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se présentant par l'angle; une base commune les soutenait toutes. La voussure du fond, seule, demeure intacte ; elle est ogivale et porte comme ornementation dans son arc inférieur de petites roses. Le tympan ogival s'appuie sur un ouvrage très curieux, formé d'un arc surbaissé que soutiennent deux corbelets à ligures d'hommes. Ces figures servent de chapiteaux aux pieds droits de la porte. L'arc surbaissé est décoré, dans sa partie infé-
rieure,de quatre petites arcatures trilobées, dont le pendentif présente des têtes d'animaux.
Telle qu'elle est, cette église à demi croulante perdrait beaucoup à une restauration. Son vieil aspect se marie bien à cette vieille ville. En face de ce porche si heureusement ruiné (qu'on ne s'étonne point de l'adverbe), une rue perpendiculaire à la grande rue que nous connaissons, mais bien plus étroite, sort de la ville par une porte ogivale ; une autre la croise, descendant à une autre porte également en ogive, qui laisse apercevoir les escaliers conduisant aux chemins de ronde des remparts. Ces chemins offrent la trace des rajeunissements opérés par Vauban ; ils sont plus modernes que les 1 emparts eux-mêmes. Les murailles et les portes sont assurément du xve siècle. Ces portes sont au nombre de quatre ; F une est pratiquée sous la voûte de la tour.
On ne se lasse point d'errer dans ces rues pittoresques, remplies d'une population alerte, puis de repasser sous ces antiques ogives, et par ce joli cadre ouvert, de regarder le fond du tableau. Il est si resserré ce tableau du vieux temps que les vivants animent, il est si heureusement groupé, que les voyageurs enfermés dans la diligence de Bayonne peuvent l'embrasser d'un coup d'oeil au passage. La diligence traverse une assez large place plantée de beaux platanes, sur laquelle se tient le marché; pour gagner l'autre bord de la Nive, elle s'engage sous une des portes, traverse un coin de la vieille ville, et va joindre le pont par la porte qui supporte le clocher de l'église.
Cette place ombragée s'étend au pied des remparts. Elle montre encore de curieuses maisons accolées ; tout un quartier s'y rattache. Là sont les hôtels.
Sur la rive gauche de la Nive, s' étage la ville neuve. Cette appellation en usage dans Saint-Jean n'est qu'une manière de parler. ( Jette ville neuve contient des maisons âgées de deux siècles, ("est une rue unique montant du pont au sommet du co-
teau qui porte des fortifications modernes. Il ne faut pas oublier que Saint-Jean-Pied-de-Port est toujours classée comme place de guerre. On l'a mise au quatrième rang. Du haut de ces remparts gazonnés, nous admirons encore une fois le confluent des quatre Nives, qui vont n'en former plus qu'une seule, courant
L'EGLISE D'UUABT-
vers la Nive des Aldudes, et s' engouffrant bientôt dans un étroit défilé, entre le pic de l'Arradoy et celui de Jarra.
Un chemin croise la rue qui monte aux fortifications ; il conduit au faubourg de Huart-Cize. Nous le descendons à tout hasard; c'est une promenade à la découverte. Nous rencontrons encore une ancienne église dont l'abside pentagonale est une rareté. Des herbes folles courent sur le toit écrasé du respectable monument. Le dessin que nous en donnons fera voir s'il est rustique.
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Nous reprenons la route de la ville, toujours marchant capricieusement au gré de nos rencontres. A l'angle de la porte qui donne accès au pont, au pied de l'escarpement du coteau, un chemin très ombreux à gauche remonte le cours de la Nive. Nous le suivons, et il nous en prend bien de notre course à l'impromptu. La rivière, tranquille au-dessous de Saint-Jean, se donne tout à coup des allures de torrent. Un vieux pont la traverse, en avant d'un moulin ; et de ce moulin romantique une superbe chute d'eau s'échappe. De grands arbres couronnent cette eau bouillonnante qui gronde et qui hurle sous leur ombre mouvante. Au fond, nous embrassons tout le panorama des montagnes.
Ce lieu charmant, c'est la petite vallée de la Béhérobie ; nous lavions jugée suivant ses mérites du haut de la forteresse, et nous pourrions la suivre jusqu'en terre espagnole. D'abord nous rencontrerions le village de Saint-Michel, puis Estercucuby, où la « Nivette » reçoit un mignon affluent sauvage. Là, on ne trouve plus qu'un chemin de mulets montant à Béhérobie, au pied des pics d'Arthe, d'Atcheburry et d'Errocate. Par le col d'Errocate, à 1,140 mètres d'altitude, on entrerait en Espagne.
Mais, encore une fois, cette Espagne est pour nous ce que la terre promise fut pour les Hébreux; nous n'y entrerons qu'à l'heure fatidique.
Ainsi, nous n'avons point dépassé, sur les bords de la Béhérobie, l'endroit où commence le chemin de mulets. C'en est assez pour que la lassitude se fasse sentir; le jour tombe. Nous gagnons notre hôtellerie, bien résolus à nous procurer le lendemain le plaisir de voir extérieurement et "de loin cette villette de Saint-Jean si injustement traitée par certains voyageurs et quelques guides. J'en sais un qui n'y a trouvé d'intéressant que la citadelle!...
Au soleil levant, nous partons, et traversant la vallée en ligne droite, passant au petit village d'Ispourre, nous gravissons le flanc de l'Arradoy. Sur cette vallée, la vue déjà est exquise. Saint-Jean se détache sur des prairies d'un vert sombre, avec
son clocher et les toits aigus de ses maisons. Plus haut, les grands arbres plantés dans la cour de la forteresse forment comme une silhouette mobile sur les tons gris des montagnes qui ferment l'horizon. Elles se croisent, ces montagnes, s'enchevêtrent, se confondent, sur trois plans très distincts : au premier, violacées et chaudes sous le manteau de bruyères qui les recouvre, au second rondes et grisâtres, au troisième toutes décharnées, toutes déchirées, — chaos de roches sombres d'où s'élancent des pics bleus.
Au-dessus de la ville, la fumée sort des toits et monte tout droit dans l'air en longues colonnes, qu'un coup de vent brise et disperse, et qui se reforment, la rafale passée. Ces vapeurs, qui donnent la vie au tableau, vont se mêler à celles que répand l'haleine des monts. Des nuées légères obscurcissent un moment les pics, découpant dans leurs replis des reliefs qui changent sans cesse. — Qui donc a dit que les montagnes ne bougent point, que l'aspect en est bientôt monotone, parce que toujours il est froid et rigide ? — Je vous dis que pour les yeux qui'savent voir, les montagnes respirent et marchent.
Après cette pointe poussée vers l'Arradoy, nous avons bien gagné notre déjeuner. L'après-midi ne sera pas moins utilement remplie ; nous l'avons consacrée à une excursion étroitement obligatoire pour quiconque a le respect de la légende. Il faut que nous saluions au moins à distance cette glorieuse et fabuleuse vallée de Roncevaux qui a entendu les cris de mort de F arrière-garde de Charlemagne, dominée par le rugissement de Roland le Lion. Avant de nous remettre en route, nous montons encore à la citadelle.
La route de Saint-Jean à Saint-Etienne de Baïgorry arrête surtout nos regards. L'enchevêtrement des monts nous apparaît sous des plans nouveaux. Cette route sinueuse décrit les mêmes ondulations que les bases du Jarra, qu'elle ne cesse de suivre. A gauche, le pic le plus prochain est Béharia ; puis
HASPARREN, SAINÏ-JEAN-P1ED-DE-P0HT.
un grand rideau de montagnes se déploie, dominé par les pics d'Iparlo, d' Asiate , d'Ispeguy et d'Arro. De nombreux villages se couchent dans les replis des vallées, ou s'accrochent aux premières murailles rocheuses : Huart-Cize, Ascarrat, Irrouléguy, Anhaux, Occos. Sur les pentes partout de grands bois.