‹ Le paupérisme et les associations de prévoyance (volume 2)Chapitre 151 sur 331 · PARTIE V, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

PARTIE V, CHAPITRE II

raient bénéfice et protection. Supposez cette double tendance qui n'est encore qu'assez faible se développant, et il peut y avoir là un obstacle contribuant dans sa mesure à entraver le développement de la mutualité. Que la famille au contraire ne soit plus scindée, et immédiatement tous les malentendus s'aplanissent, tous les grands résultats deviennent perceptibles. L'égalité règne au foyer; la santé dû mari se maintient mieux, car celle de sa femme — incontestable et touchante solidarité des ménages pauvres — est mieux sauvegardée. Leg maladies dont la femme vient à être atteinte n'interrompent plus les travaux du mari en le retenant auprès d'elle ; elles n'arrivent pas finalement à compromettre, par l'absence de soins habituels, la santé de celui-ci et à grever ainsi la société mutuelle de dépenses souvent plus fortes que celles qu'eût entraînées tout d'abord le soulagement efficace de la femme. Nous dirons plus: la société pourra m.ême, dans certains cas, voir le niveau de sa moralité s'élever s'il était besoin par l'admission des femmes.

Il est certain, et les faits l'ont démontré, que des sociétés admettant les femmes seraient amenées insensiblement à ne pas partager annuellement leurs fonds pour les dépenser dans une fête, ainsi que cela se pratique encore si déplorablement à Lille et en Belgique '. Plusieurs personnes du département du Nord sont convaincues que le seul moyen d'atteindre indirectement, mais sûrement, les « sociétés de cabaret, » — lesquelles jusqu'à présent réussissent seules, — c'est de créer de nombreuses sociétés admettant les femmes.

En compensation du sacrifice de son bénéfice annuel que croit faire l'ouvrier quand il entre dans une société qui ne partage pas (( offrez, dit un administrateur d'une société de Douai ^, offrez lus avantages de la mutualité à la mère de famille, créez un intérêt pour la femme à faire un choix parmi les sociétés, et vous la verrez se prononcer, lutter même contre l'égoïsme du mari... Nous nous sommes convaincus par l'expérience que nous faisons à Douai, que le développement do notre société tient sur-

' La contagion des Kermesses plus ou moins voisines et qu'il serait aussi sui)til qu'injurieux de mettre ici en scène, n'atteindra jamais, même de très-loin, des sociétés honnêtement constituées et sagement dirigées.

2 M. Scrive Berlin, avocat à Douai, voir Bulletin, 1862, p. 205.

tout à l'influence des jeunes femmes qui en font partie, et qui plus tard entraînent leurs maris. Nous avons 1 09 jeunes filles ou femmes de moins de "vingt ans, tandis que nous comptons à peine 52 jeunes hommes du même âge. » Le même administrateur mentionne une commune ' où il existait huit sociétés d'hommes^ — c'est-à-dire, supposons-nous, huit sociétés «de cabaret, » — lesquelles ont disparu depuis la fondation d'une société générale admettant les femmes.

A Lille, c'est le cabaret et le partage des fonds qu'il faut combattre ; ailleurs % ce sera le chômage volontaire et les dissipations dangereuses qu'il amène. Partout une influence bienfaisante se fera rapidement sentir.

Que reste-t-il donc de cette allégation relative aux inconvénients possibles de l'influence morale dans les sociétés?... il reste l'objection de détail suivante :

Toute société a des réunions, des délibérations, des votes ; les femmes seront, dans ces occasions, une cause inévitable de troubles, de discussions oiseuses. Est-il nécessaire de faire remarquer aux esprits timorés qui se laissent émouvoir par cet inconvénient que l'apparence même en disparaîtrait devant l'insertion dans les statuts d'un article portant ces quelques mots : Les femmes ne pourront, dans aucun cas, participer à l'administration ni aux délibérations de la société ? Quant à nous cependant, nous avouons que cette interdiction absolue nous semblerait excessive, dans un pays où la femme est légalement appelée à décider dans certains cas, sur des intérêts beaucoup plus considérables; en présence de l'ordre, de la décence, et même de l'extrême bon goût qu'on n'a cessé de remarquer dans les réunions générales qui admettent les femmes. L'interdiction absolue serait d'ailleurs anti-libérale prise à un point de vue plus général. Avec M. Vée *, nous croyons qu'on peut, pour le moment, adopter dans les sociétés mixtes un moyen terme, c'est d'appeler les femmes aux assemblées générales pour y entendre discuter les allaires de la société, et, au besoin, y être

* Lommc.

3 Le rr:i(;lionncmenl est inri'ii dans celle région. 3 Voir Bulletin 1855, p. '206.

* Bulleixn <le 1857, p. 'J5.

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