‹ Le Patronage des LibérésChapitre 21 sur 37 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Acceptation du Patronage.

Lorsque le jour de la libération est arrivé, il sera très utile d'envoyer chercher le libéré à la prison ; sans cela, il n'ira presque jamais au patronage. Il a son pécule en poche et se hâtera de le dépenser. — En Angleterre, ceux des détenus qui ont accepté le Patronage sont conduits par un employé aux bureaux de la Société. Pour les autres, un dernier effort est tenté : l’œuvre des Missions de portes de prisons organise, dans des établissements situés en face des prisons, des sortes de prédications. Ce système, bien anglais, n’aboutirait en France qu’au ridicule d’une Armée du Salut quelconque.

Le grand obstacle à l'influence persistante du patronage sur le libéré, c'est le pécule. Le pécule, en France, est la propriété du détenu (cf. art. 21 et 41 du Code pénal). Il est versé au libéré au domicile qu’il fixe, et personne ne peut le toucher à sa place, sans son approbation. Dans certains pays étrangers, il n’en est pas ainsi. En Hollande et en Norwège, l’administration de la prison désigne ellemême un tuteur auquel est confiée la surveillance du pécule : ce tuteur peut être un ministre de la religion, une Société de patronage, ou une autorité de police. En Italie, on ne remet au libéré que le pécule insignifiant des courtes peines : celui des longues peines est envoyé aux Sociétés de Patronage

ou au chef de la police, si le libéré refuse le patronage, — sauf les prélèvements opérés pour les frais de route. En Belgique, c’est le bourgmestre de la résidence du libéré qui est investi des pouvoirs d'administration et de tutelle relatifs au pécule. Enfin, en Suède, une excellente innovation a fait constituer le pécule sous forme de livret de caisse d'épargne, donnant droit à des versements. mensuels.

Cette question du pécule estimportante. Il serait à désirer que la loi restreignît les droits du libéré sur son pécule, disent la plupart des pœnologues. Au congrès international de Paris, on a émis le vœu que le pécule soit confié, toutes les fois que cela serait possible, à une société de Patronage, à une caisse d'épargne, à une autorité du lieu où le détenu va se fixer, ou à des personnes déterminées, agréées par l’administration pénitentiaire.

Le congrès de Bordeaux à décidé de son côté qu’il fallait faire signer au libéré un pouvoir, en vertu duquel la société de Patronage lui serait substituée et encaisserait le pécule à sa place. Le libéré donne cette signature au moment où il signe sa quittance au greffe et où il recouvre ses droits. Le pouvoir qu’il signe est révocable. Mais on espère qu’il recuiera devant cette révocation. En somme, il n’y a pas, à l'heure actuelle, de pratique générale. Si le libéré veut remettre son pécule, il donnera ainsi une précieuse indication sur son bon désir de se relever et d'améliorer sa conduite. Plus tard même, la remise de ce pécule peut lui être un soutien précieux aux heures de défaillance.

D’un autre côté, il faut qu’il se confie librement au Patronage. Cette œuvre demande plutôt qu’une réglementation légale minutieuse, la confiance réciproque, la sympathie et le dévouement. En théorie, nous serions même près de dire, avec M. Larnac, que demander le pécule est une mesure destinée à froisser le libéré.

Mais, il faut se placer sur un terrain pratique. Eh bien ! de même qu'il est parfaitementrationnel que l’on confie directement aux sociétés de patronage la garde des libérés conditionnels, de même il est rationnel que ces sociétés exigent de leurs patronnés la remise de leur pécule. La raison d’ordre pratique est la même : un détenu qui veut s’amender sérieusement ne refusera jamais de confier son pécule à la société qui lui offre dele protéger. Lorsqu'il aura compris le but de cette mesure et le soutien que neut lui donner ce sacrifice aux heures de tentation, il le fera. Celui qui ne voudra pas l’accomplir donnera immédiatement la mesure de ce qu’on peut attendre de lui.

Toutefois, sur ce point comme sur bien d’autres, une règle inflexible n’est peut-être pas à établir. Et quelquefois, étant donnés certains cas et certains tempéraments, il ne faudra pas faire de cette remise du pécule une condition sine qua non d'entrée au Patronage.

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