Le pâturage en forêt
Aux premiers âges de l'humanité, la forêt servait à l’homme de retraite, et assurait en partie sa subsistance au moyen du gibier qu elle recélait et des fruits qu’elle produisait. Grâce à la domesti-
cation des bêtes sauvages, nos ancêtres s’attachèrent de plus en plus aux lieux qui les avaient vus nailre. D'immenses troupeaux d'aurochs, d’élans, de porcs sauvages hantaient les forêls de la . Gaule, avant la domination romaine, et cherchaient, sous l’ombrage des antiques futaies, leur provende de glands et de faines. Le bois, surabondant, n'avait aucune valeur, et, comme le sauvage, le Celte ou le Gaulois coupait l'arbre pour avoir le fruit. Avec les légions romaines, la civilisation pénètre dans notre pays; des chemins se créent, des cultures nouvelles s’introduisent, des échanges se font par lerre et par eau, et les forêts cèdent devant la hache et le feu. . L'homme du Midi, contempteur des Lois et des Dieux, a perdu tout respect pour le bois. Déja, au temps de Varron, les bergers d’Apulie menaient paitre l'élé leurs brebis dans le Samnium et consom- 6 . maient la déforestation des Alpes latines. En même temps que le Midi monte, la forêt recule.
Pendant toute la période troublée du moyen âge, la passion de | la chasse, innée dans le sang gaulois, tempère cependant la soif Mi "de détruire. Les seigneurs sont partagés entre le désir de conserver É leurs giboyeuses retraites et celui d’accroitre la source de leurs je richesses par la multiplication de leurs vassaux. De là viennent les tn | premiers droits d'usage : usage à la glandée, au pâturage. Le
mais il a, en outre, quelques porcs, peut-être même des brebis ou
une vache. Où les mener paitre, si ce n’est dans la forêt sei-
gneuriale? |
Tant qu’il ne s’est agi que de pores et de glands, la forêt a pu à.
serf cultive un petit coin de terre dû aux libéralités du seigneur,
qualité très mêlée.
villes se multiplient, que les besoins en bois de chauffage et de k ss
verdoy er en paix; mais sitôt que sont venues les bêtes anailless la nécessité a fait le larron. Sous la fulaie, rien que des fouilles mortes; il faut détruire la futaie par le fer et par le feu. Tous les moyens sont bons pour créer et étendre les vides el les clairières. Quatorze siècles durant, la lutte se poursuit avec ‘acharnement. Les futaies ont disparu pour faire place ici à des friches ou à des brandes, là à de misérables taïllis, plus loin à des FRS de
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Maïs, au fur età mesure que les campagnes se peuplent, que lès
construction deviennent plus urgents el plus impérieux, —xiv, xv°, xvi® et xvu° siècles, — l’homme recule, épouvanté de son nue 4 œuvre, et, dans ses heures de lucidité, demande à la loi de le pro- A D: téger contre ses propres débordements. Mais il n’est pas encore a. et l'abri de la nécessité; il n'a ni provisions ni industrie, et se trouve à la merci de l’inclémence des saisons. Aussi, dans les années de : A famine et de disette, il revient à son premier berceau, à sa pre- } 4] mière pourvoyeuse, el livre de nouveaux assauts à la forêt.
L'histoire du pâturage en forêt est en raccourci l'étude de l'huma- 2: 18 nité et de l’agriculture. Les bois furent les premiers champs où UE s’exercèrent les facultés pensantes du cullivateur. Et l’on est vrai- de | ment confus de voir, en ce siècle qui a doublé les forces et les pro-. (5 ductions de la terre, des esprits, pourtant cultivés, se faire l'écho Fa d aspirations vieillies el de haines héréditaires, vouloir nous forcer RS 4 à revivre les premiers âges de l'humanité et s’attarder à préconiser une pralique ennemie de lout progrès, que vingt siècles el SE ont condamnée sans ARUEE
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Lande et forêt. ‘Tr ENNE *
Dès que le laboureur a cessé de féconder le sol, les. végétaux cs qu'il cultive émigrent devant l'invasion de plantes sauvages qui a donnent naissance à la jachère. Celle-ci est caractérisée par. la présence de végétaux ordinairement de grande taille, semi-ligneux et : consliluant un mauvais fourrage. Ce sont surtout, dans les terrains calcaires : Hypericum perforatum, Verbascum FH Verbascum
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| Wehnitis, Verbascum nigrum, Cirsium lanceolatum, Daucus carota,
Ononis natrix, Ononis spinosa, Scorzonera austriaca, Melampyrum
arvense, Linaria vulgaris, Hedysarum girans : dans les terrains argi-
. leux: Myosurus minimus, Vicia cracca, Lathyrus aphaca, Trifolium
fihforme, Trifolium procumbens, Genista tinctoria, Anthemis arvensis, Cirsium arvense, Agrostis spica-venti, Lolium temulentum, Equisetum arvense ; dans les terrains siliceux : Sarothamnus vulgaris, Calluna
vulgaris, Vaccinium myrtillus, Agrostis rubra.
Cette phase de jachère ne dure pas longtemps, à peine 10 ou 45 ans. Peu à peu les traces de l’industrie humaine s’effacent ; les sillons s’effondrent ou sont nivelés par le travail incessant des lombrics, des taupes et des fourmis ; une végétation toute diffé-
rente succède à la première. C’est la lande rase, en partie due à
l'effort del'homme et de ses troupeaux, en partie à l’action spontanée et gratuite des forces naturelles.