ET LE REVENU FORESTIER
Nous entendons beaucoup de propriétaires nous tenir celangage : Ma forêt me rapporte, par hectare et par an, 4 fr. en produits « ligneux et ? fr. en pâturage : cela me fait en tout 6 fr. Pourquoi « voulez-vous que je bannisse le bétail de mes massifs et que je « perde ainsi une part importante de mon revenu? Songez que « pour 1, 200 hectares cela fait 2,400 fr., de quoi m'affranchir du « lourd tribut de l'impôt. » Voilà bien Péfeur accréditée de longue date, et qui a mené tant de forêts à la ruine. Oui, c’est vrai, aujourd'hui vous retirez bien 7,200 fr. de votre bois, mais, dans vingt-cinq ans, vous n’en obtiendrez plus que 6,000 fr., et, dans cinquante ans, 5,000 à peine. Vous aurez augmenté la valeur du palurage, mais diminué le rendement forestier; on ne peut, en effet, additionner deux quantités soustractives, jouir simultanément
CO de la bête et de sa peau. Entre l'herbe et le bois, entre le vide et le massif, il faut choisir. Il n’y a plus d’ambage.
Dans ce qui précède, nous nous sommes éverlué à démontrer ce qui est l'évidence même: c’est-à-dire que, sous le taillis ou la futaie parvenus à un certain degré d'évolution, il ne peut y avoir place pour l’herbe, et que seuls les vides sont productifs pour le berger. Tout se réduit, dès lors, à une question de balance. Établissons donc le coût et l'avoir. |
a) Taillis. — M. Cardot, dans sa statistique forestière de l'arrondissement de Pontarlier, a établi que, dans cette région, le rendement par hectare et par an des taillis simples et composés varie de 4 fr. à 15 fr. Or, nous avons montré que le revenu herbager est d'environ 2 fr. dans les terrains du calcaire jurassique et ne dépasse pas 11 fr. dans les sols argilo-siliceux. Qui donc ira, de gaieté de cœur, donner # fr. pour en gagner 2? Telle est pourtant la conséquence forcée du pâturage en forêt.
Ce n’est pas tout. Tandis que le vide va en se dégradant, la forêt va en s’enrichissant par l’application de bonnes règles culturales, et ces rendements de 4 fr. et de 15 fr. s'élèvent rapidement à 11 fr. et à 48 fr., dans les taillis en conversion de la chefferie précitée. :
Le contraste est plus grand encore dans les plaines et les coteaux du bassin de la Saône, et il suffit, pour le constater, de jeter les yeux sur le tableau ci-dessous :