Terrains calcaires
a) Lande bourquignonne et comtoise. Cette lande rase couvre d’immenses étendues dans les terrains calcaires de l’oolithe, Îl n’est même pas d'agglomération un peu grande, située sur cet étage, qui ne soit environnée d’une sorte de désert, d’une mer de collines pelées, tristes el Londues, au milieu desquelles les blocs de rochers
émergent comme de blanches tombes. C’est là l’image de la mort,
le sceau de la décadence. Voyez les champs de Bethléem.
Enorgueilli par ses monuments, son industrie, Dijon, pour ne citer qu'un exemple, ne voit pas la lèpre attachée à son flanc ouest : Plombières, Velars, Marsannay, autant de cimetières. Beaune, Chagny et d’autres wllæ minores n’ont rien à lui envier.
Comme exemple typique de la lande rase, nous signalerons le champ de tir de Chenôve, près Dijon. Il est situé sur les assises du Bathonien supérieur et offre une succession de couches alternativement calcaires et marneuses. Le sol, fatigué par le passage des troupes et le parcours des moutons, est parsemé de plaquettes calcaires qui sonnent sous le pied; il est étonnamment pauvre en Jlombrics ; mais, en revanche, des colonies nombreuses de fourmis se sont installées sous les grosses pierres plates. A côté d'elles voisinent des carabes et d’autres arthropodes. Les cyclostomes sont peu nombreux. Cette pauvreté de la faune est en relation intime avec la pauvrelé-de la flore. Celle-ci est représentée par un
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maigre gazon de Thymus serpyllum, Picris hieracioides, Lotus corni- $ culatus, Galium murale, Euphorbia cyparissias, Euphorbia helioscopea, # Centaurea calcitrapa, Anthoxanthum odoratum, Bromus erectus, Melica 2 nebrodensis. De loin en loin se dressent quelques buissons de Rosa FANS canina et de Cratæqus oxyacantha, puis quelques touffes isolées
ie d'Erynqium campestre. | ee Ce type stérile de lande rase est, à n’en pas douter, un résultat Fe du pâturage intensif, Dès, en effet, que le nombre des besliaäux 55h admis au parcours est moins considérable, dès que les difiicullés d'accès du terrain augmentent et diminuent les incursions du mouton, on voit aussitôt la lande rase se transformer et tendre . Le: vers la lande armée. Celle-ci se distingue par une évolution plus Le marquée du tapis végélal, par l'apparition de plantes nouvelles et ‘à le développement corrélatif de la vie animale. La terre végétale M elle-même subit des transformations énergiques, et les plaquettes calcaires disparaissent petit à petit de la surface et sont comme ensevelies sous les déjections des vers.
Prunus spinosa, Cerasus mahaleb, Rosa pimpinellifolia, Rosa canina, Cratæqus oxyacantha, sont les premiers représentants de la flore arbustive et tranchent vigoureusement sur le tapis uniforme et glauque de la lande, que hérissent encore les capitules de l'Æryn- #4 gium campestre. Toutes ces plantes se sont développées à l’abri d’un nn rocher qui a éloigné le sabot du mouton, le plus souvent comme le montre le croquis ci-contre.
Et c’est un fait que nous aurons maintes fois l’occasion de constater, dansles collines calcaires de la Bourgogne, 1 dans le Jura et dans les Alpes: "2 le rocher est le premier et le à dernier abri de la végétation fo: e* restière. ae 3
Pour en revenir à la lande, chacun de ses buissons devient le centre d’une associalion végélale, qui se développe à l'abri de ce fé puissant voisin. La base est garnie de nombreuses graminées et : a ù: l'entour fleurissent : Scutellaria alpina, Dianthus sylvestris, Dianth ë | carthusianorum, Rumex scutatus, Coronilla minima, Coronilla varia . Campanula rotundifolia, Allium sphærocephalum, Inula montana, Cen-. Es taurea scabiosa, Helleborus fœtidus, Centhranthus angustifolius, Tel: : crium chamædrys, Galium mollugo, vaut verum, Phænopus muralis.… À
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Mais le berger, arabe de nature, et ordinairement ignorant, bien
. que faisant le commerce des simples, ne voit pas l'enrichissement
de sa pâture opéré par l’arbuste. Sa vue, trop courte, lui empêche de constater que ce dernier n’occupe que les parties les plus maigres du sol, celles qui, sans lui, seraient vouées à une infécondité prolongée. Aussi se hâte-t-il de le faire disparaître autant qu’il est en son pouvoir, soit en le coupant, soit en augmentant le nombre de ses bestiaux, c’est-a-dire des ennemis de l’arbuste, soit en y mettant le feu. Il arrive que l’évolution de la lande s’arrète souvent à ce stade de développement, ou même qu'il y a retour vers la lande rase, la plus improductive de toutes. Il est intéressant de noter comment s'effectue ce retour. En premier lieu, on constate la disparition de la bourre de graminées qui garnissait le pied du buisson et la raréfaction de la population animale qui y trouvait
abri. Le buisson ne s'élève plus; son feuillage tend à s’appauvrir. Cela est l'effet du tassement du sol. Puis, les rameaux de la péri-
phérie, limés par le passage continuel du bétail, se garnissent de lichens et finissent par sécher. Ces formes naines, plus ou moins abondantes sur la pelouse, continuent longtemps à fleurirgt à donner des graines. En parliculier, la résistance de l’épine noire est vraiment prodigieuse.
Elle est si grande, que le berger se trouve quelquefois impuissant à conjurer là progression de la végétation arbustive, qui arriva ainsi à édifier d’abord la lande de genévriers, puis la lande de buis.
Les genévriers et les buis ont presque toujours pour berceau et pour abri, dans le jeune âge, un brin ou une cepée d’épine noire; mais celle-ci disparait à son tour, quand elle a rempli son rôle de protection, sous le couvert de son protégé. La nature n’a pas d’entrailles. | |
Dans cette lande déjà améliorée, la vie est très active. Les mollusques et les lombrics abondent; les rongeurs se glissent de buissons en buissons en quête de nourriture ; les geais pillards et
les grives gourmandes s’y donnent à l'automne et au commence-
ment de l'hiver de bruyants rendez-vous et disséminent, au milieu de leurs ébats, les semences forestières les plus variées: noix; gland, faine, noiselte, baies de toutes sortes.
Le tapis végélal s’est considérablement augmenté; il peut comprendre, en dehors des espèces déjà signalées: Helianthemum vulgare, Helianthemum pulverulentum, Reseda lutea, Polygala calcarea, Lychnis dioica, Arenaria tenuifolia, Cerastium glomeratum, Linum
actuellement d'autant plus pauvres qu’ils possèdent davantage.
vue ; tenuifolium, Geranium robertianum, Trifolium repens, Genista pilosa, Medicago lupulina, Vicia sepium (buissons), Anthyllis vulneraria, Poterium sanguisorba, Agrimonia eupatoria, Libanotis montana, Buplevrum falcatum, Laserpitium asperum, Cirsium acaule, Carlina vulgaris, Leontodon hastile, Centüurea jacea, Centaurea amara, Achillea millefolium, Phyteuma orbiculare, Borrago officinalis, Veronica teucrium, Stachys recta, Teucrium montanum, Brunella vulgaris, Origanum vul-
gare, Anthericum ramosum, Polypodium calcareum (rochers), Asple-
nium trichomanes (rochers), Asplenium ruta-muraria.
Toutes ces plantes sont réparties dans la lande de facons fort diverses; les unes, comme Vicia sepium, ne se trouvent qu'au voisinage immédiat des buissons; les autres et tout spécialement les Légumineuses, telles qu’Anthyllis vulneraria, Trifolium repens, Coronilla minima, Lotus corniculatus, Medicago lupulina, abondent, avec . les graminées les plus fines, dans les parties uniformément gazonnées où séjourne ordinairement le bétail. Dans les collines calcaires de la Bourgogne, dans les basses montagnes du Doubs, du Jura et de l’Ain, voire même dans les Alpes, les croupes, mollement arrondies et d’un parcours aisé, sont ainsi dégarnies, tandis que les revers, uniformément couverts de buis et de genévriers, sontsillonnés de petits sentiers, à peine visibles du fond de la vallée.
Ces pelouses calcaires donnent un foin court, mais de bonne qualité ; situées sur un sol que rien n’abrite des vents desséchants, elles sont malheureusement exposées à perdre de bonne heure à leur fertilité et ne constituent guère que des päturages de printemps. Sagement aménagées, protégées par des rideaux de taillis ou de grands arbres, elles seraient susceptibles de donner autant de bois : que d'herbe et de laisser quelques profits à leurs propriétaires,
Pour arriver à cerner les pelouses d’un rideau protecteur de haut taillis, pour édifier cà et là un abri contre les chaleurs du jour dans les parties rocheuses et conséquemment stériles, pour. … rendre à la culture forestière ces versants encombrés de pierres sa roulantes où le gros bétail ne se risque que pressé par le besoin, il” me est inutile de dépenser quoi que ce soit en reboisements ‘onéreux ; 1 il suffit de laisser agir la nature. Cette lande de buis et de genévriers renferme en elle-même le germe de la forêt ; une clôture quelconque lui permettra de se développer. Écoutons Darwin. Ce célèbre observateur rapporte ceci dans son « Origine des espècesv: « Un de mes parents possède, dans le Staffordshire, une propriété