‹ Le paupérisme et les associations de prévoyanceChapitre 226 sur 254 · PARTIE III, CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

PARTIE III, CHAPITRE IV

féconde comprenant aussi l'initiative « et l'exemplarité * » peut se résumer dans ces trois mots : encourager, protéger, éclairer ^.

Pour la mesure successive de cet encouragement, de cette protection, il n'y a pas non plus de règle fixe. L'affirmation de la doctrine pure et son application intégrale ne peuvent que bien rarement être simultanées. « Scientifiquement, nous a-t-on répondu à ce sujet, toute théorie dont l'application donne lieu à un désordre quelconque est fausse ; l'essence d'un principe est d'être absolue, l'exception détruit la règle au lieu de la confirmer; dans l'organisme social, vous prétendez vainement équilibrer les forces, car le mouvement résulte d'une impulsion unique; vous distinguez l'économie politique de la politique, tandis qu'elles doivent être confondues ^. » Nous sommes loin d'une telle dogmatique ; nous croyons au contraire, — et cela, est- il nécessaire de le dire, avec presque tous les maîtres de la science, avec tous ceux qui savent que dans des choses aussi compliquées que la condition humaine et la vie sociale « il ne faut pas aller jusqu'aux extrémités de la logique pour être sûr d'être dans la

* M. A. Bertauld, la Liberté civile.

2 Cette formule employée par nous a été vivement critiquée (Journal des économ. décembre 1860). La loi, nous a-t-on dit, ne doit que protéger et réprimer parce qu'elle n'a d'autre raison d'être que la sauvegarde de la volonté, c'est-à-dire la liberté individuelle. « Toute prétention de l'État à éclairer l'individu est une prétention vaine. Toute immixtion de l'État dans les affaires particulières sous prétexte d'encouragement risque fort d'être à la fois une injustice et une usurpation. »

Nous venons de répondre implicitement à cette objection et nous maintenons la formule critiquée.

« Que le gouvernement, a dit M. Jules Simon [De la liberté, t. II, p. 214) ne transforme pas les associations en rouages administratifs; mais il a le droit de les surveiller, il a le devoir de les encourager, de les aider, au besoin de les éclairer. » Tel est aussi, et sur tous les points, notre avis. Le Times parlant précisément des FriendUj socieiies a été plus loin que nous (6 novembre 1863). « En cela, comme en tout autre cas, a-t-il dit, la loi ne doit pas contraindre, mais diriger. »

Pour le mot protéger, Bastiat a écrit {ce qu'on voit et ce qu'on ne voit pas) :

« Nous demandons que l'État protège le libre développement de tous les ordres de l'activité humaine. » M. Hubbard enlin qui s'est rangé contre nous du côté de M. Leymarie, avait dit sur le même sujet : Que l'État respecte les formes diverses que les

sociétés cherchent à revêtir « mais nous désirons aussi qu'il intervienne partout

par ses encouragements et ses avis , »

^ Journal des écon. de février 1861.

vérité * ; » nous croyons qu'il existe deux économies politiques, l'une en effet invariable, absolue, tranchante, n'admettant ni compromis, ni temporisation, voulant être appliquée dans sa rigueur inflexible ou abdiquant : l'autre, au contraire, humaine, pratique, transitoire, se préoccupant des milieux, des circonstances, des mœurs, conquérant une amélioration pas à pas, regardant du même côté que la première, c'est-à-dire vers l'idéal, mais sachant bien que dans l'ordre du progrès, l'assaut de vive

force, ne remplace pas le temps qui consolide et féconde

Quand il s'agit d'un intérêt aussi public, aussi général, que la situation des classes laborieuses; quand il s'agit d'accélérer l'œuvre si importante pour tous de la prévoyance par l'association ; quand l'État, dans ce mouvement d'accélération, ne se substitue à aucune action privée, ne fait concurrence à aucune activité particulière, le principe de son intervention peut être parfaitement admis par la science économique, pourvu surtout que ce qui est restriction, sauvegarde ou surveillance, s'atténue de plus en plus par la confiance du législateur dans la modération éprouvée des associés.

Chose bizarre, du reste, pendant qu'on se plaint en France de l'excès de centralisation et d'ingérance, voilà que l'individualiste Angleterre accorde à l'action collective, — précisément dans la matière qui nous occupe, — une part tout à fait inattendue. Nous avons vu le bill Gladstone qui, dans sa préoccupation de la mauvaise administration des Friendlysocieties^ dépasse suivant nous la limite ; nous avons vu le projet de lord Shelburne, qui veut faire intervenir la paroisse dans leur formation d'une façon bien autrement active que la commune n'intervient chez nous. En Angleterre, au surplus (et la défiance est bien ici dans la nature même des choses), lors de l'apparition des premiers actes législatifs, les sociétés manifestèrent d'assez vives appréhensions. Elles ne savaient encore dans quelles limites serait renfermée l'action du pouvoir. Il fut à craindre, un moment, qu'elles n'en vinssent à considérer une intervention sympathique comme une ingérance hostile. Sir Morton Erden se fit l'organe de ces appréhensions. Dès 1797, il redoutait que le parle-

< M. J. Simon. Séance dn Corps législatif du 19 janvier 1864.

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