PARTIE V, CHAPITRE XVI
Ainsi donc, les personnes riches et dévouées aux classes populaires, prêtant aux associations, pour toute la durée de ces dernières, des sommes qui portent intérêt, et acquérant ainsi, sans que l'ombre d'une susceptibilité puisse se produire, l'occasion et le droit de faire profiter les associés de leur savoir et de leur expérience ; un fonds sérieux et consistant mis indéfiniment entre les mains des sociétaires; le membre honoraire transformé en membre rtcfioîjnaire ; les classesrapprochées et l'objection de la gratuité, — c'est-à-dire en réalité, du trop haut prix des services, — n'ayant plus de raison d'être, voilà ce que contient la page qui précède.
Utopie? non, — car c'est un homme ultra-pratique par sa profession même, qui présente l'idée. — Inapplicable chez nous, pourra-t-on dire subsidiairement; inapplicable autant qu'inutile, car l'ouvrier accepte sans hésitation le concours actuel.... Ici, nous ne discutons pas ; nous exposons... Vienne le jour cependant oîi les dispositions de l'ouvrier se modifieraient, on trouverait là le germe d'une idée qui (susceptible du reste de modifications de détail) pourrait maintenir le principe et le salutaire concours du membre honoraire, en les rendant inattaquables, même par les plus fiers *.
' M. Gaillardin, qui aime vérilablement les sociétés mutuelles et sait la manière de leur parler, disait à une réunion générale d'une société de Paris : « Est-il donc si facile d'échapper absolument aux services gratuits des autres? Ce genre de services ne nous poursuit-il pas, ne nous atteint-il pas, sans que nous le voulions et le sachions ? La souscription du membre honoraire n'est pas du reste un don gratuit, car il peut devenir participant, et c'est souvent pour s'assurer ce droit qu'il se fait honoraire. Il a un droit, il se contente d'en ajourner l'exercice. Parmi les participants, celui-ci n'est jamais malade, ne reçoit jamais rien, faut-il le bannir de l'association? Envisagée dans les rapports de classe à classe, la souscription du membre honoraire ne peutelle pas être considérée comme une gratification accordée à l'ouvrier par le fabricant ou par le consommateur, comme une rémunération de quelques-uns des mérites du travail qui n'ont pas de tarifs et ne se paient pas à la journée : le fini de la fabrication, etc., etc.? De plus, la mutualité ne rapporte-t-elle rien aux classes qui ne lui demandent pas pour le moment d'indemnités matérielles; ne leur apporte-t-clle pas la prospérité publique et l'absence des inquiétudes sans qu'elles l'aient préci^émentcherchée? » Ce langage approprié à une circonstance donnée, n'est certainement pas rigoureux, mais il a pour objet et souvent pour effet de répondre à d'honorables délicatesses. D'autre part, l'effort même de l'orateur prouve (|ue l'objection n'est pas sans se produire çà et là avec une certaine précision, et qu'on n'en nie pas la gravité. A (juoi bon eu effet le silence ou les détours ? Le silence ne résout rien; il prépare le tumulte en le couvrant. Donc est-il loin, est- il près le jour où l'objection sera sérieusement formulée dans les sociétés qui acceptent la forme actuelle des membres honoraires? — Nous ne savons...