‹ Le paupérisme et les associations de prévoyanceChapitre 29 sur 254 · PARTIE I, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

PARTIE I, CHAPITRE II

tement le même le 31 décembre que le 1" janvier s'il n'a pas augmenté. » Au lieu de [faire ces distributions régulières, périodiques, à jour et heure fixes, qui, toujours, dites-vous avec tant de raison, empêcheront l'indigent de sortir de sa cruelle position, donnez de temps en temps à une famille une somme assez forte pour la tirer à tout jamais de la misère et lui faciliter peut-être les moyens de venir un jour en aide à de plus malheureux; vous aurez certainement réalisé un progrès ; vous aurez çà et là soulagé efficacement quelque misères ; vous aurez fait un meilleur emploi de 17 millions ; mais le sort de la masse restera le même, mais le problème ne sera pas résolu. Joignez, si vous le voulez, aux ressources de l'assistance publique les ressources bien autrement importantes et considérables ^ de la charité privée, même rendue à cette liberté absolue qu'elle réclame si vivement ; joignez-y en particulier les produits des œuvres si nombreuses dont elle a semé notre sol et que, — nous l'avons dit déjà, — tout en préservant du désordre et du gaspillage, il ne faudrait pas trop amener à la centralisation et à l'organisation, car dès lorsqu'elles sont organisées, elles deviennent bientôt une chose publique, perdant dans cette transformation leur mérite propre ; établissez une entente aussi cordiale et aussi intime que possible entre ces deux modes d'assistance ; supprimez leurs incessantes rivalités * et, pour le présent, vous n'aurez encore obtenu que des résultats médiocres ; vous n'aurez rien fait pour l'avenir.

Est-ce à dire que nous ayons la folie de vouloir supprimer d'un trait de plume le système des secours à domicile, ce système qui est déjà une amélioration si notable sur celui des hospices, en ce que, respectant le lien de famille et la responsabilité qui s'y attache, il fait de chaque ménage même une maison de santé, un bureau de bienfaisance, un hôpital? Est-ce à dire qu'en dépit des considérations pratiques et des faits, nous osions tracer un plan de conduite dont la brusque adoption créerait aussitôt, surtout au point de vue des habi-

^ En Angleterre aussi, le produit des fondations libres {supported by volunary contributions) l'emporte de beaucoup sur celui de la taxe.

2 Si fortement accusées dans ces derniers temps, par exemple à l'assemblée générale des catholiques à Malines ( août 1863.)

tudf's ', une immense et déplorable lacune?... Non, à coup sûr, et nous' nous sommes déjà expliqué à cet égard. Ce que nous soutenons seulement,— c'est que ce n'est pas dans l'assistance publique organisée de telle ou de telle façon ^ que se trouve le progrès, non pas désirable et problématique, mais possible et certain ; ce que nous affirmons, c'est que ce progrès est autre part. Continuez donc votre œuvre, hommes de zèle et de dévouement, qui, chaque jour, dérobez à votre travail ou à votre repos des heures précieuses pour aller les consacrer au soulagement de vos frères ; continuez votre œuvre, infatigables ministres de la charité privée, que nos grandes villes et nos manufactures connaissent et aiment, mais regardez bien autour de vous, et voyez s'il n'est pas un meilleur emploi de votre dévouement, un plus salutaire exercice de votre zèle ; demandez-vous si, tout au moins, vous ne devez pas, d'une main, pourvoir provisoirement aux besoins urgents qui se manifestent à vous, de l'autre, essayer de tarir les sources mêmes de ces besoins ; demandez-vous si l'idéal de l'aumône n'est pas de se rendre inutile, si votre plus grande tâche et votre principal souci ne de-

' Nous (lisons au jioiiU de vue des habitudes, car, en l'ait, les chiiïres que nous venons de donner [irouvenl bien (jne l'appui des secours du bureau de bienfaisance est i peine sensible et que sa suppression serait indifférente. Que sont en effet les sommes m appareiire les pli;s fortes (|u;md on les compare aux besoins?... On a calculé que le produit annuel des salaires industriels et a!,Micoles ne va pas à moins de 4 milliards et demi. Que le travail manque par une circonstance quelconque, qu'est-ce que la totalité dcH rcMourres de l'assistanoe publique, |iour suppléer à ce {iroduit?... A Paiis, dans le langage des familles assistées, le secours s'appelle une douceur. (Voir M. Vée, du Paupérisme (t des Secours pxihlics dans la ville de Paris, p. 39.)

2 1-e temps a tellement luùri les qtu'stions sociales que, tout en se mettant en garde contre les remèdes radicaux, on ne doit pas periire ses efforts, au point de vue de l'atenir, dans \'H\n\e de réformes relativement stériles. C'est dans ce sens qu'on peut dirt\ avoenn écrivain avanré : « Aujourd'hui le champ de la question est déplacé, et tout boMime qui parle de réroriner l'assistance s'adresse à des auditeurs qui ne comprennent déjà plu.4 sa langue. » {Presse du 18 août 1856.)

M. r:mi!e de C.iranlin a dit sur la nn-me question : « Ouvrît-on tous les tours qui ont été rprmé.s d<»ublât-on le nombre des crèches, des salles d'asile, des sociétés de patronage, des rolonies pénilcnliarcs, des dépôts de mendicité, des bureaux de bienfaisance n des bospires; iriplalon le .Iroit des pauvres .sur les spectacles, bals et concerts; qiiadrupl.it- on le chiffre des alloratioiis portées au budget; enfin quintuplàt-on le montant annuel des don.s et legs, que l'impérieux problème de l'abolition de la misère n'aurait fait anriin pas de plus vers sa solution nécessaire. » {Lettres à M. Thiers, 1850, p. 41).)

Page 1