‹ Le paupérisme et les associations de prévoyance (volume 2)Chapitre 217 sur 331 · Partie v^ chapitre xiii · texte numérisé non relu

Partie v^ chapitre xiii

sentiment qui ne serait pas si la foi n'était pas ' . » Louons donc le peuple d'aimer et honorer ses morts ; aidons et encourageons son culte. Rien ne sera désespéré pour l'ensemble des aspirations élevées qu'on doit souhaiter à l'homme, tant que cette noble tendance survivra. Déjà le navrant et quelquefois cynique appareil des funérailles du pauvre dans les grandes villes s'est modifié. Le pauvre, comme le riche, est assuré aujourd'hui de l'assistance de l'Église, et les aumôniers des dernières prières — commencement d'une égalité plus entière encore, si désirable devant la solennité de la mort — accompagnent maintenant le plus humble convoi. Ils l'accompagnent, disons-nous, mais dans quelle tombe vont-ils le déposer?...

Si les voies romaines étaient bordées de monuments superbes, dernière demeure du patricien, la lie du peuple et les esclaves étaient jetés à la voirie. Chez nous aussi cependant, à côté de tombeaux fastueux, suprême refuge de la vanité du riche, le prolétaire a encore sa voirie ; elle s'appelle d'un nom lugubre et terrible : la fosse commune, et l'ouvrier qui y vit descendre un des siens, n'y a jamais songé depuis sans un indicible serrement de cœur.

Aux sociétés de secours mutuels qui ont déjà substitué pour leurs membres à l'abandon presque absolu, le concours sympathique vainement envié dansbeaucoup de pompeuses funérailles, le convoi décent '^, quelquefois même le service anniversaire ^; aux sociétés dont les membres * tiennent à honneur de porter eux-mêmes à la terre le frère qui vient de mourir, il était réservé de faire la première démonstration efficace contre le pêle-mêle hideux de la fosse commune ^.

* Méditations et études morales.

2 M. A. Chevalier a émis, au sujet des convois un vœu dont la réalisation ne serait pas sans avantages au point de vue de la propagande et de l'enseignement de la foule imprévoyante. H consisterait ;i régler avec les pompes funèbres une classe spéciale et signalée distinctement, pour les convois de tous les membres participants.

^ « On ne meurt pas tout à fait dans les sociétés de secours mutuels, » a-t on pu dire heureusement, à l'occasion d'un de ces services.

^ Dans l(!s villes où les entreprises de pompes funèbres ne s'y opposent pas.

^ Les premiers chrétiens enterraient leurs morts dans les catacombes; plus tard, la coutume se généralisa d'ensevelir dans les églises. La mutualité a ausssi ses lidèles, et le souci de leurs funérailles a toujours été un de ses objets les plus chers.

A Paris, OÙ l'achat d'une fosse à part, ou concession temporaire de cinq ans, ne coûte pas moins de 50 fr. ', beaucoup de sociétés libres étaient parvenues à assurer depuis longtemps à leurs morts une sépulture privée '^. Les sociétés approuvées veulent suivre aujourd'hui cet exemple et plusieurs y ont réussi. Les moyens d'exécution sont de plusieurs sortes : ici, on a adopté le système d'une cotisation supplémentaire de 10, de 15 ou de !20 cent, à percevoir par chaque éventualité de décès ; là on a préféré une souscription annuelle et fixe de 1 fr. pour les hommes, et de 70 cent, pour les femmes. A chaque société, suivant ses vues et ses ressources, il appartient de se décider entre les deux modes ou de choisir tel autre qui pourrait être indiqué. Ce qu'on doit recommander dans tous les cas, c'est de rendre la cotisation obligatoire pour chacun. La sépulture à part n'est pas un de ces avantages indifférents qui, par leur nature même, peuvent être laissés à la libre prévoyance du sociétaire ^.

Nous avons vu l'article 10 du décret organique accorder une remise des deux tiers sur les convois soumis au droit municipal. Si, d'après le vœu qui en a été exprimé par un grand nombre de sociétés *, il était accordé sur la concession des terrains d'inhumation une remise analogue *, l'achat des fosses à part de-

« 50 fr. 35 c.

- M. Gaillardin, membre de la commission supérieure (séance de la Société du faubourg Saint-Detiis, 7 avril 18G4), a reconnu avec beaucoup d'impartialité le souci tout particulier des sociétés libres pour les funérailles de leurs membres. « Là, a-til dit, quand un sociétaire meurt, ce n'est pas comme chez nous, une simple députation qui est convoquée jjour assister au convoi, c'est la société tout entière... Voilà qui est bien, voih'i qui nous dépasse... » « Ces sociétés, a ajouté l'orateur, grâce à leur discipline, à la fidélité qu'elles gardent à leurs engagements jouissent, d'une prospérité qui justilic la rigueur de leur règle. Sans membres honoraires, pres(iue toujours sans subventions de l'Ktat, elles se sont toujours sul'li a elles-mêmes, aux Irais de leur administration, aux besoins de leurs nialades, aux prévisions de l'avenir, et plusieurs d'entre ellrs ont résolu ce problème si difficile des pensions de retraite qu'elles paient exactement à leurs vieillards. »

' M. A. IJonnel, à qui le Bulletin doit un excellent article sur le sujet ipii nous occupe, a proposé, en outre, un signe récognitif, — une croix en fonte, où seraient inscrits les noms de la société et celui du .sociétaire. — dette croix, à laquelle on a joint un entourage en bois pcriiietlanl aux faiiiilles un pieux entretien, u été adoptée par plusieurs sociétés. Klle ne coûte que H ou 10 fr.

* Uullclini\(i imrs iHb'J.

5 Dans quebjues villes et notamment à Lyon, les fabriques des paroisses, à la demande de» sociétés, ont iibiiisM' les tarifs ordinaires {Ilutlvlin, juillet IbOl). Nous avons dit

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