‹ Le paupérisme et les associations de prévoyanceChapitre 225 sur 254 · PARTIE m, CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

PARTIE m, CHAPITRE IV

Une question se pose cependant, question considérable et décisive : l'État doit-il s'abstenir de toute intervention?... Le pouvoir social doit-il rester simple spectateur d'institutions en connexité si intime avec tous les grands intérêts sociaux, d'institutions qui touchent si directement à l'amélioration du sort du plus grand nombre, c'est-à-dire à un intérêt public de premier ordre? Son action ne peut-elle pas, contenue dans de certaines limites et de plus en plus atténuée, exercer une heureuse influence sur la marche et le développement de l'institution?

Obscurcie de tous les côtés à la fois par des considérations politiques, ceux- ci entendant toujours le gouvernement quand ils parlent de l'État, ceux-là constamment disposés à se défier de la liberté et à considérer toute espèce d'association comme un péril, d'autres enfin, cédant aveuglément à une réaction compréhensible en France contre ce qui est abus dans la vieille centraUsation, cette question est extrêmement difficile. Est-il nécessaire de l'aborder avec des généralités sur le rôle de l'État? Laissant de côté les discussions, pour ainsi dire, métaphysiques et les commentaires sur Bentham \ quel est l'esprit quelque peu libéral qui ne pense pas avec M. Guizot que, ce à mesure que la civilisation et la raison font des progrès, cette classe de faits sociaux, qui sont étrangers à toute nécessité extérieure, à l'action de tout pouvoir public, deviendra de jour en jour plus large et plus riche ; » — avec cent autres que l'autorité ne doit s'ingérer de régler l'activité individuelle et privée que quand cette activité est notoirement incapable de se diriger fructueusement elle-même? Quel est, d'autre part, l'esprit sérieux qui n'admette pas avec le plus grand économiste de notre temps peut-être, que la question de l'intervention de l'État ne saurait être résolue ni dans un sens ni dans le sens contraire d'une manière absolue, d'une manière exclusive ; qu'il est des cas où cette intervention est non-seulement légitime, mais requise ; qu'il en est d'autres où

* « Toute loi est un mal parce que toute loi est une limitation de la liberté, » etc.

« Si on ne voulait s'arrêter qu'à un point de vue, a écrit excellemment M. de Montlosier, on pourrait dire que les rues sont un empiétement sur le sol des maisons, les routes un empiétement sur le sol des propriétés; mais comme les rues sont absolument nécessaires au service des maisons, les routes au service des propriétés, ce prétendu empiétement sur la propriété est conservateur de la propriété ; il en est de même des contributions et des règlements. »

elle ne peut être que funeste ; que la règle est celle-ci, simple et \ague, il est vrai : ne jamais admettre l'intervention, si ce n'est lorsque le motif d'utilité est puissant *.

Dans cette grande discussion de la participation plus ou moins forte de l'État au progrès individuel , si ardente de toutes parts, la difficulté véritable commence lorsqu'on sort des aperçus généraux et qu'on pose des règles pratiques. Dans les hauteurs de la spéculation, tous les esprits progressifs peuvent plus ou moins s'entendre ; — ceux-là rencontrent sur leur route les véritables obstacles qui cherchent à préciser pour une application immédiate et en tenant compte, au besoin, des transitions obligées et de notre triste habitude des lisières les points si nombreux en suspens. Admettre, d'une part, et quand il y a lieu, comme salutaire l'intervention collective ; réclamer, d'autre part et fermement les immunités de la liberté, c'est s'exposer à se faire taxer de trop de zèle par les uns, peut-être de pas assez de zèle par les autres ! Tel est cependant, au risque de heurter presque à coup sûr les deux écueils, le genre d'étude qui va se présenter à nous.

Avant d'aborder l'application, un principe peut toutefois être posé. Dans les sociétés primitives, l'idée de TÉtat est précisément née du besoin de se garantir de la tyrannie en employant la force de tous à protéger l'individu contre la violence ou la fraude, c'est-à-dire en employant la force de tous à sauvegarder la liberté de chacun. De notre temps se sauvegarder contre la violence ou la fraude et vivre dans un isolement farouche, n'étant pas le dernier mot du progrès, on peut concevoir un idéal de l'État considéré comme expression de la société, pourvu comme tel de quelque initiative et agissant toujours comme société, non-seulement pour empêcher l'oppression, établir ou maintenir la liberté, mais encore, dans l'ordre des intérêts généraux, pour activer le libre développement de l'individu. Dans cet idéal, entre la collectivité et l'individu, entre l'État et la liberté, il y a plutôt corrélation qu'antagonisme. Dans cet idéal, les lois peuvent renfermer autre chose que le commandement et la répression; leur mission primordiale et

* ir/it'u thc case of expcndicncy w struny. SUiavl Mil), Principles of political economy, t. U, p. 34G.

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