‹ Le Pauvre Jacques, comédie-vaudeville en un acteChapitre 14 sur 16 · AMÉLIE · texte numérisé non relu

AMÉLIE

Dieu! vois sa iouffranre,

Viens se'chcr ses pleurs;

Kl par nia présence Finis scs malheurs.

JACQUES, apercevant V habit que Marcel a posé sur ce dos d'une chaise. Ah î voici Hiabit du Marcel... cette dame ne tardera pas à venir.... ( Il va 6ter sa redingote lorsqu il aperçoit Amélie.) Ah î mon Dieu î la voilà!, et je n’ai pas eu le teins.... {A Amélie.) Mailame... qne «le paitionsl... vous recevoir dans ce négligé... dans ce négligé du malin...

AMÉLIE. C’est moi , monsieur , qui m’excuserai d’être entrée ici pendant votre absence.

JACQUES. Comment donc!... mais vous êtes chez vous... donnez-vous la peine de vous asseoir... ( U présente à Amélie une chahe à demi dépaillée , et la change aussitôt pour une meilleure.) Maintenant, si vous I daignez m’instruire du motif de votre I visite.

I (Pendant ce lems Antoine est entré ; il dispose ub I rouvert sur la pcdle labié du fond ; il a un pa- ; nier couvert d’une servieUe et en tire des provisions.)

AMÉLIE. Ce que j’ai à vous dire , monsieur, me forcera sans doute de rester longtems près de vous.

JACQUES. Mais... tant mieux, madame.

AMÉLIE. £t je vous avoue que craignaot

LE I-ILVEE JlCgilLs.

de ne pas tous rencontrer plus tard , je I suis sortie sans déjeuner.

\ JACQUES. Il serait possible! vous

auriez oublié de déjeunrer... oh ! ce n'est 'pas raisonnable... car cela fait mal... cela .fait quelquefois bien mai. Il ne faut , jamais sortir sans déjeuner... c'est muii système.

's AMÉLIE. Aussi , ai-je pris la liberté de le faire apporter ici... chez vous.

JACQUEA. En effet... je voyais là... une personne...

.AMÉLIE. J’espère que vous m’excuserez, et que vous serez assez bon pour me tenir compagnie.

JACQUES, embarrassé. Madame!...

AMÉLIE. Nous causerons du ce qui m’amène , en déjeunant.

ANTOINE , 9 U 1 a mis le couvert. J’ai fait le mieux que j’ai pu.

AMÉLIE. C’est bien , approchez cette table.

JACQUES. Je vais moi-même...

ANTOINE. Non , monsieur cela me

regarde... laissez-moi faire.

JACQUES. Mon Dieu , madame , je suis • confus . .. {A pari.) Et être aussi mal mis ! rclèYC bien vite un de scs bas qui ijli^tait et rattache U boucle de «a culolio au-tlcSMi-s du genou, quand Amélie a 1a léu* it^u'iiée. Antoiuc a placé la table 3 *ir le devam à gauche , et a mis le couvert. Cela doit se l'.tire Iro’vile.)

ANTOINE , à Amélie. Tout est prêt.

AMÉLIE. C'est bien... laissez — nous...

mon bon Antoine. {Antome sort..‘lJai:Ques.) Veuillez vous asseoir.

JACQUES. Volontiers. (1/ s'os.^rnif à la droite d* Amélie.) C’est pour vous obéir...

car j'ai déjà pris un à-compte , et je ne 8UÎ.S pas d’uu grand appétit... ( // rrganée la table avec avidité. Amélie le sert ^ et mange un peu pour l'enhardir. ) Grand merci!... (A part.) Si ce pauvre Marcel était U... il déjeunerait aussi... avec ça qu*il adore le pâté... il n'aura pas l’esprit de deviner ça.. . ( // mange très-'vite. Amélie lui verse à boire.) Vous êtes trop bonne...

(A part.) Du vin î qu'il y a long-teins

que je n'en ai goûte ! ( // boit. Haut. ) Du vin ! Je vous avoue qu'il n'y en a pas tous les jours sur ma table !... les aflaires vont SI doucement.

.AMÉLIE. Et jusqu a ce jour , vous n'avez donc pas cherché à améliorer votre position ?

JACQUES. Je vous demande bien pardon. .

mais je vais vous dire quand je me

pi'csentab pour avoir des élèves... on m'avait adressé dans quelques maisons , on me répoodait s Fous êtes trop vieux ,

mon brave homme. Mol je inc dis : il parait que je ne suis plus bon à rien...

alors , je me suis pré.seiité dau.s une maison de bieiifAiisiiicc pour les vieillards... mais là , ou m'a répoiulu : Mon brave homme , vous fUes trop jeune. Je suis d’un âge trèseiiibniTassant.

AUÉLIK. Permettez que je vous serve encore.

JACQUES t tendant son assiette. C’est pour UC pas vous refuser... merci bien... main tenant ; madame , puis-je savoir ce qui m’a procuré riiouueur de votre visite?...

il me serait bien doux de pouvoir vous être agréable.

AUÉLIE. Je vais satisfaire votre curiosité.

( 4 port.) Mou Dieu !... comment lut apprendre^.... ail ! les plus grands inénagoincns... (^Junfues prêt'-, la plus grande attention. Haut.) Su suis tout-à-fait étrangère en ces lieux... des motifs puissans nront amenée en France , et il y a deux mois seulement que j'ai quitté Tltaiic.

J \CQUES^o/j/j/j/ un mouec/nen/. L'Italie!., vous venez d'Italie?

AMÉLIE , avec calme. Cela n’est-il pas fort ordinaire?

JACQUES. C’est vrai... pardonnez-moi...

mais des souvenirs...

.AMÉLIE. Dès mon plus jeune âge, la musique fut pour moi une passion dominaiile. Cet art devint l’occupation de tous mes instans... pleine d'admiralioii pont iius grands coiiqiosileurs , je cherchai à m’inspirer de leur génie ; et pour marcher sur leurs traces , je me livrai avec ardeur

la couipositiou...je m'entourai de maîtres distingués, et je luttai coiiiagetiseinent contre les obstacles .. je faisais <les progrès assez rapides , lorsqu’il me fallut quitter mes études, et venir en France. ..Ce matin, le hasard m'a coudiiite tliez vous... quelques morceaux de musique que j'ai aperçus sur votre piano, et les éloges qu'on m'a faits de vous, m'ont donné la plus haute idée de votre mérite.

JACQUES. C’est trop d'indulgcncc... et vous Otes venue sans doute pour chercher des conseils près de moi ?

AMÉLIE. C’cst-à-clirc , pour prendre des leçons.

JACQUES , la considérant avec une grande attention. Des leçons... oh! oui... dans un autre tems , j'ai aussi donné des leçons. .

(// la Jite de nouveau , puis se calme.) Ah!

qu’il me sera agréable de vous guider de mon expérience, et de mon faible talent... je ne sais pourquoi... mais votre présence me cause un bonheur que je ne puis définir... je me sens bien auprès de vous

14 tn MAOASni TSlATftALr

oh ! je veux laire de vous une élève distinguée.... {Rapprochant sa chaise, et aaec familiarité.) Dites-inoi.. . sans doute, vous avci déjà composé plusieurs morceaux.

AMÉLIE. Je n’ai encore osé m’essayer que dans de simples barcarolcs... j’ai fait aussi quelques romances... une surtout...

et si je ne craignais d’abuser de vos instans...

JACQUES. Comment donc... mais ce sera pour moi un bien grand plaisir , au contraire... je regrette seulement que mon piano ne soit pas meilleur.

dis se lèrenl.)

AMÉLIE, s’asseyant decant le piano. Il me faudra de l’indulgence.

JACQUES. Je suis sûr du contraire...

êtes-vous bien comme cela 7... D’ailleurs, pour ne pas vous intimider , je vais me mettre un peu loin... [11 s’asseoit près de la iahle , un peu loin du piano. ) Je vous écoute.

AMÉLIE, à pari. Allons (ffuul.) Le

sujet de la romance est tiré d’un événement... arrivé... en... Sicile.

(Amélie doit suivre tous Us mouvement de Jacques )

JACQUES agiiff fi 5c lapant. Kn Sicile !...

{Se calmant.) k\x î c’est eu Sicile que cela est arrivé.

(Il se lève et va s'asseoir plus nrès du piano.)

AMÉLIE. Je commence.

Air : Nanna m'apprlle.)

(Musique de M. Lagoanère.)

Fille riche aimait tendrement,

Jenne homme pauvre, au cœur brvilanl,

Près de Palerme.

J.ACQUES, e'ionne.

Près de Palerme !

AMÉLIE, eentinyani lis veulent fuir... on soit leurs pas ;

On les saisit... l'amant, hélas!

thi le rcaferme.

JACQUES, je levant tout-à^eoup.

On le renferme !

AMÉLIE, continuant.

{Jacquet se rassied doucement.) Kassurez-vous, quoique l’orage Gronde avec rage A l'horivon,

On vous stirveille ;

Mais l'amour veîMe,

Mais l'amour veille,

.Sur la prison

JACQUES, agité et fixant .dmélie. Cetie roin.incc...

AMÉLIE. Le second couplet.

Me'rnc air.

L'amant gémissait; mais un soir,

Près de lui dans son cachot noir Quelqu'un pénètre.

JACQUES, dont l*^notton asjgmeniedeptsu'en pisjt* Quelqu'un pénètre!

(// fixe de nouveau AmcUe pendant let çert rasé— caaSt ^ celOf dans la plus grande agitation.)

AMÉLIE, continuant.

Qui lui dit : hUjiérez encor, ru^rz. fuyez., prenet cet or...

Puis celte lettre.

JACQUES, avec exaltation y tinterrompant et V empêchant d'achever Voir, Saisis-sont tes bras d’Amélie qu ’il fait leoer et passer à sa droite. Puis cette lettre !...

celte lettre !.. ( il tire la petite lettre de son sein. ) H P«irs, fuis, mon cher Jacques ^ je volerai sur tes traces aussitôt que je pourrai... bientôt nous nous reverrons. »

Cette lettre ! tenez, la voilà... la voilêlCette histoire... c’est la mienue!.. Le prisonnier, c’est moi !.. Cette femme c’est Mariana...

Vous le saviez... vous le saviez... Ohl madame , parlez , parlez. .. car c’est Ma riana qui vous envoie > n’est-cc pas?.

C'est elle qui vous a dit d’aller consoler le pauvre Jacques... et , sans doute, elle va venir... Oh! dites-moi, diCes-moi qu’elle viendra... £lle me l'a promis.

( Lui montrant la lettre. ) « Je volerai sur tes traces, aussitôt que je pourrai. » Oh! parlez... Vous ne répondez pas... vous détournez les yeux... {D’un air consterné. ) Ah î pourquoi donc ne répondez-vous pas?... Je tremble... voyez comme je li emble... par pitié... un mot ..

un seul mol... quand reviendra-t-elle?»

quand la reverrai-je?

AMÉLIE , avec crainte. Appelez tout votre courage.

JACQUES. Bu courage!... du courage!., mais je suis calme, j’en ai, du courage...

Quand la reverrai-ie ?

AMÉLIE. Jamais! jamais maintenant...

JACQUES. Jamais!.,, ô mon Bieu!...

jamais!... Elle est donc?.. (// fixe Amélie qui essuie une larme et va lui répondre. Avec force , lui mettant la main sur la bouche, ) Ab! taisez-vous., ne me le dites pas ?..(// es/ accablé et s’appuie chancelant sur U piano.) Morte ?.. morte !.. ( Sa tête tombe sur sa poitrine. Son égarement revient toui- 'a- coup , il cherche autour de iui, ) Oh I qu’est-ce donc?...

(Il semble entendre quelque rliose et fait signe à Amélie de se Uirc.)

Air î Prêt à partir pour la rive africaine.

{Très~Untement et très^bns.)

Chut! écoutes... oui, c'csl un bruit de cloches,

Lè-bas... U'bas... entendrz-vous gémir ?

C'est uo cortège... il s'avance... il appro«:be...

Cbut!..taiscs-vous... quelqu'un vient de mourir.

(// crotte tttmaùu et prit,)

t LK PACVKK lACQDES.

AMÉLIE. Je VOUS en supplie , calmezvous... Ecoutez-inoi.

JACQUES, revenant à lui et passant h gauche du théâtre. Avec désespoir.

Même air.

Nod.«. UîtMt-Tnoi.f . c'cil mou heure dernières»»

Mariaoa ne doii plus revenir.

Puiiqu'ici-bi i il n*a plu» rien ^ faire

l.e pauvre Jacque i présent peut mourir.

(7/ pleure dans ses /nains.)

AMÉLIE , à part. A-t-il encore la force de in’entendreï’.. Sa raison résistera-t-elie à cette ‘Secousse ?

(EU» t'approche de Jacquet qui revient ii lui.)

JACQUES. Morte !.. sans avoir cherche i roc revoir... Moi ! pauvre insensé , qui comptais sur ses promesses...

(Il déchiré la lettre en dcui niurcaaua qu’il jette à terre.)

AMÉLIE. Ah ! ne l'accusez pas , pour vous elle eût tout abandonné. .. sa fortune, son rang . sa patrie... Mais après votre fuite , elle fut gardée à vue... et sa vie s’écoula dans les lartiies.

JACQL'ES. Elle chercha à me revoir...

Vous dites vrai, n’est-ce pas?... {Il ramasse les morceaux de la lettre et les snre ians sa poitrine.) Ah ! tant mieux... Pardon à sa mémoire!.. Si elle n’est pas venue , c’est son père qui l’a retenue ! Pauvre Mariana!.. Elle fut donc bien mallicureuse ?

AMÉLIE. Oh! oui , bien malheureuse...

car quelques mois apres votre fuite , elle était parvenue , h force de soins et de persévérance , à gagner tous les gens du comte... Le jour de son départ était fixé...

elle allait accourir près de vous... rien ne pouvait plus mettre obstacle à scs projets.

JACQUES. Qui donc a pu l’arrêter ?

AMÉLIE. Elle allait devenir mère.

JACQUES, Ærte/nenJ. Oh ! mon Dieu !...

AMÉLIE. Feu après, elle mit au monde une fille.

JACQUES. Une 611e !...

AMÉLIE. Mais hélas !. . elle mourut eu donnant le premier baiser à son enfant.

JACQUES , les yeux fixés sur Amélie. Et cette 611e... cette 6lle !..

AMÉLIE. Dès ou’elle fut en .Age de connaître l’histoire ae sa naissance... un 6dèle serviteur lui remit une lettre que sa malheureuse mère avait ti-acée avant de mourir... Cette lettre lui imposait lesaint devoir de partir , de passer la mer , pour retrouver l’auteur de ses jours.

JACQUES , chancelant et fixant toujours Amélie. Où est-elle?., où est-elle ?... Oh !

je oc me soutiens plus... par grâce... répondez... où est-elle?., où est ma 6llc?..

mon enfant?

ni te Uitte aller lur une chah». I

AMÉLIE. Mon père...

(Elle lonibe aux f'cnaiix de Jxrquct.)

JACQUES, p'C/fu/i/ dans ses mains lu tête d’ Amélie et ta l ouoiunl de baisers. ) C’est vous... c’est toi... Oh! oui, s’est bien toil.. Mon cœur ne me trompait donc point... ma 611e!.. ma fille!...

(Il la preite liant tet bras.)

Air prrcedefit.

V^iens donc film prti.. ertfant. comme tu (remblci,

C Cil de bonheur, oVaI-cp p»5 ?.. de fdiiisit’?

{Il la regarde avec joie.)

Si lu savais coiotne tu lui ressembles I

Oh ! maintenaDl, |C ne veux fdus mourir.

(// l'embrasse en riant et pleurant tout à la fois.)

AMÉLIE. Mon pèreî... rcmeltez-voui...

tant (IVinotious.

JACQUES, relfvant ArnéUtn Oli I va... ce ne sera rien... laisse-moi pleurer... inain- Cenani , c*est lajuic... c’est le bonheur!..

Ma lille... mon enfant , h moi!.. Comme elle est grande !.. coiimic elle est belle !.. Oli ! si celait encore une illusion... un de ces rêves de mon iiiiagmalion. .. Ma pauvre tète est si faible. ( dlisec jrayeur.. ) Je ne déraisonne pas? je ne suis pas fou....

n’cbt-cc pas ?

AMÉLIE. Non , non rassurez-vous,

mon père... Cest bien votre enfant que v6us pressez dans vos bras... votre enfant qui ne vous quittera plus , vous consolera

de vos chagrins vous fera oublier

vos malheurs.

JACQUES, très-lentement. Oui.,... Oh!

noas parlerons d’elic...

AMÉLIE. El maintenant, plus de privations... plus de pauvreté Seule héri-

tière du comte , je suis riche.., que disje?... vous êtes riclir, mon père.

JACQf'EH. Riche!... ça se pourrait !....

Eh bien! tant mieux... pas pour moi... il me faut si peu... mais pour celui qui m’a soutenu de ses faibles moyens..... qui a

souffert avec moi... Bon Marcel Ah.

ma nUf, lu lie .sais pas... Oiielle générosité ! quelle belle aine!... uii fils n’aiirai pas fait plus. Comme il yti être étonné !..

Ou vient... c’est lui , sans doute.

SCEM:: \V1.

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