MAULÉON
la justice sous des arbres : si c'étaient ceux-ci, les justiciers avaient un bon pavillon, tout à t'ait imposant et noble. — De l'autre coté de la place, en arrière d'un autre jardin défendu par une grille, s'élève l'hôtel d'Andurrain. C'est une grande maison dans le style du xvie siècle, dont le plan n'a pourtant pas été suivi jusqu'à l'achèvement complet. Le corps principal du logis devait être flanqué de quatre pavillons ; il n'y en a que trois, le quatrième manque sur la façade occidentale. L'édifice a été malheureusement construit en mauvaises pierres; beaucoup de détails sont lourds, mais quelques-uns ont le plein caractère de la Renaissance, et tous sont curieux. Des tètes sculptées, — presque toujours des masques comiques, — décorent le long mur qui regarde le midi et borde une rue courant vers l'ouest. La façade orientale offre une charmante porte Renaissance , surmontée d'un balcon de fer que soutiennent de belles consoles. L'hôtel d'Andurrain est une demeure intéressante, et le maître est logé vraiment en seigneur.
Au milieu de la place s'élève une colonne de marbre qui porte sa date : c'est de l'Henri II, et du meilleur. Cette place est charmante, avec le vieux logis sur l'une de ses faces, avec les jardins qui l'encadrent. Celui de la sous-préfecture est fort beau. On demande souvent à quoi les sous-préfets sont utiles? Je ne l'ai pas découvert; mais, si celui-ci ne sert à rien, du moins il est bien logé.
Voilà cet antique Mauléon, capitale de la Soûle. A l'ouest, sur le mont prochain, se dressent les restes du château qui commanda la ville et lui donna son nom, lequel ne témoigne point du tout qu'il ait été construit par un bon sire. Château du Mauvais Lion — Mauléon. — Sur cette hauteur dominant la rive droite du Saison — la ville est en grande partie sur la rive gauche — qui planta le premier cette aire redoutable? — Au xme siècle, c'est une maison forte très qualifiée ; Auger, vicomte de Soûle , est cependant obligé de la céder avec sa vicomte à
Edouard Plantagenest , roi d'Angleterre, duc de Guyenne. Au xve siècle , les mômes Anglais y sont encore maîtres , et les comtes de Foix la reprennent aux Anglais. C'est là , clans ce vieux centre basque, toujours très résistant aux nouveautés religieuses, que les catholiques se rassemblèrent pour organiser la bataille contre les ordonnances de Jeanne d'Albret, la Huguenote. La reine aurait pourtant dû savoir que ce pays de la Soûle était furieusement orthodoxe , car c'était après l'aventure de l'évêque d'Oloron. Mais, quand les princes ont une foi et que les peuples en ont une autre, celle des princes recourt aisément aux vexations et à la persécution, — sans parler de la hache et de la corde. A quoi bon, puisque la préférence des peuples l'emportera?
Vous lirez dans presque tous les guides que ce château du « Mauvais Lion » est une ruine. Ce n'est pas exact. Sur les anciennes assises, de nouveaux bâtiments paraissent s'être élevés sanscebse. Le dernier est encore debout, bien qu'abandonné; c'est une construction Louis XIV. Mauléon fut une lieutenance du gouvernement de Guyenne et de Gascogne, et le lieutenant fît là sa demeure.
Cette lieutenance a été une charge vraiment héréditaire dans la famille de Trois-Villes. Un comte de Trois-Villes, amoureux de la belle Marguerite d'Espeldoy, fit mettre à mort le Basque Berterretch, son rival. Dans le beau recueil des Chants populaires du pays basque, par M. J.-D.-J. Sallabery de Mauléon, on trouve à ce sujet une chanson très dramatique, mais assez peu claire. On n'y voit pas bien si Berterretch avait commis quelque crime donnant prise au Jaon Kurde.
Dans l'époque moderne, le « Mauvais Lion » a reçu garnison plus d'une fois ; du coté qui regarde la ville, on voit encore sa vieille enceinte flanquée de maçonneries modernes qui s'appuient à des talus. Le château fut un poste de défense pendant la retraite fameuse que Soult conduisit pied à pied à travers la contrée pyrénéenne, suivi par les soldats de Wellington.