SA LITTERATURE ET SA MUSIQUE
On sait généralement ce qu'il faut entendre par le Pays Basque, ou plutôt on ne le sait pas, la France, à ne parler que d'elle, étant une contrée peu ou mal connue, surtout dans ses parties reculées qu'une nature âpre et une langue particulière semblent fermer aux étrangers ».
Le Pays Basque s'étend sur l'un et l'autre versant de l'extrémité occidentale des Pyrénées, en France et en Espague : • Des crêtes occidentales des Pyrénées françaises, dit M. Fauriel, partent quatre grandes vallées, ayant chacune sa rivière, qui en sillonne le fond, dans une direction perpendiculaire à celle de la grande chaine dont elles descendent. La plus occidentale et la moindre de ces rivières est le Nivelet, ou la petite Nive, qui a son embouchure à Saint- Jean- de- Luz, dans le golfe de Gascogne. La seconde et la troisième sont la Nive et la Bidoussa, qui se jettent
1 La bai* de Biscaye, le long de laquelle serpente ta grande route de France en Espagne, a donné lien a nn bean travail de M. A. de Quatre liges , inséré, sons le titre de&arenJrx •Ta* naturaiintc , qui n'annonce pas tonte ta variété des sujets traité», dans la Rtme de* Ù€*i-M9mie$, I. V. XX* année. - Nouvelle période, «830, p. 9IO-Î44 et 1060-1090.
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toutes deux dans l'Adour, Tune à Bayonne , l'autre un peu audessous de Guiche. Enfin , la quatrième et la plus orientale de ces rivières est le Cesson , qui se perd , près de Sauveterre , dans le gave d'Oloron.
« Dans l'ancienne géographie de la France, ces quatre vallées étaient assez irrégulièrement partagées en trois cantons ou petites provinces , dont la plus occidentale se nommait Lubovrd , la plus orientale Soûle , et celle du centre basse Navarre. Prises collectivement, ces trois provinces se nommaient le Pays Basque, étant habitées, comme elles sont encore en très-grande partie, par les Basques, population totalement distincte , par la langue et par les mœurs, des Gascons, ses voisins français, tandis qu'elle reconnaît pour frères ses voisins espagnols, les habitants de la Biscaye, du Guipuzcoa et de la haute Navarre >
Les Basques français , au nombre d'environ cent quarante mille, occupent donc un peu plus du tiers du département des Basses- Pyrénées. Leur pays est borné au nord par l'Adour, au sud par la chaîne des Pyrénées , à l'ouest par l'Océan, à l'est par une ligne courbe longeant les limites des cantons de Sauveterre, Navarrcnx, Sainte-Marie-d'Oloron et Aramitz ; il comprend l'arrondissement de Mauléon et la majeure partie de celui de Bayonne *.
La Soûle et le Labourd n'ont pas de communautés distinctes dans leur sein. Le Labourd compte environ soixante mille Basques
* Histoire de la Gaule méridionale tous h domination det conquérants germains. Paris , Paulin, 1836 , ln-8ft, t. Il, p. 339, 340.
* Pour plus de précision, prenex la carte dn département des Basses-Pyrénées. En allant du sud au nord et de l'est a l'ouest, voici la liste des communes qui forment chez nous la lisière du Pays Basque , c'rsi-a-dire les derniers villages où l'on parle sa langue, cm au delà desquels on se trouve en Béarn on en Gascogne :
Saiote-Engracc, Arrondissement Bcrgouey-Vlllenave,
Monlory.
de Mauléon.
Arrondlss.iTOIoron.
L'Hôpital
Arrast, /
Bidart,
Cbarritte-de-Bas, ( Arrondissement Arout, l de Mauléon.
Arbouet, llnare,
Tbore ( Promenade sur les eûtes du golfe de Gascogne , etc. A Bordeaux , de l'imprimerie de A. Brossier, août 1810, in-8°, rlwp. III, 9 I, p. ?7R) présente les Biarrots, ou
Ayherre,
Bardos, ^
Briscoos, ' Arrondissement
Lahonce , l de Bayonne.
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homogènes , la Soûle environ trente mille , homogènes encore , et la basse Navarre quarante-cinq mille, partages en trois communautés anciennement distinctes sous les noms de Cize , Ostabaret et Mixe, mais aujourd'hui formant, avec la Soûle, rarrondissement de Mauléon. La Soûle atteignait, à l'ouest, le pays de Mixe, à trois kilomètres environ de Saint-Palais ; la basse Navarre s'étendait également vers l'ouest jusqu'à treize kilomètres environ de Ilasparrcn et douze de Bidache. Le pays de Cize formait la base sud-est de la basse Navarre, l'Ostabarct le centre, le pays de Mixe l'extrémité nord-est. Le Labourd à l'est, la Soûle à l'ouest, encadraient la basse Navarre , en contact seulement au nord avec la Gascogne et le Béam.
S'il faut en croire M. le vicomte de Belsunce, qui a omis de citer ses autorités , les Labourdins et les Souletins sont , de temps immémorial et seuls , premiers propriétaires du territoire qu'occupent les Basques français. Le sol actuel de la basse Navarre était leur domaine avant l'expulsion des bas Navarrais de l'Alava, vers le commencement du X\\* siècle. Ceux-ci, vaincus par les Visigoths, préférèrent renoncer à leurs possessions d'Espagne plutôt qu'à leur indépendance : leurs frères cis-pyrénéens, labourdins et souletins, leur offrirent une généreuse hospitalité; et, après les avoir aidés , à quelque te mps de là , dans une glorieuse mais infructueuse expédition pour les faire rentrer dans l'Alava, ils leur cédèrent libéralement tout le territoire compris entre les terrains déjà peuplés et cultivés par eux *. Ainsi, aux deux familles déjà existant en deçà des Pyrénées, s'adjoignit une troisième famille, dont le territoire reçut le nom de basse Navarre, ou Navarre
habitants de Biarritz , comme parlant basque ; mais il est dans Terreur. Cette langue ne commence qu'à f.uétary, après Anglct , qu'il nous montre ( p. 127) passant , en 1525, une transaction en gascon avec le corps de tille de Bayonne. Au reste, plus loin ( p. 321 ) , H dit que les Biarrots parlent presque tous ce patois.
1 Hisloirt des fiasques depuis leur établissement dan* les Pyrénées occidentales jusqu'à non jours. Bayonne, imprimerie et lithographie de P. Lespès, 1847, in-8°, I. Il, p. 215, 216. Selon D. de Vie : Hist. gén. de Unguedoc, liv. VI , rhap. LXXXIl , ann. GOI, 1. 1, p. 321 U les Gascons ou Wascons, qui habitaient la Biscaye et la Navarre, ayant passé les Pyrénées , s'approprièrent d'abord ce qu'on appelle la basse Navarre , puis « les pays de Labourd et des Basques. » M. Fauriel , t. Il , p. 341 , combat cette opinion. On trouvera tout ce qu'il faut croire sur ce point , dans le t. I des Annales del reyno de Sararra, du P. Joseph de Moret, Ihr. III, ebap. !, g I, n° 3; édit. de MDCC. LXVI., p. 83, col. 1.
du Nord, pour le distinguer de la Navarre espagnole, dont il ouvrait la route par le col de Koneevaux , et aussi parce que , plus Espagnols que les Labourdins et les Soulctins, depuis longtemps installés dans la Gaule, les bas Navarrais maintinrent avec la Navarre espagnole des liens plus étroits que la Soûle et le Labourd , habitués déjà de longue date à vivre dans l'isolement et de leur vie propre. Les sentiments résultant d'une communauté d'origine et de langue, et non un penchant vers l'Espagne, faisaient cependant que le Labourd et la Soûle s'intéressaient aux affaires d'au delà des Pyrénées et s'y associaient souvent, tantôt pour aider leurs frères, tantôt pour en obtenir un appui et des secours contre des voisins , trop nombreux, qui les pressaient en France ; mais quand la lutte, prenant de plus grandes proportions, s'établit entre les deux couronnes, jamais nos Basques ne manifestèrent de penchant vers l'Espagne, ni n'encouragèrent ses rois à pénétrer chez nous par leur pays. Une partie de la population cependant était, je le répète , au moins aussi espagnole que française , à ce point que les bas Navarrais jouissaient, de l'autre côté des Pyrénées, des mêmes privilèges que les sujets de la couronne de Castille, et que nombre de personnes de la merindad de Saint-Jean-Pied-dc-Port étaient encore en possession d'emplois, de bénéfices et de dignités, dans ce royaume et dans celui de Navarre, en 16*21, époque de la publication d'un livre 1 qui me semble l'œuvre de la même politique dont la maison de Savoie s'est toujours montrée animée envers les habitants de la Bresse et du Bugey *.
Un autre volume, publié plus tard chez nous dans un intérêt différent , nous apprend qu'à la fin du siècle dernier les Souletius jouissaient en Espagne des mêmes privilèges que les ba* Navarrais. Quiconque voulait s'établir dans ce pays, n'avait qu'à prouver quatre générations d'origine basque pour être reconnu et reçu
' Drecho de naluraleia que los naîtrait» de la merindad de Son Juan del Pie del Puerto tienen en lo* reynos de la corona de Ca*t\lla. Sacado de dos senlencia» ganadas en jnyzio contencioso, y de olraa eterituros aulenticoa, por Uon Martin de Vizcay, presbylero. Con licencia. Kn Çaragoea : por Juan de Laiiaja y Uuarlanet. Aflo 1G21 , in-i° csp.
* Le P. Joseph de Moret { Invetligacionea ktslùricm de las anliguedadcs del reyno de Savarra, liv. I , ehap. III , § V, n° 16; édii. de MIHX. LXVI., p. 7ti) ne voit dans celle naturalisation des bas Navarrais qu'une récompense accordée par Charles-Quint à leur fidélité.
dans tous les tribunaux comme gentilhomme, ci admis dans les ordres qiû exigent des preuves de noblesse K
Les Basques espagnols sont au nombre d'environ sept cent mille. La Navarre, le Guipuzcoa, l'Alava, la Biscaye et une partie îles Asturies, tel est le territoire qu'ils occupent. Plus encore que le nôtre, qui pourtant ne s'y épargne pas *, le gouvernement espagnol travaille, et pour cause a, à faire disparaître le plus promptement possible la langue basque des quatre provinces. Déjà, à ce qu'assurait un Navarrais d'Olite, cet idiome a, depuis vingt ou vingt-cinq ans , perdu environ huit lieues de territoire dans la Navarre espagnole. Il avait parlé le basque avec les enfants de son àgc à Otite, il y a trente-cinq ou quarante ans, et aujourd'hui il faut remonter dans la Navarre sept ou huit lieues au nord de cette localité , une dcmi-licue plus loin que Pauipelune *, pour entendre parler cette langue dans les villages, où son empire s'étend non sans quelques interruptions s.
Les autres provinces la conservent mieux, quoiqu'il ne soit
* Essai nr la no blase des Bosquet, pour servir d'introduction à l'histoire générale de ces peuples. Rédigé sur les mémoires d'un militaire basque le chevalier de Béla), par nn ami de la nation (D. Sanadon). A Pao, de l'imprimerie de J. Vignaneour, M. DCC. LXXXV., in-8°, S V (Privilèges des Basques), p. 244. — Cet ouvrage a été traduit en espagnol , sous ce titre : Ensayo sobre la uobleia de los Bascongados , etc. , traducido por D. Diego de Laxcano, presby tero. Tolosa : M. DCC. LXXXVI., en la imprenta de D. Francisco de la Lama , in-8°. Abeila , qui a consacré sept lignes a D. Diego de Laxcano , dans le t. Il du Dictionario geogràfico-hislorico de EspaHa, soct. 1, t. Il, p. 380, col. 1, art. Tolosa, n'avait sûrement pas lu le titre que nous venons de transcrire, autrement il n'aurait point commis la faute d'attribuer à >on compatriote on ouvrage dont il n'était que le traducteur.
* Nodier, après avoir dit qu'il avait été sérieusement question de détruire le bas breton, et probablement toute autre langue suspecte de lèxe-gallirismc, s'emporte en éloquentes invectives contre les auteurs de ce beau projet. Voyex ses Notions élémentaires de linguistique, etc. Paris, Eugène Rcnduel, 1834, in-8*, chap. XIU, p. Î61 , BB.
* On devine que nous voulons parler du caractère indomptable de ce peuple, qui faisait dire au célèbre Gonralo Fernandei de Côrdova , qu'il préférerait avoir des lions à garder que des Biseayens a gouverner. Voyez Zurlta, Anale* de Aragon, liv. IV, chap. XXXVII.
* S'il faut en croire Esteban de Garibay ( Compendio kistorial d' Espaça, liv. IV, chap. IV ;i, de son temps on parlait basque dans cette cité, dans tonte la merindad , et généralement dans une grande partie du royaume de Navarre, aussi bicu que dans la ville cl dans l'évèrbé de Bayonne; mais je suis fondé a révoquer en doute la première partie de celte assertion , surtout depuis la publication de la chronique d'Anelier, qui fait à chaque instant parler des bourgeois «le Pampdonc et de* gens du peuple, dans la guerre civile de «76, et qui ne donne pas même à supposer qu'en fait de langue courante il soupçonnât lexistenec d'une autre que la sienne, tl n'est pas inutile d'ajouter que les noms basques qu'il cite sont en minorité.
* Par exemple, dans la Roinanxado, vallée de la mehndéd de Sangûesa, et dans lflJ
pas sans exemple qu'elle ait disparu en certaius endroits. C'est ainsi que dans les villes et dans le ressort de Portugalctc, de Valmaseda et de Lanestrosa, qui font partie de la Biscaye, on ne parle plus que le castillan, bien que les noms de la plupart des villages soient basques et donnent à entendre qu'à une certaine époque on parlait, dans le pays, l'antique idiome d'où ils avaient été tirés 1 .
La même observation s'applique à la province d'Alava, où le basque se montre à chaque pas dans le nom de localités dont les habitants ont cessé de le parler. Joaquin Joscf de Landazuri , à qui cette remarque n'a point échappé, rapporte qu'au commencement du XVIII' siècle, cette langue était encore celle de Nanclares, à deux lieues de Vitoria *. Le nom de Zayas de Bascones, que porte un petit village des environs d'Osma, dans la province de Burgos, permettrait d'insinuer que son usage s'étendait peut-être encore plus loin, si le nom des Basques, ou Vascons, ne se retrouvait dans nombre d'autres localités situées à une assez grande distance des quatre provinces ». Quoi qu'il en soit, nous acceptons le résultat donné par un écrivain de Vergara, qui assure qu'il n'y a qu'un demi-million d'habitants du Pays Basque qui parlent l'escuara *.
Quelle est cette langue > Nous allons essayer de l'exposer dans le chapitre suivant.
miradia de Navascucs , qui est voisine, on a toujours parlé castillan ou roman , tandis que les habitants de la vallée d'Urraul , qui touche le Komanzado , ne font usage que du basque. Cette circonstance , jointe a l'antipathie qui règne entre ces deux populations, et à la répugnance qu'elles éprouvent à s'unir par des mariages, donne à penser que les ancêtres des habitants du Romanzado étaient , sinon romains, du moins originaires du midi de la Navarre, et que leur vallée doit son nom à la langue que parlaient ces étrangers. Voyez Dicnonario de anlignedades del reino de Xavarra, por D. José Tanguas y Miranda, t. III. Pamplona, 1840, in-4° esp., p. 276, art. Romanzado.
* Diction, geogr.-kisl. de EspaHa, etc., sect. 1 , t. Il , p. 487, col. 2, art. Viicaya.
1 Los Gompendios historicos de la cindad y villas de la M. S. y Jf. leal provincia de Mata, etc. En Pamplona, en la imprenta de Miguel de Coscuella , aûo de 1798, in-4M esp., p. 146, 147. Voyez eneore p. 195.
* Intesligaciones histfiricas del reyno de Satarra, por el P. Joseph de Moret, liv. I, chap. III, g I, n° 1, et g V, n° 19; édit. de MDCC. LXVI., in-f°, p. 67 el78.— Aceriguaciones de las anlignedades de Cantabria,cic.t autor cl P. Gabriel de Henao. En Salamanca, por Eugcnio Antonio Garcia, aDo de 1689, in-folio, liv. I, chap. LUI, uot. 79, p. 305.
* De l'Ensquere et de ses erdere*, m de la langue banque el de nés dérivés, clr. l',tris, librairie de Poussielgoe-Rusaod, 1811-1843, ui-8°, 1. 1. p. ». i Du Pny* t^qruldnn. >
l'esccara.