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de lion qui le décorent, la date de 1562. Sur le pan de devant se voient un chevalier endormi et un hibou, au sommet d'une tour; l'oiseau nocturne est l'emblème du sommeil. Des cariatides supportent les montants et représentent, d'un côté, un évangéliste, de l'autre, la Vierge tenant l'Enfant-Jésus. Comment le sculpteur osa-t-il présenter cette image à Jeanne la Huguenote? Il est probable que ce lit fut exécuté sur la commande du roi Antoine, qui n'était, lui, ni huguenot, ni catholique, et pourtant quelquefois l'un ou l'autre, d'autres fois les deux ensemble. Il mourut précisément cette année-là, 1562, et Jeanne, à l'instant, abjura publiquement la religion romaine. Ce fut le premier acte de son veuvage.
Dans cette chambre de la reine Jeanne, on a placé des tapisseries, dont l'une, au moins, aurait choqué cette austère personne; le sujet en est la toilette de Vénus. Il est vrai que sur un autre pan de la muraille figurent Tobie et son fils, légende biblique — et sur un autre encore, Dieu apparaissant à Moïse. Les sièges sont de style Louis XIII, ce qui paraît un léger anachronisme; c'en est un considérable. Au-dessus de la cheminée, est un bas-relief représentant Henri IV à cheval, en costume romain. A la chambre attient un oratoire.
J'ai visité tous les anciens appartements, sauf ceux du second étage du côté de la ville, où sont conservées de magnifiques tapisseries du xve siècle. — Je n'ai pas vu non plus ceux de la tour Rouge. Le soleil fait reluire joyeusement cette robe énorme de briques assombries pourtant par les âges. Je risquerai, auprès des gardiens du palais, une dernière tentative pour pénétrer dans l'antique donjon. Effort inutile; point de privilège! Il faudrait écrire au ministre ! Or, je me suis mieux informé. N'allez pas croire que la tour de Gaston Phœbus soit en un état de délabrement qui puisse menacer ou affliger le visiteur. Elle contient une bibliothèque, des salons qui servaient aux officiers pendant les séjours de Napoléon III ; c'était même un des chemins de la cha-
t68 LES PYRÉNÉES.
pelle, et l'on y a pratiqué une ouverture qui conduisait à la tribune de ce lieu saint tout neuf. Dans chacun des trois derniers étages, il y a un appartement complet et récemment habité. L'édifice a été restauré de fond en comble.
L'interdiction de le visiter est récente; on en donne des raisons sans raison ; on assure qu'elle n'est que provisoire. Chacun sait comment le provisoire devient définitif. Mais, enfin, à quoi bon lutter contre le caprice des dépositaires de cette chose fallacieuse qu'on appelle le pouvoir? Je lève les épaules, ce qui est le signe parlant de l'insurrection morale, et passant sous l'arcade accolée à la tour de Gaston, je gagne les jardins. Ils sont agréablement entretenus, et le seraient-ils mal, qu'ils n'en resteraient pas moins charmants, puisqu'ils sont placés comme un théâtre à ciel ouvert, en regard de l'un des plus beaux spectacles qui soit au monde.
Bernadotte, quand il commandait sur le Rhin, quand il était ambassadeur à Vienne, quand il gouvernait presque souverainement le Hanovre, et plus tard, enfin, quand il fut roi de Suède, songeait sans cesse à ce beau lieu de Pau, où il était né. Les glaces de son royaume ramenaient sa pensée et ses désirs aux grands coups de soleil de ses Pyrénées. Il envoya sans cesse des présents. On voit clans le château des tables et des vases de porphyre de Suède; ce sont les souvenirs du royal exilé. Ainsi, le vertige même de la grandeur inattendue ne fait pas oublier l'impression de ce pays si magnifique et si doux, que nous allons (juitter pour un an.
J'en prends à témoin ce roi Bernadotte qui eut la singulière fortune d'implanter en Suède une dynastie béarnaise. La maison de sa famille, qui était de robe, se voit encore dans la rue qui porte son nom. C'est une vieille demeure à toit pointu et à galeries ouvertes, reposant sur deux énormes piliers de pierre. Le futur roi fut nourri à Gan, où l'on conserve aussi la maison de Pierre de Marca, l'historien du Béarn. Pour visiter ce rustique berceau de Bernadotte, j'ai dû rentrer dans la ville et je l'ai de nouveau
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parcourue. Entre la place Royale et le château, sur une bulle qui domine le Gave, je rencontre l'église de Saint-Martin, édifice neuf et très vaste, construit dans le style du xme siècle. Les deux principales églises de Pau sont modernes, et aussi le Palais de Justice.
Je regagne la place Royale, je suis vers Test, au-dessus delà gare du chemin de fer, une nouvelle promenade qui forme comme la contre-partie de la Basse-Plante. Elle se poursuit jusqu'à la route de Bizanos, le but le plus ordinaire des promenades en voiture de la colonie. Ce petit village emprunte chaque année un redoublement d'animation au carnaval. A Bizanos, le mercredi des cendres, de joyeux compagnons que la foule suit à grands cris viennent « enterrer le mardi gras ». Ce serait aussi un lieu charmant pour y enterrer sa vie.
C'est de cette promenade aux lacets ombragés que nous avons pris cette vue de la chaîne, cette vue superbe, unique au monde, que le lecteur a sous les yeux.