II
Il va de soi que dans certaines sociétés rurales où la cotisation est très-peu élevée, et qui se chargent néanmoins des secours médicaux et pharmaceutiques, le taux de l'indemnité ne doit pas, suivant la règle ordinaire, être égal à la cotisation. Le médecin et les médicaments coûtent en effet à peu près le même prix à la plupart des sociétés, et ils absorbent par conséquent beaucoup plus vite le produit de la cotisation dans les sociétés où elle n'est que de 50 centimes, que dans celles où elle est de 2 fr. Dans les premières, donc, si on ne peut augmenter la cotisation, il faut réduire autant que possible le taux et la durée de l'indemnité pour pouvoir continuer les secours médicaux et pharmaceutiques pendant tout le cours de la maladie, ou bien il faut n'accorder que l'indemnité pécuniaire.
Quant à la limitation à six mois de la durée obligatoire de l'indemnité, les sociétaires auraient tort de continuer à s'en inquiéter, comme ils le font trop souvent. Il est d'abord assez peu de maladies qui se prolongent au delà de ce terme ; et, pour les membres atteints de maladies chroniques, ils ne peuvent s'attendre à recevoir perpétuellement une indemnité uniforme. A quoi servent d'ailleurs des promesses condamnées, par leur exagération même, à devenir fatalement illusoires, au moment où le malade compte le plus sur leur effet? Toute société bien organisée, c'est-à-dire qui n'aura pas excédé ses forces en donnant des indemnités considérables pour de faibles cotisations, sera certaine, au contraire, de n'être jamais, niaprès six mois, ni plus tard, dans la dure nécessité d'abandonner complètement un malade ' . Ce mot : « La société m'abandonne donc, parce que je suis plus malheureux que les autres, » est quelquefois dit avec amertume par de pauvres sociétaires dont on a été obligé de réduire l'indenniité après six mois, et de réduire encore le secours après une nouvelle période. Il ne faudrait pourtant pas demander aux sociétés l'impossible et même l'injuste, car il y aurait injuslice à compromettre pour un seul membre les intérêts du plus grand nombre. On l'a fait observer avec raison : un sociétaire
* Le napport de 1859 constate que la résistance des sociétés à revenir aux propor- • tiens normales établies par l'expérience, diminue sensiblement.