‹ Le paupérisme et les associations de prévoyance (volume 2)Chapitre 20 sur 331 · PARTIE IV, CHAPITRE III · texte numérisé non relu

PARTIE IV, CHAPITRE III

après qu'on lui a donné lecture des pièces fournies pour chaque récipiendaire : une seule boule noire motivée suffit pour le rejet '. Dans beaucoup de sociétés, les noms des candidats sont inscrits sur un tableau dans la saUe où les sociétaires doivent payer leurs cotisations; ceux qui ont quelque motif de s'opposer à l'admission en informent le bureau qui vérifie l'exactitude de l'allégation.

Le meilleur mode semble être d'ajouter foi à la recommandation des parrains, membres de la société, qui présentent le sociétaire, et se portent garants de sa moralité. Si la société a été bien composée au début, la responsabilité des parrains n'a pas même besoin de la sanction réglementaire ^.

Aux termes de l'article 5 du décret, c'est au scrutin secret et à la majorité des voix de l'assemblée générale que les admissions ont lieu. Ce système a été critiqué : on a dit ^ que pour l'étude minutieuse de la vie d'un homme, que pour une appréciation aussi délicate que celle delà conduite de sa femme qui doit, suivant le cas, entrer, elle aussi, dans l'association, mieux vaudrait une petite réunion d'hommes choisis, c'est-àdire le bureau, qu'un débat public au milieu d'une grande assemblée. La commission supérieure, au contraire, maintient fermement l'admission par l'assemblée générale et non par le

' Les sociétés de Grenoble exigent, en outre, de leurs candidats, l'accomplissement de quelques conditions qui nous paraissent pour le moins exagérées; celle, par exemple, « de justifier de moyens honnêtes et suffisants d'existence. » (400 fr. par an dans la plupart.)

^L'idée du point d'honneur chez les ouvriers assemblés a une vigueur extraordinaire. Nous avons cité la conduite de Grenoble chez les compagnons. On ne peut lire sans en être frappé dans les P'pulations ouvrières de M. Audiganne, la description de l'usage suivant, propre à la fabrique de Rouen : Dans chaque salle, l'ouvrier le plus ancien est improvisé chef sous le nom de curé, pour maintenir l'ordre tel que les ouvriers l'ont conçu et assurer l'exécution des mesures arrêtées entre eux. En cas d'infraction, le curé prononce des amendes; s'il y a infracticn très-grave, il existe une |)unition plus sévère désignée par ces mots bizarres : couper le rentre. Un ouvrier à qui le curé a coiipéle ventre est aussitôt séquestré de la compagnie de ses camarades et ne reçoit plus d'eux aucune aide. Ainsi que le remarque M. Audiganne, on peut essayer de donner une direction à cette tendance des ouvriers vers la discipline et l'unité de conduite, mais, comme elle procède d'instincts indestructibles et de l'invincible opération du temps, il serait inutile de chercher à la détruire.

' M. n. Giraud, La Fraternité, 1°" année, p. 143.

conseil d'administration ^ Nouspartageojis son opinion. Ce qu'il peut y avoir de délicat dans les enquêtes, — il ne peut s'agir ici que des grandes \illes et de sociétés nombreuses, — se fait par les soins du bureau et l'intermédiaire d'hommes expérimentés ; et ainsi éclairée et préparée, la décision de l'assemblée peut se produire sans entraîner d'inconvénients. Laissons donc aux sociétés les droits que la législation elle-même leur donne. Toutes les assemblées libres doivent être souveraines pour l'admission ou le rejet de leurs membres. A côté de faibles avantages, nous verrions dans la modification du mode actuel de graves inconvénients, et, au premier rang des récriminations, des défiances, la disparition fâcheuse non-seulement d'un excellent procédé de self yovernment, mais d'une garantie pour les sociétaires, car il s'agit ici d'un contrat de société, et chaque contractant doit avoir voix dans la cause. Du reste, la sévérité dans les conditions d'admission est loin d'être un mal. En général les délibérations ont lieu sérieusement sans haine et sans crainte. Le scrutin est là quand la discussion a des inconvénients. Le membre admis n'a pas conquis seulement son admission aux secours; il a été jugé par ses pairs. Il y a pour lui, dès lors, recommandation particulière à l'estime publique.

Les statuts d'un très-grand nombre de sociétés stipulent formellement que les indigents inscrits sur les contrôles des bureaux de bienfaisance ne peuvent être admis.

Des limites d'âge sont imposées aux candidats; ils doivent, en général, avoir au moins dix-huit ans, et n'avoir pas dépassé quarante à cinquante aus. La moyenne des journées de maladie s'élevant naturellement avec l'âge, les règlements deviennent de plus en plus sévères sur ce point, afin d'éviter que, dès son admission, un membre qui n'aura pas eu le temps de contribuer encore ù la prospérité de la société, ne soit un fardeau poiu' elle. Les plub prévoyants ont même établi un droit d'admission gradué proportionnellement à l'âge '\

• Uapport |toiir 180*2, |). 10.

3 Dans les hociùlés iurmécs entre ouvriers d'une même usine, lous les membres sont Kouvenl admis sans distinction d'âge ; muis on comprend (|ue pur les nécessités du Irivuil elles-mêmes, il n'y ait guère de vieillanU d.tns de telles associations.

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