‹ Le paupérisme et les associations de prévoyance (volume 2)Chapitre 21 sur 331 · PARTIE IV, CHAPITRE III · texte numérisé non relu

PARTIE IV, CHAPITRE III

Lorsqu'une société se fonde dans une commune qui n'en possédait pas encore, il est moral et humain qu'elle fasse, pendant un délai d'un ou deux ans au plus, une exception qui laisse la porte ouverte à tous ceux à qui il avait été impossible jusque là d'obtenir les avantages de la mutualité; mais, ce délai expiré, il importe essentiellement, dans l'intérêt môme de l'avenir de cette société, qu'elle n'admette pas de membres participants au-dessus de cinquante ans. Nous pourrions citer une commune des environs de Bordeaux, possédant depuis longtemps plusieurs sociétés, et où des vieillards, — qui, portant la faute de leur imprévoyance, ne peuvent être admis dans aucune d'entre elles, — ont recruté à leur profil, ily a quelques années, un certain nonjbre de jeunes gens, et les ont organisés en société. Évidemment, cette société n'est pas née viable, et n'aura, comme toutes celles qui se formeraient dans les mêmes conditions, d'autre résultat que d'absorber, au bénéfice de quelquesuns, les épargnes de tous. On ne saurait trop recommander aux sociétés la plus grande vigilance à cet égard. Le rêve d'une société admettant des individus de tout âge, les soumettant tous à la même cotisation ; d'une société oià, par conséquent, les uns donneront plus qu'ils ne reçoivent, les autres recevront plus qu'ils n'apportent, est certainement un beau rêve que la subvention des membres honoraires peut rendre quelquefois possible, — en changeant, du reste, alors la nature de l'institution, — mais dont il ne faut pas trop recommander la réalisation aux sociétés; car dans la plupart des cas, et surtout lorsque les concours étrangers ne sont pas abusivement appliqués aux œuvres essentielles, ce n'est qu'un rêve.

« Il est bon, utile et vraiment fraternel, a-t-on dit, que les jeunes paient pour les vieux : c'est un exemple de la chaîne sociale. Si les contributions des jeunes membres viennent couvrir le déficit occasionné par les vieux, plus tard, quand ils seront vieux eux-mêmes, des jeunes gens paieront pour eux. » — c( Soit, répond M. Ilubbard ; mais qui garantit la présence des autres jeunes membres? Le recrutement de ces sociétés est chose tout à fait incertaine : or, qu'arrive-t-il, lorsqu'il fait défaut? Une génération tout entière s'est sacrifiée à soutenir dans leur vieillesse quelques hommes dont elle avait écouté les cou-

seils, et elle se trouve actuellement dénuée de toute ressource, sans trouver personne pour faire sciemment le sacrifice qu elle a fait elle-même dans la plus complète ignorance '. » M. Debouteville exprime la même opinion.

Dans la Société du faubourg Saint-Denis à Paris, il est formé une division dite des anciens, qui admet des sociétaires à tout âge au-dessus de cinquante ans, et qui moyennant une cotisation de 1 fr. 23 c. par mois, garantit les soins du médecin, les médicaments, les honneurs funèbres et des secours facultatifs en argent, suivant Tétat de la caisse de la division. Fondée depuis plusieurs années, cette division qui comprend des vieillards de quatre-vingts ans, prospère sous tous les rapports, et récemment son encaisse était relativement plus considérable que celui de la société générale, a Voilà une belle réponse, dit avec raison le conseil de cette société aux esprits trop timorés, qui ne croient la mutualité possible qu'entre des hommes dans la fleur de l'âge et de la force ! Tout est praticable, tout est facile au contraire, au moyen de conditions bien étudiées et prudemment étabhes ; » et au premier rang d'entre elles, ajouterons-nous, au moyen de la spécialité ^.

La plupart des règlements exigent que les candidats ne soient pas atteints de maladies chroniques; ils les soumettent, par conséquent, à une visite médicale préalable, et les astreignent même à un noviciat plus ou moins long ^; quelquefois on fait simplement signer au candidat, sur la feuille où il s'engage à se conformer aux statuts, une déclaration portant qu'il n'est atteint d'aucune maladie, et qu'il souscrit d'avance à son exclusion, au

* Ub. sup., I». 65.

3 On est même en droit de se demander si, dans les centres d'une certaine importance, les (lersonncs — maiiieiireusemenl trop nombreuses — qui ne sont pas tout à fait dans les conditions de santé oxipées pour l'admission dans les sociétés ordinaires, ne pourraient jias orpniser entre elles, non pas, à coup sur, une mutualité comprenant ri^'ourcusemenl tous les olijets poursuivis par ces dernières sociétés, mais une mutualité <|ui, s'uppliquant à des conditions idt'nti(|ues; améliorerait sensiblement la po&ition de chacun. Il ne s'agirait pas, bien entendu, de personnes tout à Tait malades.

Les (harpes de l'aprépition devant être plus lourdes r|u'ailleurs, les versements devraient suivre les mêmes proportions ; mais, quelque élevés qu'ils fussent, ils seraient toujours inférieurs à la dépense d'un individu isolé.

' 'liuih mois uu minimum, un an au maximum ; le plus fréquemment six mois.

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