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IV. — Visites

Partout où le patronage fonctionne régulièrement, les visites dans la prison sont faites par les membres de la société. Malgré qu’on ait, par manie de paradoxe sans doute, soutenu parfois l’opinion adverse, la nécessité de la visite des prisonniers est aujourd’hui uniformément reconnue. L'enquête faite en 1896 par le bureau central a été absolument décisive sur ce point.

Pour cela, il faut lPaulorisation donnée par le préfet de police, à Paris, par le préfet en province, etune entente préalable avec ladministration pénitentiaire, qui communique aux visiteurs la liste des détenus sur lesquels ils pourront prendre quelque infiuence. En Angleterre, une enquête est faite dans ce sens par un officier de la prison (1).

(1) Il est à souhaiter que l'administration pénitentiaire s’acquitte consciencieusement de ce travail préparatoire. En Suisse, les directeurs de pénitencier s'occupent très activement des détenus et communiquent sur eux aux sociétés de patronage des renseignements complets : état civil, religion, profession, degré d'instruction, santé, conduite, intelligence, détails sur la faute, la condamnation, etc. Dans ce sens, vœu du Congrès de 1900 : « Pour que le patronage

a) QUALITÉS DU VISITEUR. — La visite des détenus est une œuvre qui n’est point à la portée de tous. Elle exige du tact, de l’expérience, de l’affabilité, de la largeur d’esprit et un grand dévouement. Nous ne croyons donc pas que des agents salariés puissent jamais remplir cette mission avec fruit. Elle est vraiment une sorte d’apostolat.

C’est dans ce sens que se sont prononcés au Congrès de 1900, MM. Fuchs et Helme, président de chambre à la cour de Chambéry. (1)

puisse produire tous ses effets, il doit y avoir entente complète et action combinée du personnel de l'établissement pénitentiaire et du personnel volontaire du dehors».

En France, la loi du 5 août 1899, sur le casier judiciaire entravait plutôt qu'elle n'encourageait l’action des sociétés de patronage, à ce point de vue. Le bulletin n° 2, qui contient le relevé complet de toutes les condamnations figurant au casier judiciaire n’était pas délivré aux sociétés de patronage. Cette disposition a été corrigée par la loi du 11 juillet dernier. Cette loi supprime ces difficultés et permet aux sociétés de patronage de prendre connaissance du bulletin n° 2 (cf. Joseph Magnol, rapport au congrès international de 1900, Bulletin de l'Union des sociétés de Patronage de France, 1900, page 472. — et Joseph Ducaud, le Casier Judiciaire, Bordeaux, Cadoret, 15, rue Molière, 1900, pages 91 et 83.

(D) Me Elisabeth Fry ne se lassait pas de répéter aux visiteuses des prisons que le but principal et important des visites est la régénération morale des détenus ; qu'à ce but unique, devaient tendre tous leurs efforts ; qu'il fallait apporter dans leur travail, non l'es+ prit de jugement, mais un esprit de charité, ne pas se dire : «Je suis meilleure que ces gens », mais se rappeler que nous avons tous un égal besoin de la grâce de Dieu. Elle voulait que les plus coupables d'entre les criminels eussent part à la plus grande compassion; que la visiteuse ne fut rebutée par rien ; qu'à la bonté elle sut unir une véritable humilité, et à la sérénité la fermeté.

(Rapport de Mme d'Abbadie d'Arrast au congrès international de Patronage de 1900, Bulletin de l'Union des Sociétés de Patronage de France, 1899, page 395), ;

En Grèce, la visite des détenus est faite par. les dames qui font partie de la Société En Christo. Elles viennent soigner les malades ; elles font aussi appeler les prisonniers au parloir. Ce mode de visite, assez spécial, n’est pas bien vu par l’administration pénitentiaire, qui trouve peu eflicace la présence de ces dames dans cette prison d’hommes. La visite faite par les dames ne se comprend que dans les prisons de femmes. À Bordeaux, par exemple, l’œuvre du relèvement moral est en pleine prospérité : les visites sont faites par les dames patronnesses au fort du Hà, tous les quinze jours ; le personnel administratif et les Sœurs de Marie-Joseph leur donnent tous les renseignements nécessaires. Aussi, l’œuvre produit-elle d'excellents résultats. De même à Saint-Etienne, où l’œuvre des détenues et libérées a fait en 1899 plus de 500 visites.

b) COMMENT SE FONT LES VISITES. — Les visites doivent être faites au détenu dès le début de son emprisonnement (1). À ce moment, il sentira plus vive-

(1) Les non-lieu échappent d'habitude, parce que les membres des Sociétés de Patronage n'ont pas un accès assez facile auprès des détenus en prévention et des inculpés. En 1869, M. le Pasteur Robin jouissait à Eysses, à ce point de vue, de la liberté la plus large. Quinze ans auparavant, on avait déjà ces facilités à Holoway, à Philadelphie, à Amsterdam.

En ce sens, on peut proposer l'exemple de la Société de Valenciennes : le gardien-chef rédige une notice individuelle sur chaque individu entrant, et cette notice est communiquée à la Société qui peut le visiter aussitôt, qu'il soit condamné ou simplement inculpé. Cette mesure est devenue indispensable depuis la loi sur la détention préventive, qui peut amener la libération d’un détenu sitôt : après sa condamnation.

La mème liberté de visite est établie est Angleterre. Elle à même un résultat excellent : souvent, les magistrats prononcent le sursis,

ment la tristesse de sasituation, et sera plus disposé à recevoir les conseils du visiteur. Il faut l’écouter patiemment, s'abstenir de toute récrimination dès le début, et ne pas négliger les consolations religieuses : « De quelque opinion qu’on fasse, en effet, profession sur ces graves problèmes qui, de notre temps, divisent et passionnent les esprits, on ne peut méconnaître que pour relever les âmes dégradées et les ramener au bien par le repentir et l’espérance, aucune doctrine n’a des arguments aussi persuasifs et aussi touchants que la doctrine chrétienne. L’histoire du bon larron ou la légende de Magdelaine produisent toujours plus d'effet sur les âmes coupables que les enseignements les plus élevés de la philosophie. » (1) Un point très important est celui des rapports avec l’administration pénitentiaire : sous aucun prétexte, les visiteurs ne doivent s’ingérer dans les affaires de la prison ou se charger des relations des détenus avec l’extérieur.

On a songé à rédiger des Manuels à l’usage des visiteurs. Le Congrès de Paris, en 1893, avait prescrit la rédaction d’un manuel-type. Le Congrès de Lyon

quand à l'audience se présente un visiteur affirmant qu'il a trouvé un emploi pour le prévenu.

Dans ce sens, le Congrès international de Patronage de 1900 a voté le vœu suivant: « Les Sociétés de Patronage doivent avoir accès auprès de tout individu en état de détention préventive, sous la réserve de l'autorisation de l’autorité judiciaire compétente. Une notice individuelle sera rédigée sur chaque détenu, dès le moment de l'arrestation, et remise au comité de Patronage en vue de faciliter son action. »

(1) D'Haussonville, les Etablissements pénitentiaires en France et aux Colonies.

a accepté un projet d'instructions générales de M. Bogelot, qui développe les idées que nous venons d'indiquer. A côté du célèbre Manuel des Visiteurs, de M. le Pasteur Arboux, on peut citer un livre excellent de M. Henri Joly: Pour entrer dans la vie (1), où l’auteur a recueilli les sujets qu’il traite d'ordinaire avec ses patronnés: le choix d’une profession, les amis, la force de l'habitude, la patrie, la vie éternelle. Ces entretiens d’un visitenr éminent sont un excellent guide pour le visiteur novice ; puis, au moment de la libération, on peut remettre la brochure au détenu: s’il à gardé un bon souvenir des visites, peut-être relira-t-il quelquefois ce petit livre. Cela lui remettra en mémoire les enseignements qu’il a reçus et pourra ui faire quelque bien.

Le comité de patronage des libérés de Mons a fait, à un autre point de vue, éditer un bon Memento pour le visiteur. Ce Memento contient : le règlement du Comité, des conseils pratiques pour les visites, des renseignements sur les œuvres qui peuvent être utiles au libéré, trente pages blanches divisées chacune en six cases, avec des colonnes pour les nom, prénoms, numéro du dossier, condamnation, antécédents, commencement d’expiration de la peine, suite donnée. A la fin du cahier, se trouvent les modèles des actes que peut avoir à préparer un visiteur: contrat d'abandon d’enfant, bulletin d'envoi à la section de placement, fiche signalétique, rapports et conclusions, etc. Cet opuscule contient, en outre,

(1) Un petit volume in-18 de 280 pages, Paris, V. Lecoffre, 1899, UD

un plan détaillé de la prison de Mons. Ces trente pages blanches servent à inscrire les détenus visités. Une fois le cahier rempli, il est remplacé par un nouveau, et conservé dans les archives. Les renseignements ainsi recueillis d’après des données uniformes sont fréquemment consultés par la suite, à l’aide des fiches qui forment le répertoire du patronage (1).

La tenue d’un registre de visites ainsi compris est une chose excellente. M. Contant en donne un modèle très complet que nous reproduisons :

Détenu visité âgé de

Lieu d’origine:

Pourquoi et depuis quand le détenu a-t-il quitté le pays ?

Situation de famille :

Renseignements sur les parents du détenu :

Moyens d'existence du détenu avant sacondamnation :

Motifs de la condamnation :

Durée de la peine Date de la sortie de la prison.

A-t-il subi des condamnations antérieures ?

Motifs de ces condamnations :

Nom du visiteur:

Dates des visites :

Avis du visiteur sur les secours à donner et sur l’opportunité du concours de la Société de Patronage.

On comprend facilement que si ce registre est soigneusement tenu, on a des renseignements cComplets sur le prisonnier visité; et quand il arrivera au Patronage, il sera peut-être déjà casé.

Les visites régulièrement faites, avec zèle et intelligence, assurent seules le recrutement du patro-

(1) Revue pénitentiaire, 1899, p. 613.

nage. Elles permettent aussi de connaitre ceux des détenus pour lesquels on pourrait demander la libération conditionnelle, en s’engageant à les surveiller et à leur trouver un emploi. Les enfants dont les familles n’offrent aucune garantie n’obtiennent cette libération conditionnelle que par l'intermédiaire des sociétés qui se chargent de ies entretenir ou de les placer.

Voilà donc, à peu près, tout ce que l’on peut faire pour attirer le prisonnier au Patronage. On se rend compte combien cette propagande et cet apostolat sont favorisés par le régime cellulaire, où rien ne vient contrecarrer leur effet bienfaisant.

Mais la Société de Patronage a un autre devoir : c'est de préparer d'ores et déjà le reclassement de son patronné. Elle doit tàcher d’utiliser à cela l’emprisonnement, par exemple, en le faisant servir au perfectionnement du détenu dans son métier ou en le préparant à une occupation semblable à la sienne, mais cependant meilleure. La Société peut diriger de ce côté l’attention de l'Administration. Si l’âge, la maladie empêchent le prisonnier de se suffire, il faut, si sa famille ne peut le nourrir, entamer des pourparlers pour le faire entrer dans un hospice.

Un autre soin pour la Société est de s’occuper d'obtenir en temps utile les papiers d'identité, certificats des places où s’est trouvé le détenu auparavant, etc., et d’en faciliter l’obtention en se chargeant des frais.

Pour les jeunes gens, il peut y avoir occasion d'engager les parents à leur faire prendre un méter qu'ils leur ont refusé, même si les dépenses des

parents sont auomentées ou si un gain leur échappe.

— On le voit, dans tous les cas, la Société doit s'occuper de la situation de la famille du détenu. Elle doit le plus possible étudier son état matériel et moral, la disposer à recevoir le libéré et lui offrir ainsi un asile où règneront l’ordre et le sentiment du devoir. En un mot, il faut employer activement le temps de l’emprisonnement à préparer dans les meilleures conditions possibles la sortie du patronné : le succès de l’œuvre est à ce prix (1).

) Cf. le Docteur Von Engelberg, rapport du Congrès international de 1900, Bulletin de Dre des Sociétés de Patronage de France, 1899, p. 439.

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