PARTIE V, CHAPITRE II
moralise; et en vérité où serait, pour l'enfant comme pour la femme elle-même, — pour l'enfant surtout, car la femme est extrême dans le bien comme dans le mal, et elle sait se parer aussi de l'injustice, et à plus forte raison, ne pas s'en aigrir, — où serait le côté moral qui résulterait de ce contraste : la fenmie, la mère, laissée sur un grabat à la merci du hasard, l'homme plantureusement pourvu de soins et de sollicitude ; le chevet de la première, visité le soir, à la rentrée de l'atelier, par un mari harassé de fatigue et inapte à certains soins; le chevet du second entouré par la science, les visites confraternelles, la tendresse qui ne se lasse pas; celui-ci, enfin, bientôt guéri et revenant au milieu de ses camarades de travail, qui se sont cordialement inquiétés de sa maladie, celle-là souvent se mettant alors au lit, parce qu'elle a abusé de ses forces, pour hâter le jour désiré de la guérison? Ce contraste, cette anomalie, cette énormité, la société de secours mutuels nous les offrirat-elle ? non, elle ne fera pas cela; elle mentirait doublement à son origine, et quant à nous, nous ne reconnaîtrions plus le portrait que nous en avons tant de fois tracé. Et il importe peu, songez-y, que la femme ne tienne pas, pour son compte, le langage que nous venons de faire entendre; il importe peu qu'elle boive la coupe pour elle intarissable. du sacrifice, sans en sentir l'amertume et qu'elle se trouve heureuse même de donner pour as^surer la santé de son mari, non-seulement ce qui lui appartient comme à ce dernier, dans l'humble communauté, mais encore quelquefois tout ou partie du salaire que lui a péniblement fourni son travail personnel. Ces choses importent peu, et le mari comme l'association ne peuvent, nous le supposons, spéculer sur elles : — le mari qui, alors, chose honteuse, serait protégé par celle dont il doit être le protecteur; l'association qui a contracté des obligations personnelles vis-à-vis de la femme, car si elle n'a pas payé longtemps et au grand détriment de sa caisse, la lourde indemnité de maladie, n'est-ce pas souvent aux soins dévoués de la femme, autant qu'aux visites médicales qu'elle le doit? — Le mari fera donc son devoir en appuyant de son vote, et même en proposant l'admission des femmes dans la société; la société fera le sien en prononçant cette admission.
Toujours en restant dans l'ordre moral et en réservant provisoirement les chiffres, l'admission dont il s'agit comportait-elle en définitive tant de plaidoyers, tant d'appels à la justice, et de prières au cœur? Est-ce que par hasard elle ne serait pas d'un véritable intérêt pour les sociétés? Est-ce qu'il ne suffirait pas de leur dire : Admettez les femmes ; vous n'y aurez aucun mérite ; votre avantage vous le conseille, votre utilité vous en fait une loi.
« Mettez l'égoïsme dans une institution, a dit un jour M. de Lamartine,— dirigeant contre les établissements créés en vue des retraites, une incrimination générale dont nous croyons avoir montré plus haut la profonde inexactitude, et que, mieux informé, son grand esprit regretterait sans doute, — mettez l'égoïsme dans une institution, et il ne pourra en sortir que l'égoïsme; » Mettez l'antagonisme et jusqu'à un certain point l'égoïsme luimême dans une institution qui est le contraire de ces choses, disons-nous à notre tour, et vous aurez pour résultat inévitable les inconvénients de l'antagonisme et de l'égoïsme particulièrement aggravés. Eh bien, tous les observateurs ont remarqué que si parmi les femmes exclues il en est qui poussent la générosité jusqu'à ne pas se sentir atteintes par l'exclusion, il en est d'autres qui, sans bien s'en rendre compte, se montrent peu favorablement prévenues en faveur d'une institution dont leur ignorance ne voit pas d'abord tous les avantages; qui diminue, du moins elles le jugent ainsi, les faibles ressources de la famille; qui trop souvent à leur gré, et justement le seul jour où elles peuvent rester avec lui, entraînent leur mari dans des réunions dont le but ne ressort pas à leurs yeux, et où elles vont jusqu'à trouver des occasions immédiates ou indirectes de pertes de temps et de dépenses. D'autres ne se bornent pas à cette sorte de défiance contre ime association qui ne se préoccupe que d'une partie de la famille, elles voient avec une répugnance vérilablc le mari prélever sur les ressources du ménage sa cotisation de sociétaire, et elles ne sont pas loin de l'hostilité. Dans un sens opposé, et tous les ouvriers ne ressemblent pas au mari mis en scène par M. Blanqui, il est des chefs de famille qui croient leur délicatesse intéressée à refuser de se faire affilier h des associations où eux seuls trouve