‹ Le pays basque et la Basse-NavarreChapitre 40 sur 75 · M AU LEON · texte numérisé non relu

M AU LEON

Le pays de la Soûle porte son enseigne : c'est le clocher à trois pignons qui domine toutes ses églises.

Quand nous disons clocher, c'est uniquement parce que ce singulier appendice renferme des cloches. Encore ne les renferme-t-il pas dans le sens propre du mot, puisqu'elles sont à l'air. Ce n'est exactement qu'un pan de mura trois pointes, une façade à trois cornes, formant saillie au-dessus du toit, et percé de trois petites arcades. Quand l'église est pauvre, il n'y a qu'une cloche dans l'arcade du milieu; quand elle est plus riche, il y en a trois, dont une plus grosse et deux plus petites. Si le vent

souffle en tempête, elles tintent d'elles-mêmes, sans le secours du sonneur. Le clocher en usage dans la Soûle est vraiment unique au monde ; aucun autre peuple de France ne se contenterait d'un appareil si rustique. Dans la dentelure de ces étranges pignons, quelquefois dans la triple petite arcade affectant la forme de l'ogive étranglée, il y a comme une vieille couleur sarrasine.

Mauléon-Licharre, vieille cité qui a pour armes un lion -d'or et trois tours rondes sur champ de gueule, qui fut la résidence des puissants vicomtes de la Soûle, n'a plus l'honneur que d'être un chef-lieu d'arrondissement : quatre mille habitants , avec les hameaux qui l'avoisinent. Mauléon a une église qui n'est pas plus riche que celle d'un village. Il est vrai qu'elle en possède une autre. C'est dans la « grande église » de Mauléon que se passa, au xvie siècle, un drame étrange. Le huguenot Roussel, évèque d'Oloron par la grâce de la reine Jeanne, étant venu y prêcher les doctrines nouvelles, un des notables, Arnaud Maytie, lui imposa silence. Roussel ne tenant compte de l'injonction, Maytie saisit une hache qu'il avait apportée dans le temple et cachée dans son banc, se précipite contre la chaire et se met à la frapper à grands coups ; ses amis l'aidaient ; la chaire tombe, écrasant à demi le prêcheur sous son poids. On transporta Roussel, grièvement blessé, à Oloron, et de là aux Eaux-Chaudes, où il ne trouva point la guérison de ses blessures. Il en mourut au bout de quelques mois.

L'église villageoise est située à un kilomètre environ de la ville ; on l'aperçoit du haut du pont qui conduit à la place principale, franchissant le Saison, et contre lequel un moulin s'appuie, lançant une triple gerbe d'eau et d'écume. Le Gave roule entre deux bords ravinés et tapissés d'arbustes de toute sorte; à droite, des terrasses portant des jardins ont été construites au-dessus de la ravine; — de l'autre côté du pont, on voit le torrent descendu' entre les assises des maisons qui baignent leur pied dans l'eau. L'horizon est fermé par un haut cadre de montagnes vert»-.

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