OPÉRATIONS COMMUNES A TOUS LES PROJETS
1. Reconnaissance et levé du terrain... — La premfère chose à faire,
c'est de reconnaitre et de lever le terrain, afin de séparer les par-
ties fertiles à laisser en pâture, des parties stériles à reboiser. On’
en déduit aisément l’élendue à consacrer à chaque culture. De deux choses l’une, ou la pâture est à l’état de lande rase, et l’on appréciera la fertilité par l'aspect superficiel du sol, par la compo-
silion ei la densité du tapis végétal ; ou bien elle est à l'état, soit
de lande de buis, soit de brosse, et, alors, il n’y a qu'à utiliser pour le reboisement les ilots de forêts préexistants.
2. Composition herbagère de la pâture : évaluation de son rendement. — On déterminera ensuite la composition herbagère de la pâlure. Ce sera difficile dans les parties énergiquement broutées, surtout quand l’agent chargé de celte mission ne sera pas doublé d'un botaniste. Pour y arriver d’une facon plus sûre el plus satisfaisante, on devra faire réserver soigneusement, de ei de là, quel-
ques places d’essai, de quatre ares par exemple, où on laissera les.
herbes fleurir et mürir leurs graines. Le catalogue des plantes dressé, on fera faucher et peser la récolte d’abord en vert, puis en sec. Par ce moyen, on pourra déterminer la possibililé de la päture, c’est-à-dire le nombre de bétail à admettre sur l'unité de surface. Quant au fourrage sec provenant des meilleures parlies, il sera mis de côté et servira à ensemencer les parties les plus défectueuses. MAL 44
3. Réensemencement de la pâture. — On a conseillé de faire récolter la graine des espèces fourragères montagnardes pour améliorer la composition des herbages ; on a même donné des formules d’ensemencement où se trouvent, c’est le cas de le dire, toutes les herbes de la Saint-Jean, les plus rares comme les plus com-
munes, les plus sporadiques comme les plus envahissantes. C’est
là une utopie : les plantes de la lande devant s'opposer énergiquement à l’évolution des végétaux élrangers. On ne peut changer radicalement la nature d’un herbage qu’en le défrichant et en l’en-
semencant après coup, en l’irriquant ou en le fumant. Mais, si l'on.
ne peut procéder ainsi, si l’on veut agir économiquement et simplement, il n’y a qu'un moyen, et un seul, d'améliorer par places la composition des herbages ruinés : c’est de noter l'emplacement des
| 197 meilleures parties, de laisser mürir le fourrage, puis de le répandre, une fois sec, sur les points que l’on veut régénérer. De cette facon, on est sûr d’avoir des végétaux bien adaptés au sol el à la station,
donc résistants et durables.
Il se peut cependant qu'on ait intérêt parfois à Hana l’herbe de la pâture, à rénover son tapis végétal par l'introduction d'espèces étrangères à la localité même. On peut alors défricher quelques ares, que l’on ensemence par le procédé qui vient d'être décrit; on récolte chaque année le fourrage mûr et sec, que l'on répand çà et là sur l’herbage ou sur l’alpage. En opérant ainsi, on limite considérablement la dépense, et on suit pour ainsi dire jour par jour le développement du gazon et la facon dont chaque plante étrangère se comporte vis-à-vis des plantes indigènes. Les espèces les moins robustes seront forcément évincées dans la pépinière elle-même, et l'on ne propagera que les espèces les plus résistantes. Reste à voir si ce sont les meilleures.
4. Clôture des parties à reboiser. — Les parties à reboiser doivent être closes ; sans cela rien à faire. Il n’est pas nécessaire que celte clôture soit dispendieuse. En sol profond, ce sera un fossé avec banquette ; en sol calcaire, un simple mur en pierres sèches ; partout enfin, un cordon de ronces artificielles. La ronce artificielle est, comme la ronce naturelle, la providence de la jeune forêt, et nous n’avons cessé d'en recommander l'usage dans les Alpes. On peut encore utiliser les haies mortes et les haies vives. Nous donnons ci-dessous quelques types des premières.
Quant aux haies vives, les seules à recommander dans la monlagne, elles devront être plantées d’aubépines, ou d’épines noires, de houx, de-genévriers ou d’hippophaés. Il faut éviter l'emploi des essences dont les troupeaux aiment à brouter-le feuillage, parce qu'à force d’écourter les pousses, ils finiraient par détruire entierement la haie. Enfin, lorsque la végétalion ligneuse s’est déjà emparée du terrain, on édifie la clôture avec les brins mêmes de
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