CHAPITRE IV
L'Union du Patronage des Libérés et de l’Assistance par le travail.
Au point de vue de ce que nous croyons étre l’avenir du Patronage, nous ne devons pas passer sous silence le fonctionnementde l’Assistance par le Travail, et l’appui que cette œuvre peut prêter au Patronage.
L’Assistance par le Travail s’adresse aux nécessiteux valides, dans le but de leur donner un moyen honorable de gagner leur vie, en attendant qu’ils aient trouvé un emploiet de seconder leurs efforts dans la recherche de cetemploi, —ou de leur rendre progressivement, avec l’habitude du travail, le senüment de leur dignité personnelle.
En somme, dès qu’une œuvre de Patronage possède un atelier, elle est une œuvre d’Assistance par le Travail, dans le sens très large du mot.
Mais, dans la véritable acception pratique, ces deux termes jurent ensemble. De profondes différences séparent ces œuvres ; ilimporte de bien les faire ressortir, afin de voir mieux ensuite quels services mutuels elles sont appelées à se rendre.
À). Différences du Patronage et de l’Assistance par le Travail.
l’Assistance par le Travail n’est plus l’œuvre
complète de moralisation et de reclassement que doit être le Patronage. Elle est simplement une Œuvre
es
d’Assistance : elle ne s'adresse plus à des gens qu’il faut relever et régénérer, mais à des individus qui se trouvent sans travail. Ici, l’asile, la surveillance, les conseils, la tutelle, ne s'imposent plus; la durée du séjour se mesure uniquement sur les besoins matériels de l’assisté: cette durée sera d’ordinaire bien moindre que dans le Patronage; il est, en effet, plus facile de placer un assisté que de reclasser un libéré.
Mais ces deux œuvres, très distinctes, sont appelées cependant à se rendre des services que nous allons essayer d’indiquer.
B). Relations entre le Patronage et l’Assistance par le Travail.
19 AVANT LE PATRONAGE. — L’Assistance par le Travail peut fournir des clients au Patronage. Nous avons vu plus haut les moyens d'attirer le libéré au Patronage : mais nous avons étudié l’hypothèse normale du détenu ne quittant la prison que pour allerau Patronage. L’Assistance parleTravail,comme un plus vaste filet jeté sur le monde de la misère, peut saisir quelquefois les anciens libérès qui ont refusé ou ignoré le Patronage. Ceux-là, qui se sont montrés rebelles à tout amendement lors de leur emprisonnement, qui n’ont eu qu’une idée : dépenser leur pécule et reprendre leur vie de vagabondage et de mendicité, pourront, peut-être, subir quelque jour linfluence de l’Assistance et venir augmenter le nombre des Patronnés.
2° PENDANT LE PATRONAGE. — Une œuvre de Pa-
tronage qui possède un atelier, est une œuvre dassistance parle travail, disions-nous plus haut. Ilest done fort possible que les deux œuvres coexistent sous la même administration : il suffit pour cela que l'atelier soit ouvert aussi bien à ceux qui n’ont pas d’antécédents judiciaires qu'aux libérés. On évitera ainsi toute séparation blessante, tout parcage des libérés.
Et cependant, étant donné la différence des buts poursuivis par chacune de ces œuvres, une séparation s’imposerait entre tous les individus ainsi appelés indistinctement : « Aux œuvres de Patronage, les libérés et les vagabonds de fait pour lesquels la recherche du travail n’est qu’un prétexte à une vie nomade, sauf, après le stage dans l’asile du patronage, ladmission des meilleurs dansles ateliers d’assistance par le travail; aux œuvres d'assistance, tous les vrais ouvriers sans travail domiciliés ou non dont la vie errante est déterminée par la recherche sérieuse d’un emploi. » (1)
Ce n’est donc point sur cette base : antécédentsjudiciaires où non que doit se faire la répartition des assistés, mais bien d’après l’examen de leurs besoins et de leur capacité, afin de ménager à chacun le traitement et le milieu qui lui seront propres.
Enfin, de méme que l’asile de Patronage peut prendre à l’atelier d'assistance ceux auxquels il se sentnécessaire, de même il peut lui envoyer, en cas d’encombrement, ceux en quiil a le plus de confiance.
(1) Rapport de M. Georges Vidal au Congrès de Lille, 30 et 31 mai, 1° juin 1898.
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C’est également dans ces ateliers d'assistance par le travail que les Sociétés de Patronage dépourvues encore d’asiles pourront, au pis-aller, envoyer leurs patronnés.
3 A LA FIN DU FATRONAGE. — Les œuvres d’assistance par le travail peuvent servir de transition au libéré entre le Patronage et la vie libre. Puis, par leur étiquette rassurante, elles peuvent aider beaucoup à leur placement.
— Voilà, brièvement résumés, les services sérieux que peuvent se rendre ces deux œuvres. On commencèe à le comprendre en beaucoup d’endroits ; les Société de Patronage, suivant le vœu du congrès de Lille de 1898, « dans les villes où les ressources en bonne volonté et en argent sont suffisantes, ont créé des ateliers spéciaux aux patronnés.» Il en est sorti les meilleurs résultats.
Nous conclurons donc dans ce sens :
1° L’œuvre d’assistance par le travail doit être distincte de l’œuvre du patronage des libérés.
2° L'assistance par le travail peut fournir des clients au Patronage, peut servir aux libérés d’épreuve définitive etde moyen de reclassement (1).
(1) Ainsi, la Société de Patronage des libérés de Toulouse, avait créé l'assistance par le travail dans son propre asile, lorsque le Conseil général de la Haute-Garonne, sur la proposition de M. Cruppi, alloua à l'œuvre une subvention annuelle de 8,500 fr. On loua alors rue de Cugnaux, 70, un immeuble où les assistés pourraient être employés à la culture et être hospitalisés d'une façon distincte. Néanmoins, tous les grands principes que nous venons d'exposer sont appliqués là, et les deux œuvres sont en continuels rapports.
CONCEUSION
Nous serions vraiment heureux si cette longue étude avait pu contribuer à donner une idée nette de ce qu’est le Patronage, et à dissiper quelques-uns des préjugés qui arrêtent encore son développement complet.
De nos jours, s’il est une grande chose mal interprêtée, c’est bien la Charité. Le riche, certes, ignore Pavarice et l’égoïsme ; de tout son cœur, il veut faire le bien, et, sans se faire prier, il ouvre les mains toutes grandes.
Maisla générosité ne suffit point. Sielle ne s’exerce pas suivant des principes sûrs, suivant une méthode rigoureuse, le dévouement est gaspillé et l'argent jeté au hasard. Ce que réclament aujourd’hui les miséreux, ce nesontpointles banales aumônes, richesse des faux pauvres, encouragements à la paresse, au vagabondage, à la mendicité. 11 faut que celui qui donne sache à qui il donne, et dans quel dessein. Il faut que l’homme de bien considère ceux-là qui tendent vers lui les bras : il faut qu’il sonde leurs plaies, qu’il examine leurs maladies matérielles et morales; il faut qu'il devienne médecin, moraliste, apôtre.
La Société moderne, qui charrie beaucoup de gloires et de nobles idées, porte en elle des germes terribles de trouble et de désordre. Ce n’est plus seulement comme jadis des misères physiques qui doivent inquièter le sociologue : ce sont aussi des misères morales. Les causes de la criminalité ne sont
que trop évidentes ; elles augmentent de jour en jour. |
Il est du devoir de tous de songer efficacement au péril social : non point par des lois de répression, par des mesures de vengeance et de haine, mais par les mille moyens inventés chaque jour pour panser les ulcères de la Société. Le P:tronage des Libérés est, en première ligne, parmices moyens.
Créé et développé sous l'inspiration des idées à la fois les plus élevées et les plus pratiques, perfectionné chaque jour davantage dans son fonctionnement, il est appelé certainement à rendre de signalés services. Ceux qu’il a déjà rendus sont là pour l’attester. Son passé répond de son avenir.
Puisse cette œuvre le faire aimer davantage et lui attirer de nouvelles sympathies ! Illes mérite largement par lui-même, quand il est montré vraiment tel qu’il est. Nous avons essayé consciencieusement d’atteindre ce résultat, soutenu par cette pensée qui vaut à elle seule toutes les récompenses: Faire un peu de bien.
Vu : Le Président de lu thèse,
Georges VIDAL
Vu: Le Doyen, A. DELOUME
Vu et permis d'imprimer :
Toulouse, le 31 janvier 1901.
Le Recteur, Président du Conseil de l'Université,
PERROUD