JACQUES, MARCEL
JACQUES suit des yeux Ànivine , e! a Vair de chercher iïans ses souvenirs. Quel est donc cet homme?
MARCEL. Cet homme , mon ami... c'est le domestique de mon inconnue... d'Amélie... dont je vous ai parlé.
JACQUES. Vraiment.
MARCEL. Comprenez-vousquelqiic chose i une pareille visite? Cette jeune femme , chez vous aujourd'hui... pour la seconde fois.
JACQUES. En effet... c'est hizarre... ou plutôt c'est tout simple... Elle coiuiait ma profession, et elle vient pour prendre des leçons d'harmonie... ou pour me commander qiiehptes romances.
MAiiCEL. Vous croyez?
JACQUES, gaiment. Dans (mis les cas...
ce ne peut être t|it'mi bonne auhnine. ( // e.tatnine sa mise. ) .Mon Dieu! je ne suis guère piéscntahic comme ça... !)i(es-moi, Marcel , ii’auricz-vous pas un habit à me prêter?... Vous savez, votrepelit in.anoii.
MARCEL. \ olonliers... Je vais vou.s le chercher... ( U sr. di pnse à .uirtir ^ Jntl qtteiques pus , et rex'itni auprès de Jacques.) C'est comme un fait exprè.s... au inomeut oiijeveiix l’oublier. .. la voilà quirevient... Oh I cVst égal... je suis bien décidé à ne plus m'eu occuper... je ne mVn occiq)ciai plus... Vous tâcherez ilesavoirqui elle est, n*esl-ce jjas, mon ami?., ce qu’elle pense de moi... de mes poésies?
JACQUES. Oui , oui... Je songerai à tout
cela quand je serai dans votre habit.
Itiuuxi.. Je cours le chercher.
(11 sort.)
8CEXE XI.
JACQUES , puis lïERXARD.
J \CQUES y j.'i//. Quel malheur que la hlanchtsseti.se n'ait pas rapporté ma choinise à jabot!.. Voilà cniniiie on est... on met ces choses-là les jours ordinaires , et puis , dans les grandes occasions, ça vous manque:.. Il est vrai que je n'en ai que deux, et quand l'une est... Je ne peux pas... Mes meubles ont bien besoin aussi d’être frottés... je néglige ça, et j'ai tort... ( // se met à essuyer ses meubles avec son mouchoir. ) Cette visite me produit un effet singulier Oh ! mais quel es-
poir!.. si cette dame est puissante et riche, comme le dit Marcel... Je pourrai peutclrc, par sa protection , faire représenter mon opéra... Ce ne peut être que pour me faire du bien qu'elle vientnie visiter...
Le contraire lui serait difficile.
Air de Teniers.
Depuis vingt »ns que je vis ê'rspérancee ,
J'ji vu venir en mon pauvre réduit Chagrins, loiirmens. misères et soufTrtncci, Rcsuiiks alTrvui... et tout rc qui s'ensuit.
Des m;iut humains j'ai vu toute Cesrcrle:
Aussi, maintenant sans frayeur Je vais ouvrir, quami on frappe ^ ma porte;
Je n'attenils plus que le bonheur,
Quelle joie , si je pouvais conserver ma partition, et dire à tous: C'est ma imw sique... c’est l'ouvrage du vieux Jacques...
La gloire serait à moi seul !.. Et il a beau dire, M. Bernard: «Qu’cst-ce que ça vous fait c|u'üii nomme Pierre , Paul , ou Jacques? M J'aime tout autant, moi, qu’on nomme Jacques que Paul... Mon cher opéra!... Quel espoir enivrant!... üli î non, non... Je ne veux plus le vendre... Je ne le vendrai pas.
UEHWRD. entrant tout joyeux. Me voilà ,
mon ( lier luralaire , nie voilà j'aime à
agir rondement en affaires je voiisap-
poiie lin beau billet de banque, et de plus, la quittance de vos loyers.
JCCQI'ES, examinant les papiers que lui
prê.senfe Uernurd. C’est ma foi vrai ! un
billet tout neuf... et la quittance aussi.
REnVAHD. Eh bien!.... prenez donc.....
tout cela est à vous.
JACQUES. A moi?.... oh! non....* parce que... voyez-vous... j'ai changé d'idée RERNAUD. Qu'est-ce à dire?
j.u'.QLCtv. Oui, i'ai changé d'idée.. •.« je tic veux plus
Ll MAGASIN THKATftAL.
8K1IIVABD. Ah ça;... c'est une plaisanterie?... cVtail une chose convenue,
JACQUl^S. Permellez, non... permettez..
bernard. Prcuez-y garde ce serait
vous moquer de moi , monsieur Jacques...
( A part. ) Moi , qui ai déjà parlé de l’opéra... (Haut. ) Réfléchissez à ce que vous allez faire., vous me devez quatre termes.
JACQUES. Je ne le nie pas.
BERNARD. Je puis VOUS mettre à la porte.
JACQUES. C’est vrai.
BERN.ARD. Faire saisir vos meubles
faire tout vendre chez vous.
JACQUES. C’est encore vrai mais me
séparer de mou opéra . voyez-vous» ça me coûterait trop. ..c’est impossible... si vous me chassez.... cli bien! j’irai ailleurs.... je ne me plaindrai pas, pourvu qu'il me reste mon opéra et mon piano pour l’exécuter.
BERNARD. Votre piano !.. votre piano!., mais je le ferai vendre comme le reste , votre piano.
JACQUES , dans la plus vhe agUulion.
Vous fercA vendre mon piano... ( // rourl à l'instrument.) Qu’avez-vous dit h?....
oh ! mais, vous ne savez donc pas tout ce ue vous voulez m’enle^’ei ?. . . vous ne savez onc pas que , depuis dix ans , il m’a fait supporter tout ce que la misère a de plus hideux?... la faim !... oui , monsieur. . la
faim ! cela vous étonne , vous qui avez
le superflu , qu’un pauvre iiuisicieii manque souvent du nécessaire .... cela vous
étonné et pourtant je n’ai pas été vous
demander raumûne , moi parce que je
trouvais là, à cette place, l’oubli de mes SGuifrances... C’est à mon piano peut-être que je dois d’êtie vivant encore... et vous voulez le faire vendre!... oh! non, non...
vous ne le ferez pas... au malheureux l’on dépouille, la loi ordonne qu on
laisse au moins son lit ch bien ! faites
vendre mon lit; mais laissez-moi mon
piano.... car voyez-vous , jamais on ne
pourra in’en priver de mon piano... qu'ils viennent donc vos gens de jirstice, qu’ils
viennent! je suis vieux et faible; mais
Dieu me donnera la force de les chasser tous.... ou bien, si je ne le puis.... je me placerai entre eux et mon cher piano... et nous verrons, nous verrons!!... je vous en
avertis il faudra qu’ils me tuent , avant
de me l’enlever il fainha qu’ils me
tuent!!! ils me tueront!!! (Jacques
accablé s*appuü sur son piano btenlôf il
se relhcy presse sa tête entre sei mainSy ci sa ^ysionomie prend un otr égaré. ) Ah ! mou Dieu !.. qu’ai-je donc?., quoi ? Païenne ?..
TOUS croyez!... bien vrai?.,, oui... oui!....
hein? que dites-vous? mon chœur
final?...
BERNARD. AUons , voilà sa tête...
JACQUES, riant. Je le tiens! je le
tiens...
(Il ckftnie.)
Amis, cclébrofu sa victoire.
(11 écoule aUenlivement. L’orebestre joue trèspiano le molir précédeol.)
C’est un navire qui glisse sur les eaux..
fuis, mon cher Jacques ( U court a sa
petite fenêtre. ) Oui , oui , c’est un navire... enfin!... je vais donc la voir!... la presser
sur mon cœur ( 11 court à Bernard y et
lui baisant la main,) Mon cher ami , mon bienfaiteur... c’est vous... c’est vous qui la ramenez., que de reconnaissance !.. mais..
courons, courons vite ne la faisons pas
attendre car on pourrait me l’enlever
encore... vite... vite... vite.
(Il aort précipitamment.)
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