PARTIE IV, CHAPITRE II
donnée à la caisse par un particulier reste la propriété de cette caisse conformément au vœu du donateur, sous condition que l'intérêt en soit distribué, chaque année, entre les plus pauvres déposants, Suisses d'origine, particulièrement de la classe des domestiques, au moyen d'une loterie. L'administration de la caisse peut augmenter les lots en prenant la somme nécessaire sur les bénéfices éventuels de l'établissement. La répartition des lots se fait chaque année sous forme de loterie. Pour y participer, le déposant doit posséder une créance sur la caisse d'au moins 100 francs, et avoir fait dans l'année écoulée un nouveau dépôt. La loterie contribue beaucoup, paraît-il, à encourager les domestiques à faire des économies. On s'est demandé à ce sujet s'il ne serait pas désirable que les autres caisses d'épargne introduisissent un système semblable, ou bien même qu'elles affectassent à la loterie une partie considérable des sommes déposées. Avec M. le pasteur Spyri, de Zurich, à qui nous empruntons le curieux faitdeBienne ', nous repoussons l'application proposée, estimant au contraire qu'il n'y a guère de contradiction plus flagrante que la loterie et la prévoyance. « Là, de l'argent sans travail et sans y avoir coopéré soi-même; ici, au contraire, de l'argent acquis par le travail et l'économie; là, un gain espéré mais venu en dormant; ici, une activité sérieuse et soutenue; là, un gain qui peut être considérable mais sans moralité; ici, un petit gain mais qui grandit par l'influence fortifiante qu'il exerce sur le caractère ^. »
' Les caisses d'épargne de la Suisse, en allemand et en français, Bern. Drnck von Gcbruder Guil in Zurich, 18G4.
^Ihid., p. 14.
Il faut voir dans le Dictionnaire universel de commerce, au mot Loterie, ou mieux soit dans le grand ouvrage de M. E. de Paricu, Etudes sur le système des Impôts, soit dans le livre malheureusement inachevé du comte Pettiti de Turin, (mort en 1850), quels sont les effets sur les petites épargnes, et par conséquent sur la formation des capitaux de l'iiahitude des loteries. Et cependant la loterie figure encore comme taxe dans le budget de plusieurs pays de l'Europe : en Danemark, pour 50,000 rixdalers; en Prusse, pour l, '200, 000 ihalers ; en Autriche, pour plus de 5 millions de florins; en Espagne, pour près de 2:i millions de réaux ; dans les Pays-Bas, pour 400,000 florins ; à Rome, pour 800,000 écus environ ; dans le royaume d'Italie, pour 4'2,41-2,O0O f , soit en moyenne 1 fr. 88 cent, par habitant (les deux derniers chiffres produit brut). « Les législateurs qui sanctionnent un pareil impôt, a dit J.-B. Say, votent un certain nombre de vols et de suicides tous les ans. »
Les deux seules exceptions, contenues dans noire loi prohibitive du '21 mai 1830,