‹ Le pâturage en forêtChapitre 32 sur 89 · COL TE · texte numérisé non relu

COL TE

Il s’agit là d'anciennes clairières, de teppes fertiles, gazonnées depuis de longues années el absolument dépourvues d’arbrisseaux. En plein bois et dans les gigantesques frondaisons des fougères, des adénôstyles et des mulgédies, la production herbagère atteint aisément 4,000 kilos à l’hectare, mais 4/10 à peine est susceptible d'être brouté. Le rendement maximum est ainsi de 400 kilos de fourrage utilisable ; cela représente la nourriture d’une vache pendant seize jours, et un bénéfice brut d’au plus 6 fr. Dans ces conditions, le prix de location peut aller jusqu’à 3 fr. par hectare. En réalité, il demeure toujours au-dessous. Prenons pour exemple la forèt du Massacre, contenant 622 hectares, amodiée en totalilé en 1893, pour un principal de 310 fr., et ayant nourri 150 têtes de bétail rouge pendant 60 jours. On voit d’après ces chiffres :

Que le rendement herbager a été de 361 kilos par hectare ;

Que le prix de location a été de 0 fr. 50 par hectare:

Que le revenu a été de 2 fr. par tête de bétail enforestée:

Qu'il a fallu 4 hectares pour nourrir, pendant. 60 jours, une seule tête de bétail.

Et nous ignorons l'étendue des vides préexistants !

Qu'on n’aille plus, après cela, nous vanter les merveilles du pàturage en forêt. Ce serait faire montre d’ignorance ou je pars pris.

b) Région cévenole. — A côté des gras pâturages des: terrains volcaniques, qui nourrissent la belle race de Salers, le plateau central offre d'immenses landes granitiques, au milieu desquelles erre un bétail croisé, de petite taille et de faible rapport. Son poids est approximativement de 300 kilos, sa ration en vert de 20 kilos, sa production de six litres de lait par jour. Un hectare de vides. gazonnés peut donner 800 kilos, c’est-à-dire peut suffire à la nourriture d'une petite vache pendant quarante jours. Pour une enforestalion de cinq mois (juin à novembre), il faudra disposer de 3 hect. 75 ares par tête de bétail. Si la bruyère et les genèts ont envahi le terrain, cette étendue ne sera plus suffisante, et 7 hectares de lande ont peine à nourrir une vache.

Le revenu brut est de 6X150X0,10 = 90 fr.

Les frais s’établissent ainsi :

Perte de fumier, 5 m. c. X 5 fr. = 95 fr.

Garde, | see

Reste net. 62 fr.

98 fr.

MPe te

Soit un revenu par hectare variant entre 16 fr. 50 et 9 fr. et une valeur locative de 8 fr. 25 à 4 fr. 50.

C) Région alpestre. — La race tarine, pure ou croisée, domine dans les Alpes vertes ; elle pèse en moyenne 270 kilos et peut consommer à peu près 18 kilos de fourrage vert par jour. Pendant l’enforestation, qui dure 3 mois, elle donne, dans les conditions habituelles, six litres de lait par jour, au total 540 litres, valant 04 fr. Elle perd 3 m. c. de fumier à 3 fr. et nécessite, pour sa garde, une somme de 3 fr. Son rendement net est ainsi de 42 fr. Une teppe uniformément gazonnée ne fournit guère plus de 600 kilos d'herbes vertes qui seront consommées en trente-trois jours. Cela porte à 2 hect. 72 ares l’élendue nécessaire pour nourrir une tête de ce petit bétail, à 15 fr. 44 le rendement par hectare et à 7 fr. 72 lé prix de location pour la même contenance. Dans la réalité, ces chiffres se trouvent beaucoup amoindris. Il faut, en effet, défalquer de l'étendue consacrée au parcours les rochers, ruines et surfaces stérilisées par la lande de bruyères et de rhododendrons. Si donc ces parties vaines balancent les parlies fertiles, le prix de fermage tombe à 5 fr. ou 4 fr. par hectare. Ces chiffres se trouvent pleinement confirmés par les statistiques agricoles (voir notamment la Statistique agricole de la Drôme, par M. Bréheret. Bulletin du ministère de l’agriculture, août 1898).

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