‹ Le paupérisme et les associations de prévoyance (volume 2)Chapitre 35 sur 331 · PARTIE IV, CHAPITRE III · texte numérisé non relu

PARTIE IV, CHAPITRE III

sonnes la faculté dont elles n'useraient jamais en réalité de participer d'une manière effective aux avantages communs, que nous n'y verrions au fond qu'une atténuation heureuse de démarcations trop formelles, qui quelquefois peuvent être pénibles aux ouvriers.

Quoi qu'il en soit, les membres des sociétés de secours mutuels sont donc ordinairement de deux sortes : Les membres participants qui, aux époques déterminées par les statuts, paient les cotisations fixées et participent aux avantages, les membres honoraires qui paient les mêmes cotisations aux mêmes époques sans participer aux avantages ' . On a proposé récemment deux catégories accessoires, les demi-participants et les membres honoraires perpétuels.

« Parmi les personnes qui vivent du produit de leur travail, a dit M. de Melun, qui, comme président d'une société de Lille, a proposé la première de ces deux énumérations, il en est qui, grâce à un traitement fixe ou à un salaire plus élevé, n'ont pas besoin des secours lorsqu'ils sont malades, mais à qui les visites du médecin et les médicaments sont une charge trop onéreuse. Pourquoi repousserions-nous de notre sein des frères qui, plus favorisés dans l'état ordinaire, n'en sont que plus à plaindre lorsque le malheur les a frappés? Moyennant un versement de 10 centimes par semaine, ces associés, sous le nom de membres demi-participants, auraient droit seulement aux visites et aux prescriptions de médecins. Leurs femmes et leurs enfants seraient adniis aux mêmes conditions que pour les autres sociétaires. »

Cette innovation a été diversement jugée. La combinaison, at-on d'abord constaté, tend à favoriser des infortunes trop riches pour recevoir des indemnités de maladies, trop pauvres pour subir la charge de visites de médecins et de médicaments. N'estil pas à craindre que les sociétaires intéressés n'en viennent à récriminer quand il s'agira de payer en échange d'une imperceptih|Je cotisation des notes élevées de pharmacien, pour un

' Nous préciserons ici, quoique cette distinction résulte de toutes les idées de ce livre, que le nombre des nicmiircs honoraires ne devra jamais dépasser celui des membres parlicijiants, ou même que les ressources pécuniaires produites par les premiers ne devront jamais être plus considérables que celles des cotisations des seconds. Les sociétés de secours mutuels perdraient, autrement, leur caractère propre.

homme dont ils auront, du reste, envié le traitement fixe et le salaire plus élevé? Ne peut-on pas redouter en outre une sorte de spéculation de la part des personnes cherchant à s'affranchir, sans sacrifices appréciables, de la charge si onéreuse des soins de médecins et des médicaments ? Pourquoi ces personnes ne deviendraient-elles pas simplement membres participants, sauf, si elles peuvent se passer des indemnités pécuniaires, à en faire abandon à la société qui les considérera comme des bienfaiteurs ou au moins des demi-honoraires?

Ces objections ne nous semblent pas sans quelque fondement. Si les sociétés mutuelles étaient uniquement des sociétés d'assurances, nous serions peu touché par des considérations tirées du plus ou moins d'avantages procurés par une prime qui, après tout, doit être calculée d'avance, et être assez forte pour correspondre aux sacrifices à imposer en échange à la caisse commune. Si même, les demi-participants devaient assister régulièrement aux séances et prendre aux questions intéressant la société la môme part que les autres membres, nous n'aurions pas grande opposition à faire à l'innovation ; mais il est peu probable qu'il en serait ainsi. Les demi-participants seraient trop souvent entraînés à considérer uniquement la société comme une consultation et une pharmacie économiques, non comme une réunion de frères s'aimant et se secourant entre eux. Telle est la raison qui ne nous ferait accueillir qu'avec une certaine réserve l'institution des membres demi-participants. On a d'ailleurs objecté aussi contre cette institution le tort considérable que sa généralisation occasionnerait au corps médical. Un examen détaillé de la situation nouvelle que l'expansion de la mutualité semble devoir faire à ce corps expliquera bientôt la portée de cette ol)jection. Dans tous les cas, les personnes qui sont dans une situation à ne réclamer que les soins du médecin et la délivrance des remèdes, pourraient très-bien former entre elles des sociétés qui limiteraient leurs secours à c» deux objets '.

L'idée des membres honoraires perpétuels a été émise par la

* Noire réserve sur ce point a été approuvée notamment dans le Bulletin de Société genevoise d'ulililé imbliiiuc (IHIJI, p 512).

Page 1