PARTIE Vil, CHAPITRE V
rir strictement auprès du fisc, du bureau des hypothèques et à toutes les autres sources du taux précis de la fortune de votre associé. Les opérations que vous poursuivez peuvent ne pas réussir ; — les pertes sont toujours possibles; — les créanciers de votre entreprise pourraient avoir à se récupérer plus fortement tout d'abord sur la caisse personnelle de votre associé. Qu'arriverait-il de votre dignité si vous vous exposiez à courir dix ans, vingt ans des chances semblables? Ne voyez-vous pas le spectre du patronat? Égalité par francs et centimes dans vos biens patrimoniaux et acquis, ou pas d'association honorable. Le moins riche est évidemment protégé, puisqu'il court une chance même éventuelle, lointaine, improbable de ne pas se trouver strictement un jour, vis-à-vis des pertes, dans la même position que son associé pourvu d'un capital plus fort.
Certes ce qui caractérise si heureusement le mouvement actuel, c'est qu'il ne s'inspire en rien des idées interventionnistes d'autrefois. Les associations populaires doivent veiller aussi à ce que des particuliers riches ne cherchent pas à se faire d'elles un moyen d'influence pour des objets étrangers ; mais de ce sage esprit d'indépendance et de liberté à un tel rigorisme, la distance est grande. Chaque société doit être laissée libre d'apprécier s'il lui convient d'accepter l'adjonction de membres qui, «sans intention, sans besoins probables, mais avec le droit entier de prendre part aux avantages, s'engagent à supporter les charges ; * » mais il serait on ne peut plus fâcheux, autant au point de vue moral et social qu'à celui de la mise en œuvre matérielle, qu'on ne parvînt pas à établir un lien entre les banques populaires et les classes aisées. A ce sujet, et surtout pour les sociétés qui éprouveraient des difficultés dans la création du premier fonds, nous appelons de nouveau l'attention sur le moyen terme précédemment développé par nous : versement de sommes recevant un intérêt, mais ne pouvant être retirées que lors de la dissolution de la société '^.
' M. Casimir Périer, — Loc. cit., p. 4.
2 Page 453 à 457.
Au congrès des ouvriers aiieinands(ll mai 1804), une députation de tisserands déclara à M. Schultze, être dans l'impossibilité d'appliquer son système faute de pouvoir réunir la première somme. Nous avons bien montré l'épargne naissant sur
L'arrêt souverain dans cette matière a été rendu par l'homme, appartenant aui classes moyennes — et cependant si sympathique aux masses ' — à qui l'Allemagne doit ses 1,200 associations coopératives.
Nous sommes bien heureux de retrouver dans les lignes qui suivent et dont l'autorité est grande, des idées dont nous n'avons cessé de nous inspirer.
« Ceux qui sont favorisés par la fortune et par l'instruction auront, par leur concours, rendu à la classe ouvrière un des plus grands serAices qu'homme puisse donner ; mais ce service, n'exigeant de leur part aucun sacrifice matériel, on ne peut pas dire que ceux auxquels il proûte aient reçu d'aumône. Puisque c'est h leurs efforts qu'on renvoie ces derniers, on ne leur donne rien qu'ils n'aient au préalable mérité ; et dans l'encouragement, dans les conseils et, au besoin, dans la direction initiale de concitoyens plus riches et plus expérimentés, il n'y a rien qui puisse les humilier. Tout au contraire ce rapprochement de deux classes séparées jusqu'ici par un ravin à pic, est favorable à l'une et à l'autre... Elle n'en souffre certainemeut pas, cette initiative personnelle {Selbsthiilfe^ que nous estimons si haut ; elle n'en dégénère point en protectorat meurtrier. L'intervention de guides et de conseillers, concourant à la formation des associations, n'est que transitoire et n'agit qu'en vue de l'éducation des classes laborieuses et de leur préparation à l'indépendance la plus complète. L'instruction donnée à un jeune homme ne peut être considérée comme une restriction apportée à sa liberté ; l'instruction donnée aux travailvailleurs sur la pratique des affaires et sur les relations sociales, ne doit pas davantage être considérée comme une tutelle.
En cela consiste la différence essentielle entre le concours des classes aisées sous forme d'initiation à la liberté, et celui que d'autres leur réclament sous forme d'aumône. L'aumône se fait permanente, elle se rend indispensable, elle \)Tvx\i\ des dimensions toujours plus exagérées, et finit par imposer à la société un intolérable fardeau. L'éducation transporte l'énergie vivifiante de l'esprit qui donne, dans le cœur qui s'assimile si bien ce qu'il reçoit, que l'initiation se transforme en savoir et en pouvoir personnel ^. »
Les résultats obtenus par M. Schultze-Delitzsch, d'après les données qui précèdent, ne seront pas oubliés par l'histoire.
les fonds les moins riches ; on ne peut nier cependant que dans certains cas la première avance, l'avance des premiers irais, ne puisse relever des hommes qui ensuite marcheront tous seuls.
' Si les masses eussent écouté certains théoriciens, elles eussent rejeté comme un présent renfermant peul-étre des dangers, comme un concours gratuit et par conséquent peu digne, le système de M. Schultze-Delitzsch, unifiuement parce qu'il appartient aux classes moyennes; et l'Allemagne n'aurait seulement pas commencé la grande évolution économi(|ue qui la vivifie.
3 Die arbeinlenden-Klassen unddas associations wesen in JDcutshland, p.ll3 et 1 14.
PAllTIE VII, CHAPITRE V. 539
Aide-toi, entr' aidez-vous, cette maxime vitale n'est- elle faite que pour les individus appartenant à une seule classe et considérés entre eux? Pourquoi ne serait-elle pas mise en pratique de classe à classe, de groupe à groupe, — et quel que soit leur rang d'aujourd'hui — d'individu à individu?
Le prolétariat peut, à la rigueur, se sauver lui-même ; mais l'union du prolétariat et des autres classes sauvera seule la société.