‹ Le pays basque et la Basse-NavarreChapitre 41 sur 75 · MAI LÉON · texte numérisé non relu

MAI LÉON

Le (lave trace un sillon brillant dans ce paysage un peu sombre; il attire comme la lumière. Nous descendons sur sa berge verte, à travers des broussailles auxquelles nos mains ne s'accrochent point sans méfiance, car une vipère gît, la tête écrasée d'un coup de talon, à rentrée de la sente; elle sortait de ce fouillis d'herbes et d'épines, quand elle a rencontré le compagnon qui l'a tuée. — Arrivés aupied de l'escarpement, nous nous asseyons sur un des blocs de grès blanc dont le lit du (lave est hérissé. Mon compagnon prend ses crayons, séduit par la tournure pittoresque des vieux toits qu'il découvre au-dessus des terrasses de l'autre bord. Quant à moi, je regarde en aval glisser le maigre flot du Gave, presque à sec, et s'épandre cette large cascade artificielle qui sort du moulin par trois bouches, avec un bruit aigu; le grondement des roues forme la basse. Au-dessus du pont, en regard de ce moulin, se dresse une haute maison de trois étages, qui vient se refléter dans le miroir du torrent. Les images seulement m'arrivent renversées. Je vois une femme qui achève de s'habiller, puis qui se peigne ; mais je la vois la tête en bas. Elle se croit bien à l'abri des regards ; — il serait peut-être charitable de lui apprendre à se méfier des pièges de l'eau.

Il est vieux aussi, ce pont de deux arches; mais où donc en ai-je lu une description trop complaisante, qui me le représentait tout enveloppé d'un manteau de lierre? — Il est nu comme un pont neuf. De ce côté, il forme la seule entrée de la ville. Aussi n'est-il pas un instant désert. Les gens qui le traversent ont visiblement l'habitude de s'y arrêter, accoudés sur le garde-fou, pour considérer la cascade. D'en bas, je revois une troupe de ces Basquaises blondes, que nous n'avions pas rencontrées depuis Hendaye. Il n'est pas sûr que ces rustiques tilles d'Eve soient retenues là par les l'usées d'écume qui jaillissent du moulin, elles examinent plutôt ces deux originaux assis sur uneroche au milieu du < lave, donl l'un fait courir ses crayons, et dont l'autre fume des cigarettes. Nous les égayons assez. Hast!

ce n'est pas un si mauvais sort que de prêter à rire à de jolies filles.

Mais voici que les curieuses sont dérangées par une diligence qui accourt avec un épouvantable fracas de vieilles ferrailles. Puis, c'est un troupeau de mules espagnoles qui arrivent, chargées de pompons et de sonnettes, portant des ornements de

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