‹ Le pays basque et la Basse-NavarreChapitre 27 sur 75 · LAN · texte numérisé non relu

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Baïgorry n'a pas d'église. Les habitants, pour se rendre à celle de Saint-Etienne, doivent traverser la Nive sur un pont moderne. C'est même un édifice tout neuf, et qui ne cessera jamais de l'être, puisque deux fois déjà il a fallu le reconstruire. Deux fois les masses d'eau qui descendent des Aldudes pendant l'hiver l'ont emporté. Les ingénieurs en sont extrêmement surpris, les populations le sont moins. Un peu plus loin, sur la rivière, un autre pont qui ne sert plus, l'un des plus vieux du pays basque, contemple

de toute sa hauteur, avec un mépris tranquille, ces ouvrages de la science nouvelle qui ne savent pas résister aux torrents. Ce mépris, les ingénieurs lelui rendent : àleurs yeux, c'est un ouvrage grossier, qui fait un terrible dos d'âne, qui, d'ailleurs, a l'inconvénient d'être pittoresque ; c'est insupportable. Mais il est solide,

LE POXT DE BAlGOIilïY.

ce dos d'âne ; ils travaillaient fortement et sûrement, les bâtisseurs d'autrefois.

Le vieux pont et le pont neuf — ou provisoires, épithète justifiée par l'événement — sont également placés dans le plus joli coin du monde. La Nive, en cet endroit, forme des îlots couverts d'une riche végétation. Saint-Etienne est tout encadré de cette verdure. Ce dernier village n'a d'intéressant que son église qui est vieille, surmontée d'un haut clocher carré, flanqué d'une tourelle ronde. L'église a les pieds dans la Nive. Les groupes de maisons s'étagent sur la rive droite du torrent ; les habitations nu s'arrêtent que faute d'espace, au point où la vallée

se rétrécit subitement et ne laisse plus de place qu'à la route à pic sur la Nive. C'est là qu'est vraiment l'entrée de la gorge des Aldudes.

Le pic le plus voisin est celui d'Arro, qui n'a pas trois mille pieds ; le mont Adarca en a près de quatre mille ; sa base, nous le savons, porte Saint-Etienne et Baïgorry, et, plus loin, renferme des mines presque abandonnées, qui auraient été exploitées par les dominateurs romains. La route monte vers les Aldudes à travers des escarpements boisés et si resserrés que les hautes branches se croisent en quelques endroits au-dessus de nos têtes. Cette gorge est plus étroite que celle même de Cauterets ; mais elle est moins célèbre, on la connaît à peine. Elle a pourtant une égalité rare clans la beauté pittoresque : tous les points en sont sauvages. Le torrent coule parfois profondément encaissé; ailleurs, son lit se relève par de si brusques ressauts que le flot court au niveau du chemin. Cette âpreté du paysage donne par le contraste un charme plus fort au tableau soudain de fertilité et de fraîcheur que présentent les Aldudes. La vallée tout à coup s'élargit, au sortir du défilé; ce n'est plus même une vallée, c'est un bassin qui s'arrondit sur les deux rives du torrent. De toutes parts des prairies, des champs de maïs ; un peu plus loin, un cercle de collines aux courbures gracieuses et molles, couvertes de fougères et de taillis. Les Aldudes sont un village riche, très riche. On raconte que leur prospérité s'est tout fraîchement doublée parla guerre carliste; les habitants tenaient l'entrepôt des munitions et des vivres. Mais nous sommes en un temps où l'on n'est plus bien venu à dire que la guerre, cette terrible ouvrière de ruines, peut être aussi une voie d'enrichissement et un instrument même de civilisation. Cette vérité tient à des considérations et raisons commerciales ou historiques si subtiles, qu'elles ne sont bien comprises que par le négociant et le philosophe, — surtout par le négociant.

Les Aldudes, comme tous les cirques verdoyants, encadrés de

montagnes, ont l'aspect vivant et gai ; mais il y faut le secours du grand rieur, le soleil. De ce côté du pays, notre sol français s'enfonce en pointe clans la terre espagnole; une ligne de crêtes nous sert de frontière à l'occident ; la vallée du Bastan se couche de l'autre côté. Le col est à Berdaritz, entre deux montages rouges, comme notre Rhune, et qu'une ancienne redoute domine. Là, il y

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