‹ Le pavé; aphorismes ... album intérieurChapitre 74 sur 80 · GOUACHE · texte numérisé non relu

GOUACHE

Dans de grands landaus fermés monte la compagnie. Il y a le chevalier, en habit gorge-depigeon, jaboté de dentelles écumeuses; la marquise, poudrée à frimas, en corsage couleur d'aurore; le pédant, tout de noir vêtu et son gros nez barbouillé de roupies; la duègne en vertugadin de velours, avec sa coëffe qui lui fait des cornes; le Frontin rayé de blanc et de rouge; la soubrette, avec son casaquin au décolletage impudent; et encore d'autres belles dames et d'autres galants seigneurs, dont les riches toilettes semblent avoir déshabillé l'arc-en-ciel. Tous sont outrageusement fardés. Le vermillon et la céruse s'étalent sur leurs joues en épaisseut-s de mastic. Et cela en plein jour, en pleine rue, en plein Paris du dix-neuvième siècle. Car c'est la troupe de l'Odéon qui va donner une matinée à Passy, et qui, s'étant maquillée et costumée d'avance, fait chatoyer au soleil l'invraisemblable bariolis de cette gouache vivante.

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