‹ Le pâturage en forêtChapitre 61 sur 89 · AR · texte numérisé non relu

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« ainsi au bétail communal, sans aucune mesure préservatrice. « Ces mêmes terrains deviendraient au contraire des prairies « d’une grande valeur, s'ils étaient loués ou vendus à des particu- « liers qui les exploiteraient au mieux de leurs intérêts. »

A coup sûr, les communes ne consentiraient ni à louer ni à vendre ces terrains, mais elles parviendraient certainement à les améliorer, à les enrichir, en affouageant l'herbe communale.

Si les prairies de Saône sont en mauvais état, que dire des pàquers du Charolais ? C’étaient autrefois des bois, devenus palurages par la destruction successive des arbres el par le broutage des besliaux qui a empêché la repousse du bois. Que dire des landes communales, calcaires ou granitiques? Elles sont tellement maigres el stériles, tellement lavées par les pluies et brülées par le soleil, qu’elles ne portent, au premier printemps et à l'automne, qu'une herbe courte et grêle. Ce ne sont que des pâturages à moutons, ordinairement loués à vil prix par les communes aux pasteurs de la localilé. Ç

Que rapportent ces pauvres terres? En Bourgogne, et probable- : ment aussi en Comté, le prix d’amodiation oscille entre 0 fr. 60 et 2 fr. 50 l’hectare. Si l’on déduit les impôts, variant de Ofr. 37 à 1 fr. 20 pour la même contenance, on trouve un revenu dérisoire de 0 fr. 25 à 1 fr. 50 par hectare. C’est pour ce ridicule résultat qu'on laisse les vignes pâtir de tous les fléaux, les blés et les autres produits du sol se coucher sous les vents violents ou disparaitre sous des trombes de grèle! N’avions-nous pas raison d'affirmer, dès le début, que de telles terres sont de nulle ressource pour l'élevage? Reboisées, elles fourniraient un revenu net de 12 à 45 fr. par hectare et par an, et elles changeraient les conditions économiques et météorologiques de la région. Le bénéfice direct de celte opération serait un supplément annuel de ressources de 6 à 7 millions pour les communes, el un accroissement de salaires de 18 à 20 millions; les bénéfices indirects en seraient incalculables. C'est pourquoi nous appelons de tous nos vœux la loi sur la mise en valeur des terrains communaux. Or, la mise en valeur de ces landes ne peut se faire que par l'arbre, soil qu'on veuille y édifier pour toujours la forêt, soit qu'on veuille se contenter d’y créer des prés-bois. Ce qui fait la pauvreté de ces terrains, c’est, d’une part, la faible épaisseur de la terre végétale; c’est, d'autre part, la faible teneur de celle terre en humus et en azote. La forêt remédie à ces deux inconvénients. En effet, le liquide acide qui humecte la surface des jeunes racines est,

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comme chacun sait, doué d’une action énergique sur les matières solides et insolubles du sol où elles se développent. Qui ne connaît l'exemple de ces racines de haricots ou de maïs laissant leurs empreintes sur une plaque de marbre polie? Par les racines des plantes de la forêt, les roches les. plus dures sont attaquées et décomposées ; le granit, le gneiss sont transformés peu à peu en kaolin, le calcaire fait place à l'argile. Voilà pour le sol. Quant à sa fertilité, chacun à pu, s’asseyant sur un mur qui Sépare la friche de la forèl, voir d’un côté le gazon court et grêle, de l’autre, l'herbe haute et épaisse succédant à la coupe du bois. C'est l’humus de la forêt qui, très simplement, a opéré ce miracle. Si donc on fait succéder alternativement, et à intervalles déterminés, le gazon au bois, on réalisera ainsi une exploitation mixte et plus fructueuse que celle de la lande rase, car elle permet de substituer la vache à la brebis. Mais on pourra aussi, créant la forêt par bouquets, fabriquer, sur place et avec ses dépouilles, l’humus ou

l’engrais qui régénérera la pelouse voisine.

Qu'on ne se hâte pas de taxer ces idées de chimériques. Quelques cultivateurs les ont déjà mises en pratique. Nous citerons notamment, comme exemple, ce fait observé, le 16 décembre dernier, entre Bourberain et Dampierre {Côte-d'Or). Sur des calcaires kimméridgiens, secs el pauvres, se trouve la ferme de Bessey, renfermant des champs abandonnés par la cullure depuis vingt-cinq ou trente ans. Le boïs s’en est emparé naturellement. Aujourd’hui, à la place du froment et des plantes sarclées, verdoie une brosse de

cornouillér, ‘troène, viorne, épines noire et blanche, érable,

charme et chêne. Au lieu de la détruire sottement, le fermier s’esl évertué à en tirer parti. Il y a réussi. Chaque année, il coupe, ou mieux il nettoie une partie de la brosse, en réservant soigneusement les cepées de bois dur. L’herbe envahit alors le parquet, jaillit abondante et serrée. De la sorte, un troupeau de 25 à 30 betes à cornes peut vivre alternativement : sur la brosse, renfermant 45 à 20 hectares, pendant les périodes de sécheresse ; sur la jachère, pendant les périodes d'humidité. Le fonds se trouve toujours ainsi en bon état. Notons encore l'existence, à côlé de la ferme, d’un magnifique taillis sous futaie, qui n’a, certes, pas d’autre origine que la lente évolution de la brosse. Fermier et propriétaire se trouvent, en fin de compte, avoir bénéficié de cette utilisation intelligente et raisonnée du sol. Que faut-il pour que cet exemple soit imite ? Simplement qu’on le divulgue.

20 Création de prés-bois.

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