‹ Le paupérisme et les associations de prévoyance (volume 2)Chapitre 285 sur 331 · PARTIE Vil, CUAPITRE V. 53o · texte numérisé non relu

PARTIE Vil, CUAPITRE V. 53o

sur les subventions des pouvoirs constitués ou des donateurs privés — étaient complètement inférieures aux banques créées par M. Schultze-Delitzsch d'après le principe de V assistance par soi-même. « Ceux qui demandent du crédit doivent être euxmêmes les soutiens et les maîtres de l'entreprise créée pour la satisfaction de ce besoin... Les relations avec la société et les crédits qu'elle ouvre doivent avant tout être traités comme une affaire [valeurs contre valeurs) ' et d'après les règles qui président aux opérations de banque ^. »

Ceci posé, ce serait cependant, suivant nous, un grand tort de la part des banques d'avances que d'affecter un caractère absolument exclusif et ressemblant à un parti pris formel de tenir les membres et les clients de ces banques éloignés de tout contact avec les autres classes. Indépendance et dignité ne sont nullement synonymes d'hostilité et d'antagonisme. La coopération autonome et libre, demandant sa place au soleil de tous, mais bienveillante et ne faisant point un principe souverain de l'isolement, a un avenir sans limites; la coopération, machine de guerre, serait réservée à tous les hasards de la guerre.

Il n'y a pas d'avenir, de système, de lois ou de décrets qui puissent changer, supprimer toutes les inégalités de condition parmi les hommes, La vie humaine hbre suffit à les créer et à les-maintenir. Pourquoi donc certains écrivains, dont l'intention n'est assurément pas de prêcher la guerre, préchent-ils l'exclusivisme sans tempérament? Pourquoi, au lieu d'accepter comme un fait fatal ces inégalités dont l'écart pourra seul être diminué par la civilisation, aviver la passion trop facile à comprendre chez ceux qui le subissent dans sa mesure actuelle? Si l'on ne veut pas que les classes se heurtent un jour à force de s'être éloignées, pourquoi repousser avec obstination les moyens de les faire rencontrer? M. Schultze-Delitzsch lui-même, l'apôtre de la réciprocité des services et de làSelbsthûlfe — qui sont pour lui une foi, — n'est nullement à l'abri de ces théories tranchantes et de ces blâmes incompréhensibles. Dans une série d'articles récemment publiés par une feuille quotidienne

' Auf Geschiiftlichen-Fusse.

2 Discours de M. Schultze-Delitzsch, au congrès des économistes de Weimar en ISCî

et dus à un de ces zélés de la coopération, nous avons lu qu'en Allemagne on est patriarcal; qu'on accepte très-bien le patronat et que les banques populaires qu'on y propage ne satisferaient pas nos ouvriers. Cette manière de voir est fondée sur le raisonnement suivant : chaque banque allemande est une société en participation avec un maximum de mise. Quiconque verse une somme même inférieure au maximum est associé pour cette mise. Seulement aucun associé, même celui qui jouit d'une grande fortune, ne peut dépasser la limite fixée. Le crédit de l'association vient donc de ce que chaque associé, malgré sa mise limitée, est responsable jusqu'à concurrence de tout ce qu'il possède. Mais la responsabilité de l'ouvrier qui verse 50 florins, lesquels sont toute sa fortune, n'est pas la même que celle du propriétaire qui, possédant 10,000 florins, en a versé 50 comme le premier. Il y a égalité pour les bénéfices; mais au fond il y a inégalité. C'est le patronage. Le système est mauvais...

Eh bien, nous le déclarons sans crainte de nous tromper, ce qui est mauvais, c'est la donnée d'où procède une appréciation semblable.

En fait, il est constaté que la responsabilité illimitée des banques allemandes a été, sauf un seul exemple, tout à fait nominale. Mais cela n'eut-il pas été, et cette responsabilité eut-elle atteint dans ses conséquences plus fortement celui-ci que celuilà, le système de M. Schultze-Delitzsch n'en serait pas moins à l'abri de tout reproche. La responsabilité limitée est très-désirable en ce qui concerne les associations de crédit mutuel; mais en vérité, ce n'est pas pour de semblables raisons.

Nous n'avons connu, jusque dans ces dernières années, en fait de forme d'associations commerciales, que la société collective solidaire, c'est-à-dire la société oii chacun était responsable pour tous. Est-ce à dire cependant, et il le semblerait d'après la théorie critiquée, que tout associé dont la fortune est inférieure à la fortune d'un autre associé, se trouve vis-à-Vis de ce dernier dans un état d'infériorité morale? Négociants, assez nombreux encore, qui ne pratiquez pas la commandite et qui vous en tenez à la vieille forme de la société en nom collectif, ayez donc bien soin, si vous voulez que votre dignité soit sauve, de vous enqué-

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