PARTIE IV, CUAPITRE
fectés par la guerre américaine, et à plusieurs autres souscriptions du même ordre, inondations, incendies, etc. La seule chose qu'on doive impérieusement recommander ici c'est de ne jamais prendre pour ces œuvres de spontanéité généreuse dans la caisse commune, mais de procéder par voie de dons volontaires.
Quant aux faits de dévouement des sociétés vis-à-vis de leurs membres, qu'on nous permette d'en citer seulement deux ou trois mentionnés dans un des derniers rapports officiels '. Nous le faisons avec d'autant plus de plaisir que nous croyons n'avoir pas été personnellement étranger à une mise en lumière qui serait déjà pour ces faits une récompense, si de pareils actes en avaient besoin.
« Ici, dit le rapport, une société adopte un pauvre enfant sur la tombe de son père qu'elle a secouru pendant une longue maladie; elle s'en fait la tutrice et la mère, et lui ouvre, par la bonne éducation qu'elle lui procure et par l'influence de ses membres honoraires, une carrière plus brillante et plus belle que celle que pouvait lui promettre sa famille. Là, un jeune homme, membre d'une société de marins, est frappé d'une crise longue et violente d'aliénation mentale ; le veilleur que lui assure les statuts de sa société ne suffit pas pour le retenir dans ses accès, et chaque jour et chaque nuit quatre ou cinq de ses camarades veillent ensemble sur lui. Pendant un mois, presque la société tout entière a passé autour de son lit; et chacun des matelots, ses associés, oubliant son bateau et sa pèche, sa seule fortune, est venu, avec un zèle qui ne s'est jamais démenti, arrêter les violences, calmer les égarements du pauvre malade et consoler ses moments lucides par la présence et les paroles d'un ami. Ailleurs, un associé meurt laissant pour toute fortune à sa veuve et à ses nombreux enfants des affaires embarrassées, des travaux interrompus, un héritage de difficultés et de misère : la société ne secourt pas seulement la mère et les enfants ; elle désigne les plus intelligents, les plus expérimentés de ses membres qui passent des journées à apurer les comptes, à liquider la situation, à faire achever les travaux, et
Rapport pour 1862.
parviennent à retrouver une honnête aisance pour la famille qui se croyait ruinée ' . »
Comme en Belgique et en Angleterre les sociétés ont aussi participé par des manifestations extérieures à la vie publique, et leurs longues processions, leurs bannières, leurs fêtes spéciales ont fait quelquefois la propagande des yeux en faveur de l'œuvre mutuelle.
Quant aux bals, qu'à l'exemple, il est vrai, de beaucoup d'oeuvres de bienfaisance, certaines mais très-rares sociétés ont eu quelquefois la pensée de donner au profit de leur caisse, nous ne pouvons que les blâmer absolument et désapprouver de toutes nos forces un moyen aussi peu digne et aussi peu en rapport avec le caractère de l'institution. Tout au plus, et dans de bien rares circonstances, comprendrait-on ce mode de souscription pour une œuvre déterminée, accessoire et très-intéressante, et encore nous avouons notre répugnance pour lui, toutes les fois qu'il la fête ne devrait pas se borner, — en tant que non gratuite, — aux seuls membres de la société ^. Il en est de même, mais ici sans aucune exception, pour les loteries qui seraient organisées en faveur des sociétés. Que la prévoyance garde son caractère et ne descende pas à ces moyens de battre monnaie qui peuvent avoir ailleurs, et de loin en loin, leur raison d'être, mais qui ici seraient une tache ^.
Le goût pour les jeux de hasard ne leur paraissant pas pouvoir être réprimé, certaines personnes ont cru qu'étant sagement guidé, ce goût pourrait produire de bons au lieu de mauvais fruits. C'est dans cette pensée, par exemple, qu'a été introduite dans la caisse d'épargne de Bienne (Suisse) la trèssingulière organisation suivante : une somme de 2,000 francs
• Os trois faits, nous sommes heureux de le dire, ou tout au moins deux d'entre eux ont eu pour auteurs des sociétés du département de la Gironde. Celui si touchant, relatif ù un aliéné — (pi'il eût été sans i\o»U' hien facile à la société de faire placer de suite dans un asile — honore, au milieu de tant d'autres, la brave Société des marins d'Arcachon.
'-•Avec une hien grande raison, une lettre ministérielle rapportée au Bulletin de 18C1 (p. (il), a « exprimé sonétonnemenl » de ce que le conseil d'administration d'une •oriété de lu Seine ait pu luire la proposition de donner un bai travesti le jour de la mi-caréme, au hénéllce de cette société.
' L'administration a i-af^emcnl rejeté en 1858 un projet de loterie formé par un particulier en faveur des Hociélés npprotirdes.