ORIGINES PREMIÈRES DES SOCIÉTÉS DE SECOURS MUTUELS
Racines du progrès dans le passé; travail séculaire des intérêts. — Idée théorique du mutuum. — Associations de l'antiquité présentant des analogies avec les sociétés de secours mutuels. — Communautés du monde Gréco-Romain. — Hétairies grecques ; leur formation spontanée et leur existence libre. — Collèges romains ; intervention de l'autorité publique pour la législation de ces collèges; leurs transformations à partir de Constantin ; l'artisan esclave de son collège : absorption de'l'individu, mais efficacité de la garantie. — Double mouvement des institutions de la conquête et des institutions Gallo-Romaines; leur combinaison. —La jurande et le municipe. — - La ghilde germanique et la commune jurée. — La ghilde; caractères de sa mutualité. — Statuts de la ghilde du roi Éric. — Appréhensions soulevées en France par la ghilde. — Embranchement de la ghilde et du municipe romain. — La commune jurée, les sociétés taisibles et la société de secours mutuels. — Tendances historiques de la société de secours mutuels vers l'harmonie sociale.
• Le progrès qui doit être quelquefois une lutte contre le passé est plus souvent encore un emprunt fait à ce même passé. L'histoire est l'expérience des nations, et l'expérience, c'est une notable partie de la sagesse : le passé est l'enseignement de l'avenir.
Qu'on y regarde de très-près, et l'on verra que les accidents les plus soudains, que les plus brusques métamorphoses ne sont
J\C)0 Br PAUPÉRISME.
bien souvent en réalité que le résultat du travail graduel des siècles, que la suite naturelle de faits antérieurs, qu'une nouvelle phase de ces faits. Le feuillage de la plante est nouveau, mais les racines sont profondément enfoncées dans le vieux sol. Cette appréciation peut contrarier beaucoup d'opinions préconçues : elle ressort pourtant évidente de l'étude impartiale et sérieuse des documents historiques. Le dernier livre de ce grand esprit à jamais regrettable, de ce penseur mort hier et qui pour le libéralisme français est déjà un ancêtre, V Ancien régime et la Bévolution de Tocqueville l'a mise en éclatante lumière pour l'explosion la plus violente et le plus grand fait politique des temps modernes * . Elle est aussi justifiée que possible pour l'institution qui fait l'objet de ce travail et que beaucoup de personnes se figurent encore être nouvelle.
Excellente condition, remarquez-le bien ; filiation précieuse ; car c'est quelque chose sans doute que l'effort des siècles et le travail des intérêts. Si pendant des milliers d'années les études sur la nature physique n'ont abouti qu'à d'impuissantes controverses, n'est-ce pas parce qu'elles ne reposaient point sur l'examen rigoureux des choses, mais sur des théories à ^rioril Cette nécessité de l'analyse et de la méthode scientifique apparaît aussi évidente dans l'ordre des sciences morales. C'est dans la série des faits spontanément produits, c'est dans l'œuvre multiple et confuse de l'application spontanée, c'est dans les manifestations dues à la conscience et à l'instinct des masses qu'on doit surtout chercher, à travers les contradictions apparentes ou réelles, les éléments de l'induction, les germes constitutifs du progrès réel et les formules des lois générales. Heureuse donc
' « Les Français uni l'ail i-n 17m9 le pins j^rand efTorl auijuel se soit jamais livré un fieuple, alin de ('(miiiit en deux, poui' ainsi dire leur destinée et de séparer par un abîme ce (ju'ils avaient clé de ce (ju'ils voulaient être désormais. Dans ce but, ils ont pris toutes sortes de précautions pour ne rien emporter du passé dans leur condition nouvelle; ils se sont imposé toutes sortes de contraintes pour se façonner autrement que leurs pères ; ils n'ont rien oublié enfin pour se rendre méconnaissables. » Mais ils ont « beaucoup moins réussi dans cette singulière entreprise (ju'on ne l'avait cru au dehors et qu'ils ne l'avaient cru d'abord eux-mêmes. » A leur insu, ils ont « retenu de l'ancien régime la plupart des sentiments, des habitudes, des idées mêmes à l'aide desquels ils avaient conduit la révolution (pii le détruisit; et sans le vouloir, ils se sont servis de ses débris pour construire l'édilice de la société nouvelle. »