GRISAILLE
Comme a si bien dit le poète Uimbaud : « Il pleut doucement sur la ville ». Doucement, oh! si doucement , qu'on ne peu! pas môme distinguer les raies de la pluie, tant elles sont lînes et ténues. Kt pourtant elles sont serrées, serrées l'une contre l'autre, de sorte qu'entre la vitre de la fenêtre et les arbres du jardin elles tendent une trame de lîls, une légère et presque impalpable batiste qui intercepte tous les tons colorés de la nature. Les fleurs elles-mêmes adoucissent leurs nuances les plus vives à travers cette bruine qui les détrempe. L'incarnat des roses blêmit comme celui d'un lavis vingt fois lavé et patiemment étendu d'eau. Il s'eflace, se fond, se dégrade insensiblement, de plus en plus exsangue, jusqu'au moment où lui-même il s'évanouit. Et tout devient jilors d'un gris monotone, délicat, mélancolique, que nulle peinture ne pourrait rendre, et que le poète Rimbaud a si bien exprimé quand il. a dit : u 11 pleut doucement sur la ville. >*