‹ Le pavillon canadien [microforme]Chapitre 5 sur 6 · PT · texte numérisé non relu

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Raynal, il y a un siècle, peignit avec charmes l'existence de ce peuple admirable et ne fut pas pris au sérieux. Haliburton écrivait en 1820 que le tableau n'avait rien de chargé. Un manuscrit du pasteur Edward Brown, daté de 1770, récemment découvert et absolument authentique, va plus loin que Raynal dans la description des vertus acadiennes.

Brown, Raynal et Haliburton étaient dans le vrai en disant que la déportation de pareils gens est inexplicable, de plus que l'explication fournie par les autorités de 1755 ne saurait être admise car il est visible qu'elle cache un piège.

Nous pouvons déclarer aujourd'hui que ces trois auteurs avaient, en effet, deviné l'existence d'un mystère, car le mystère est dévoilé depuis peu.

Murdach et Rameau, en 1869, soutenaient que l'acte des autorités impliquait criminellement ou les ministres d'Angleterre ou les gouvertants de la colonie, vu que les pièces concernant cette affaire ne se retrouvaient point.

De iemps à autre quelqu'un parvenait à pénétrer dans les archives dela Nouvelle-Ecosse et en tirait des nouveautés, mais ce quelqu’un ne voyait pas tout, peut-être même était-il du complot formé à cet égard, puisqu'il écrivait sans contredire la croyance établie chez l'immense masse des lecteurs : à savoir que les Acadiens devenus incontrôlables, et refusant de préter serment d’allégeance, avaient dû être exportés en toute hâte et en dépit de tout sentiment d'humanité.

Le mot archives éveilla un jour l'attention de la Nouvelle-Écosse; on

vota de l’argent pour imprimer les documents relatifs aux Acadiens, de

sorte que, en 1869, parut un fort volume, sous les soins de M. Aïkins conservateur des archives de la province. Je me rappelle l'avoir lu l’un des premiers et d'en avoir conçu un grand chagrin : il démontre la conduite étourdie ou plutôt idiote des Acadiens dans une série de circonstances des plus importantes pour eux. Je ne voyais pas la supercherie.

Vingt ans plus tard l'abbé H. KR. Casgrain se fit ouvrir les archives d'Angleterre et découvrit que les ministres de George I et de George II avaient été constamment trompés sur le compte des Acadiens par les gouverneurs de la Nouvelle-Écosse. La correspondance à cet égard est fausse d’un bout à l'autre. Il était impossible aux minist :s de socpçonner l'état des choses et lorsque la déportation survint sans avis nréalable, elle se trouva excuséepar le mensonge de Lawrence qui disait : « Les Acadiens étaient en révolte et possédaient quatre mille fusils ; je les ai désarmés par sur prise.et

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j'ai débarrassé la colonie de leur présence ». La guerre qui commençait étouffa les enquêtes et les récriminations.

Aujourd'hui un Acadien, M. Edouard Richard, met au jour des masses de renseignements qui transforment toute la question. Il prouve que le -’olume d’Aikins est fait de pièces tronquées et que rien de ce qui est favorable aux Acadiens n'y est inséré.

La conclusion des deux volumes de M. Richard est celle-ci :

Conquise en 1710, cédée à l'Angleterre en 1713, l'Acadie n'eut pas d’autres colons ou habitants que les Acadiens français jusqu'à 1749, alors que des Allemands, des Irlandais et des Écossais s'établirent à la côte qui regarde l'Atlantique. De 1710 à 1755 pas un Acadien n'eut la permission de quitter le pays. On ne pouvait pas même déserter puisque la famille ou les parents du déserteur voyaient leurs biens confisqués sans merci à cause de sa fuite. Jamais cette situation n'a été représentée aux ministres de Londres. Tous les gouverneurs donnaient à entendre que les Acadiens s'étaient librement décidés à rester sous leurs ordres.

Les Acadiens rendaient aux gens du Massachussetts qui exploitaient la colonie un double service : ils les nourrissaient et les préservaient des Micmacs, leurs ennemis héréditaires. Voilà pourquoi il leur était défendu de partir.

Le fort Beauséjour construit en 1749, par les Français, sur les confins nord de l’Acadie, pouvait induire quelques Acadiens à émigrer de ce côté, aussi voyons nous Cornwallis redoubler de soins pour empêcher ce mouvement. Lui et Laurence cajolèrent les habitants de Beaubassin jusqu'à 1755 pour les retenir. Depuis 1710 c'était la politique constante des gouverneurs.

Alors, me direz-vous, comment expliquer la déportation ? Etait-ce à cause du refus de prêter serment d’allégeance ?

La question du serment a servi de prétexte. Les Acadiens avaient prêté ce serment en 1730. Laurence exigea un serment plus rigide, afin de provoquer de la résistance.

Car sans résistance de la part des Acadiens, ce bandit n'avait aucune excuse pour commettre l'immense vol qu'il préparait.

Je dois faire connaître que, dès 1720, des lettres avaient été échangées Inous les avons) entre divers personnages du service britannique au sujet de l'impossibilité où l'on était de recruter des colons pour l’Acadie, attendu que les Micmacs ne toléraient que les Français dans leur voisinage immé-

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