‹ Le pays basque et la Basse-NavarreChapitre 31 sur 75 · UN COIN DES MOUS DE SAINT- JE AN · texte numérisé non relu

UN COIN DES MOUS DE SAINT- JE AN

Les mulets nous attendent au pied de l'hôtellerie; nous franchissons le pont à l'ombre de la vieille tour ; notre chemin est vers la Nive d'Arnéguy, par une vallée qui mérite plutôt le nom de gorge ; nous suivons une tranchée creusée dans le roc. Arnéguy, que nous voyons bientôt, est un village français ; mais l'autre bord de la Nive est espagnol. Un peu plus haut, sur le bord fiançais, est Luzaïde, à cent pieds au-dessus du torrent, sur le versant d'un petit mont couvert de hêtres.

Ces ombrages, hélas ! ne sont point durables ; la route n'est déjà plus qu'une affreuse ravine entre deux rampes de rochers. Pas une habitation humaine dans ce lieu sauvage ; la limite de notre belle France est ici une Thébaïde.

Cependant, un peu plus haut encore, voici un village; il est espagnol: c'est Boaneco Horeca. Voilà qui sonne déjà les rudesses castillanes. Nous gravissons les parois des rochers; devant nos yeux s'ouvre un assez grand cirque tapissé de forêts. Encore l'Espagne, encore la terre promise. — N'avançons pas.

Et quand nous venons à songer qu'un tout petit supplément d'ascension — six cents pieds peut-être — nous conduirait au col de Roncevaux ! — Oui, Roncevaux ! Est-ce que vous n'entendez pas le cor de Roland ? Là est encore un couvent gothique qui contient des tombes royales. L'abbé autrefois était seigneur ou gardien des châteaux qui défendaient la frontière et qui ne sont plus que ruines ; pour soldats et pour sentinelles, il avait ses moines. Le chapelet dans une main, l'épée dans l'autre, ils frappaient rudement ces champions en froc. L'abbé ne relevait que du Pape. L'ombre de la grandeur de Charlemagne abritait la réalité de la sienne ; il s'en trouvait bien.

Page 1