PARTIE I, CHAPITRE II
vraient pas être de faire en sorte que l'assistance s'effaçât progressivement pour arriver un jour à disparaître.
Quand, au choc de la tempête, un navire s'est entr'ouvert, bien insensé serait l'équipage qui, comptant sans doute épuiser l'Océan, se bornerait à rejeter à la mer l'onde ennemie et ne se préoccuperait pas de boucher les voies d'eau ^ ! Dans cette comparaison vieillie, réside cependant le dernier mot de l'assistance ; telle apparaît son inefficacité ^; n'est-il pas temps de quitter une route sans issue, au terme de laquelle il n'y a que mécomptes et impuissance? n'est-il pas temps de sortir de l'ornière ^?
Cherchons donc ailleurs.
' M. Buret. w
2 Que d'imposants témoignages, en dehors de l'économie politique, nous pourrions citer dans ce sens! « Les secours de la bienfaisance, a dit M. Guizot, combattent et atténuent les tristes effets de l'inégalité des destinées ; mais cette atténuation est purement momentanée. Le malheureux est soulagé, mais sa condition générale demeure la même; la charité l'aide à la supporter; elle ne l'excite pas, ne l'oblige pas à en sortir..... Jamais les classes les moins bien traitées du sort ne recevront des riches de quoi cesser d'être pauvres. »
3 On lira avec fruit sur cette question une discussion soulevée en novembre 1859 àl'Académie des sciences morales et politiques par la lecture d'un mémoire de M. Dufau. Cette discussion à laquelle prirent part MM. de Lavergne, Dunoyer, M. Chevalier, Willermé, Wolowski, d'une part; Cousin et Barthe d'autre part, est venue témoigner une fois de plus de la sage réserve avec laquelle les chefs de la science entendent l'application des lois économiques. On ne détruira pas la proposition suivante : L'assistance proprement dite est commandée par la morale; elle est bien des fois inévitable; mais ses résultats sont le plus souvent funestes : il ne faut donc en user qu'avec une extrême réserve et vis-à-vis de l'homme mis par une infirmité ou un malheur dans l'impossibilité de gagner son pain. Celui-là n'est certainement pas un égoïste se prélassant dans une théorie commode, qui, tout en commençant par arracher le pauvre à la détresse présente, et par rétablir l'équilibre rompu, s'efforcera surtout de remonter à la source la plus fréquente du mal, de modifier les sentiments et les idées du pauvre et de relever le ressort individuel affaissé : l'économie politique ne veut pas, ne fait pas autre chose.
Est-ce que les œuvres dont la charité se glorifie le plus n'appliquent pas en définitive ce principe?. ..Est-ce que l'établissement de Saint-Nicolas à Paris, est-ce que l'OEuvre des Faubourgs ou VOEuvre des Loyers, et tant d'antres, ne font pas du sacrifice préalable et de l'activité constatée de l'ouvrier une condition absolue de leur intervention?