vingt ans que d’un homme qui dépasse déjà la quarantaine, Que voulez-vous? on a des faiblesses à tout âge ; et j'ai conservé précieusement une illusion que je cultive avec amour et que je voudrais bien ne jamais perdre ; et cette illusion, c'est que le patriotisme est de tous les âges, de tous les temps et de tous les pays. J'ajouterai que s'il n'en était pas ainsi, il faudrait désespérer de notre siècle et de notre pays. D'ailleurs, il est bon de prouver aux égoistes et aux sceptiques que le patriotisme a encore sa place, et une grande place, au sein de notre population, surtout de la population de cette excellente cité de Québec, qui n'a pas encore oublié les grandes traditions du passé. Que l'on soit vieux ou jeune, homme politique ou simple citoyen, on aime à redire avec Pamphile Lemay :
Je t'aime, à ma jeune patrie,
Quand le printemps t’orne de fleurs ;
Et quand l’automne t’a flétrie,
J'aime encore tes champs sans couleurs,
Tes bois où plane le mystère,
Tes fleurs et leurs riants bords.
Pour te chanter, 6 noble terre, Toujours ma lyre a des accords. .....
L'esprit de parti, né de nos luttes fratricides, a sans doute émoussé les sentiments nobles et élevés que nous avons reçus de nos pères ; et qui ont laissé tant de traces dans notre histoire ; mais il est bon de nous retremper à ces grands souvenirs et de nous rappeler ce que nous fâmes
autrefois, Peut-être que nous réussirons à imposer à notre
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mémoire ingrate la pensée si consolante que nous sommes tous des enfants de la même famille, de la grande famille française à laquelle nous sommes si fiers d’appartenir, et qu'un long siècle de séparation ne nou: à pas encore appris à oublier.
C'est dans ce but, auquel vous voudrez bien concourir, que je vais essayer de vous entretenir un instant des conditions du véritable patriotisme et des devoirs qu'il impose.
Le patriotisme, c'eit l'amour de la patrie, c'est le dévouement au pays qui nous a vu naître ; c'est un sentiment qui grandit ou s'éteint graduellement avec l'âge. Chez l'enfant, c'est l'amour du foyer domestique, témoin muet des premiers chagrins et des premières joies ; car la patrie pour lui, c'est la famille, c'est le ruisseau qui coule en murmurant aux pieds de la colline, près du grand chêne qui a protégé ses jeunes années de son ombre tutélaire. La famille : quel mot rempli de charmes et de mystères ! mot qui révèle tout un empire, à la fois puissant et gracieux, au sein duquel les lois, dictées par l'amour, se transmettent dans un sourire et s'exécutent dans un baiser. Dans cet empire, comme dans la divinité, il y a la trinité des pouvoirs et des attributions : le père y personnifie la force, l'enfant y représente l'avenir, et la femme, l'ange du foyer, y donne le bonheur que nous sommes si avides à convoiter, et si maladroits à conserver. Pour l'enfant il n'y a pas d'autre patrie, car pour lui il ny a pas d'autre amour, Enlevé de ce berceau, de ces lieux charmants, privé de ces êtres chéris,il souffre, gémit et languit comme la plante que le soleil n'échauffe plus. Madame de Girardin a rendu cette pensée d'une manière admirable quand elle dit :
Où l’on aima sa mère, où l’on connut son Dieu, Où naissent les enfants dans la chaste demeure
Où sont tous les tombeaux des êtres que l’on pleure.
Chez l’homme, dans l’âme duquel le patriotisme a eu toute son expansion, ce sentiment embrasse tout le pays, toute la nation et, se fortifiant dans les souvenirs du jeune âge, comme le tronc d’un arbre se fortifie dans la sêve que fournit un sol riche, il devient une puissance, capable des plus grandes choses, des plus nobles actions, C'est alors que le patriotisme grandit l’homme et en fait un héros.
Voyez ce citoyen dont le pays est envahi par les hordes ennemies : il s'échappe des bras d’une femme aimée, presse sur son cœur l'enfant nouveau-né, gage sacré des amours bénies par Dieu ; frédonne un chant national pour cacher l'émotion qui brise son âme à la pensée qu'il ne reverra peut-être jamais ces êtres chéris, et s’élance, soldat courageux, sur le champ de bataille où la mort fauche les humains comme le moissonneur fauche les épis murs. Tout à l'heure cet homme était doux et tendre ; et les caresses d'une femme le rendaient faible et timide, Voyez maintenant comme il est changé ! comme il attaque l’ennemi avec courage ! comme il le combat avec impétuosité ! comme il le terrasse avec force! L'amour sacré du pays en a fait un héros ; et les horreurs de la guerre en feront un martyr. Disons avec Victor Hugo:
Ceux qui pieusement sont morts pour la patrie Ont droit qu’à leur cercueil la foule vienne et prie. Entre les plus beaux noms leurs noms sont les plus beaux. Toute gloire près d’eux passe et tombe éphémère Et comme ferait une mère La voix d’un peuple entier les berce en leur tombeau,
Le patriotisme n’enflamme que le cœur du citoyen libre ; celui de l’esclave en ignore les nobles aspirations, car le sol auquel il est enchaîné n’est pas une patrie ; c’est le ponton du galérien., Les fers peuvent bien enfanter la haîne, mais jamais l'amour. Oui! pour être véritablement patriote, il faut être véritablement libre, car pour aimer son pays, il faut y avoir des droits à exercer ; or l’esclave a des devoirs à remplir, mais n’a pas de droits à revendiquer, “On a une
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patrie sous un bon roi, on en a pas Voltaire; et Chateaubriand, de son coté, a proclamé cette grande vérité : “ Quand la liberté à disparu, il reste un pays, mais il n'y a plu: de patrie.” Plus la constitution d'un peuple octroie de saines libertés, plus ce peuple se dévoue à la chose publique ; plus il travaille à construire l'édifice politique, plus il s'intéresse à sa conservation, Dans un pay: réellement libre, chaque citoyen est une partie du tout ct cette pensée le rend fier et heureux. Or, le gouvernement qui distribue le bonheur et fait naître la prospérité est solidement assis ; au lieu de s'appuyer sur les bayonnettes, il s'appuie sur l'intérêt et sur l'amour du peupie ; or l'intérêt et l'amour ne sont pas révolutionnaires.
sous un mauvais,” a dit
L'histoire du genre humain nou; fournit denombreux et de beaux exemples de patriotisme ; recueillons-en que!ques-uns.
Léonidas se dévouant aux Thermopiles avec ses trois cents spartiates ; Timoléon, sacrifiant son frère pour sauver Corinthe; Brutus, immolant son fils qui a osé rêver le retour des Tarquins, race maudite, encore teinte du sang de Lucrèce ; Phocion et Caton, prêchant et pratiquant la vertu et rendant leurs compatriote; meilleurs ou moins méchants ; Cornélie, donnant aux femme:, l'exemple des grandes traditions de la famille et montrant ses fils, qu'elle élève en citoyens, à une dame de la Campanie qui demance à voir les plus beaux joyaux de la mère des Gracques ; Desmosthènes et Cicéron, mettant la puissance de leur sublime éloquence au service de la liberté; voila quelques modèles du patriotisme chez les ancien:
Les femmes nous ont donné de belles leçons sous ce rapport, comme sous tant d’autres; rappelons-en quelques-
unes, elles provoqueront notre émulation et nous feront peut-être rougir de nos faiblesses coupables,
Voyez Véturie, mère de Coriolan ; elle ne craint pas de s'exposer à la mort, et, se précipitant dans le camp des Volsques, elle arrête le bras de son fils prêt à frapper Rome et force ce héros devenu traître, à oublier sa haine et à retourner en exil, sans se venger de l’ingratitude de ses concitoyens.
Et cette belle et noble fille, Jeanne d'Arc, peut-on l’oublier, quand il s’agit d'élever un monument à ceux qui surent aimer leur pays? Humble paysanne à Domrémy, elle devient héroïne à Orléans et martyre à Rouen. Le fanatisme la fait brûler vive, mais le patriotisme la fait grande et sainte, Aussi, voyez comme son nom passera à la postérité et quelles belles paroles il inspirera à lillustre évêque d'Orléans, dont la perte sera pleurée longtemps par les amis des lettres et de l’éloquence,
“ Oui, s'écrie Mgr Dupanloup, en bénissant le monu- ‘“ ment qui rappellera toujours l’héroïsme de cette femme, ‘oui! elle est grande parce qu'elle souffre! elle est “ grande parce qu’elle meurt pour son pays, pour la vérité “et pour la justice! elle est grande, parce qu'elle n'y “ rencontre que le délaissement, l’ingratitude, le men- “ songe, l’atroce calomnie, le mal pour le bien! Elle est
“ grande, non pas seulement parce qu'elle a eu un évêque .
‘ pour meurtrier, des juges pour bourreaux ; non pas seule- “ ment parce qu’elle a été vendue le prix d’un roi, mais ‘“ parce que c'est au nom du roi d'Angleterre qu’elle est “ tuée et sous le regard impassible d'un roi de France ! “ En sorte que tout serait royal dans sa mort, si tout n’y “était pas abominable !....... Elle est grande parce “ que c'est une puissante nation qui la tue, une puissante ‘ nation qui l'abandonne !....….. Elle est plus grande, je “ ne dis pas que l’indigne évêque et que les juges, mais que “ tous les chevaliers et les hommes d'armes; plus grande
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