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L'ESCUARA, OU LA LANGUE BASQUE

La langue basque, dont se montrent si fiers aujourd'hui ceux qui la parlent, mais qu'un savant de nos jours présente comme réduite actuellement presque à la condition de patois *, n'a jamais eu cours, dans le moyen âge, que parmi les montagnards du nord de l'Espagne et du sud-ouest de la France, et il n'est point exact de dire, comme l'a fait l'un des principaux historiens de la Navarre, que ce fût en 11G7 la langue nationale de ce pays. En rapprochant le document qu'il cite, mais que certainement il a mal compris *, d'un récit du couronnement du roi Charles III, en 1380, on est amené à croire qu'au moins a la (in du XIVe siècle, l'idiome national de la Navarre était la langue romane, puisque le serment prêté p;ir ce roi , et indiqué comme étant en idioma d€ flavarra, est conçu en cette langue a.

Celle des Basques ne parait avoir jamais été écrite pendant

1 Alfred Maury, La Terre et l'Homme, etc. Paris, L. Hacheltc et comp., 1837, in-li, p.ii».

* « Defensorcs supradiclarum baccarum (ecclesi«SancliMicbaclisdcExccl$L*)cruBt rcx et episcopos et ipse cornes, vcl successores ejus. Est autem talis diiïerenlia inter Ortiz Lcboarriz et Aeearl Umea, quod Ortiz Leboarriz faciet, ot linfjua NaTarronnu dicitur, «nn maizier; et Aceari Umea faciet burazagui quetu voluerit. » Liber rotundu* ecclesiœ Pompelonensit, folio 181. ( JntesUgacione» histàrica* de la» antiguedade» det reyno de .\«tarra , etc. , liv. I , ebap. V ; édit. de MDCC. LXVI., p. 97.) — Le P. de Moret , traduisant le passage qu'il rapporte en marge, rend una mat i ter par rbef de bergers (suena en Vè$e*enee majorai de mutore* ), et bvrusagni par chef de journaliers ( majorai de peone» ), sans paraître voir que si mai s ter est passé dans la langue basque, ce n'est qu'après avoir appartenu a la langue romane et peut-tore plus tard que 1167, date du document cité. Sa ru doute son auteur entendait emprunter a celte langue un terme qui rendait mieux sa P«-n>.ée.

• Dieeionario de amtifuedades del reino de Xavarra, t. I, p. Î64, art. Goromciones, et t II, p. 74, 75, art. Idioma.

toute la durée du moyen âge ce qui n'est point étonnant quand on songe combien était rare, avant le XII* siècle, l'emploi des langues vulgaires autrement que pour le commerce habituel de la vie ; mais on s'explique difficilement qu'aucun des nombreux écrivains qui ont parlé de la Navarre et des autres provinces basques , par exemple, le troubadour Guillaume Anelicr, si prodigue de détails sur l'histoire de la première, à la fin du XIIIe siècle, n'aient rien dit d'une langue si différente des dérivés du latin , ne fût-ce que pour signaler son étrangeté.

Inaperçu avant le XVIe, le phénomène que présente la langue basque avait frappé le docte Scaliger, né, comme on sait, dans le voisinage des Pyrénées : « Ce langage, dit-il, tient sept journées. Il y en a cis et ultra montes; à une demi-lieue de Rayonne commence le langage. Il y a basque, en France, Navarre et Espagne. Il faut que les Rasques parlent quatre langues : françois, parce qu'ils plaident en françois au présidial de Rayonne, et de là à la sénéchaussée d'Acqs; gascon pour le pays; basque et espagnol. C'est une langue estrange que le basque, c'est le vieil espagnol, comme le breton bretonnant est le vieux anglois. On dit qu'ils s'entendent, je n'en croy rien; ils nomment paiu et vin de mesme, mais le reste est bien différent. J'ay leur bible V »

Ce passage, que j'ai rapporté eu égard à sa notoriété, surpasse sûrement en obscurité les textes (pie Scaliger savait si bien éclaircir. Il faut que lés Basques parlent quatre langues! Ne croirait-on pas qu'autrefois le français, l'espagnol et le gascon fussent répandus dans leur pays à l'égal de l'eseuara? Or, il est certain que les choses étaient loin de se passer ainsi. Au temps de la grande persécution des sorciers du Labourd, Pierre de l'Ancre et son compagnon se faisaient assister d'interprètes pour expliquer les dépositions des témoins et les auditions des aecu-

> L'auteur d'un Voyage d'Espagne, fait en l'année 1655, et publié a Paris en 1606, in-4°, va pins loin quand, p. 5, 6, il dit fort inconsidérément de l'extrémité de la chaîne occidentale des Pyrénées : « On y parle une langue qui n'est entendué que de ceux du pays : aussi est-elle si pauvre , qu'un mesme mot signifie plusieurs choses, et qu'elle ne peut pour relie raUon estre receué dans le commerce; on ne l'écrit point, et les pelils enfouis apprennent à l'escole le castillan ou le françois, ■ etc.

* Scaltfitrana , elc. A Cologne, chez ."* M. PC. XCV., in-8", y. 48.

l'esccaha. 0

ses ». Nul doute que les procédures engagées pour ou contre des Basques, soit à Bayonne, soit à Dax, ne fussent en français; mais les greffiers chargés démettre les affaires en état, étaient tenus d'employer des notaires versés dans la langue des intéressés : plusieurs règlements des États de Navarre leur en faisaient un devoir 9.

« C'est une langue étrange que le basque , c'est le vieil espagnol. » Comment l'entend Scaligery Veut-il dire qu'il n'y avait autrefois qu'une seule langue dans la Péninsule ibérique, et que cette langue était le basque ? Lui prêter une pareille opinion serait supposer qu'il ne connaissait ni Strabon ni Pline, qui tous deux ont parlé, d'une façon plus ou moins explicite, de la pluralité des langues dans cette partie de l'Europe a. Selon toute apparence, l'escuara n'était parlé que dans les lieux où il a cours aujourd'hui , tout au plus dans le voisinage , par un ou plusieurs peuples dont le nom n'est pas encore fixé , et ne le sera peut-être jamais *. Si

1 Voyez Tableau de l'inconstance des mauvais anges et démon», etc. A Paris, chez Nicolas Buon, M. DCX1II. , in- 4°, liv. VI (Si un prestre commet on tombe en irrégularité pour estre interprète ou truchement contre des sorciers J, dise. 1, p. 407, 4(18. L'intcr prèle dont avait fait choix de l'Ancre, était fidèle, prompt, clair, bien entendu dans sa langue. « On me dira, ajoute le terrible conseiller, qu'il est plus sçavant en son langage naturel qu'il n'entend nostre langue françoise, et qu'il les peut mieux interroger que nous rendre leurs resnonses en francois.... On sçail bien que l'idiome basque est dissemblable au françois , que parfois à certaines rencontres il est plus efficace que le nostre , et parfois moins, » etc. (P. 413.) — Auparavant il avait dit du même interprète basque « qu'encore qu'il entendis! merveilleusement bien cette langue, neantmoins il ne puuvoil nous la rapporter avec la niesme intelligence et fidélité, et la nous rendre en françois, veu que la langue basque a son idiome si pressant et significatif, qu'un fort suffisant et bien versé en la langue françoise seroit bien empesché a la tourner en mesme sens que la basque, » etc. < P. 410.)

* • Les greffiers doivent tenir un ou deux notaires enquestcurs basques quy scachenl la langue ; et , faute de ce, les enquesles, informations et autres actes seront faits par les notaires royaux de Navarre, suivant les commissions quy leur seront descernees.... par règlement dndtt jour 7* juillet 1672. Accordé par monseigneur le duc de Gramond. » ( Règlements et déterminations des États de Navarre, de 1666 a 1699, reg. n° 17, p. 15, n° 54. Archives du département des Basses-Pyrénées.) — « Par règlement du mesme jour (26 juin 1679) celluy de l'année 1650 a été confirmé, par laquelle (sic) il est porté que les informations, enquesles et toutes antres procédures seront faites par des officiers du pays entendant la langue basque. » (ïbid., p. 54, n° 101.)

* Voy« ta Cantmbria, disertacion sobre el sitio, u extension que turo en tiempo de los Htmauo* la région de los Cantabros, etc., por el muy R. P. Mro. Fr. Hi'nriqne Florez. F.n Madrid. Por Antonio Marin. Ano MDCCLXVJII, in-4° esp., $ XVII, n° 215, p. 158.

* Voyei ce que dit Othenart a ce sujet , au chap. XII de sou Notifia utriusque Yasconiœ, p. 37-45 ( De teteri Linaua Uispanorum. An eadem mset cnm hodierna Yasconica, seu Yasea, etrj. Le chap. XIII, p. 44-56, est intitule : Auctoris Sententiade veteri Hispano-

des «cri vains français et espagnols ont applique aux Basques le nom de Canlabres, c'est, en parlant de la haute antiquité, une méprise ; car, bien que les Cantabres se soient étendus plus tard dans la Biscaye, ces faits sont étrangers aux temps auxquels nous nous reportons. Non-seulement la contrée qu'occupaient les Cantabres était séparée de celle des Vascones par les Caristes , les Vardules et les Autrigons, mais encore c'est chez les Cantabres et chez leurs voisins , à l'est , que commence à se faire remarquer le mélange des nominations géographiques que M. de Ilumboldt ne saurait reconnaître pour basques ».

La dernière phrase de Scaliger est peut-être encore plus singulière que les autres : « On dit qu'ils s'entendent, je n'en croy rien, » etc. Est-ce que par hasard il y aurait là une intention d'esprit? A ceux qui seraient tentés de le penser, je répéterais la phrase, en l'appliquant à l'écrivain et à ses lecteurs. Scaliger venant de dire : « C'est une langue étrange que le basque, c'est le vieil espagnol, comme le breton bretonnant est le vieux anglois, * ajoute que, suivant le bruit publie, les Basques et les Bretons s'entendent *, ce qu'il ne croit pas 3. Il n'y a là, comme on voit, nullement le mot pour rire.

mm lingua. — On peut encore recourir aux Inrestigaciones historicat dcl regno de Navarra, du P. Joseph de Moret , liv. I , chap. V ; édit. de MDCC. LXVI. , p. 96-117 (De la Anliguedaé de la lengua de lot Vàscones , y si fue eu Espaka la primitira, y comvn à ellaj.

« La Cantahria , % II , n° 13 et suiv. , p. 57 et suiv. Cf. Silvcstre de Sacy, Journal des Savants, novembre 1824 , p. 644.

1 Antoine Gossclin ayant prétendu, sur l'autorité dcBodin, que les Bretons avaient fait usage de la langue basque, le célèbre Samuel Borhart, auquel elle était étrangère et qui avait résolu de ne pas l'apprendre, s'altacba a réfuter cette assertion. ( Samuelis Bocharti Geograpkia tuera, etc. , edit. IV. Lugduni Balavorum , anno M. DCC. VII. , in-folio , col. 1197, lig.21.ct col. 1220, lig.4i.)

1 De la Hhrlinicre prétend avoir constaté le contraire, un jour qu'il avait cheï lui un gentilhomme bas breton , un voyageur du pays de Galles et un Biscayen : « Chacun d'eux , ditil, croyoit sa langue inintelligible a tout autre qu'à ses compatriotes; ils en firent l'essai, et furent surpris de pouvoir s'entendre et se parler les uns aux autres. » (Le grand Dictionnaire géographique, Celtes.) Pareil conte se trouve dans Some Enquirie* concerning the finit Inhabitantt, Language... of Europe, etc. Oifonl, M DCC LVIII, in-4°, p. 3U, 31, en note, cl dans le Gentleman' h Magazine pour 1758, vol. XXVIII , p. 436, avec sa réfutation, p. 482, 483, et vol. XXIX, p. 578, 379. ( Cf. The Cambro-Brilon , vol. III. London : printed by Piummer and Brcwis, 1822, in-8°, p. 27-33. i — Bullct , qui répète la première de ces anecdotes, s'en autorise pour affirmer que le basque est, de même que le breton et le gallois, un dialecte de la langue c«*tiquc. i Mémoires sur la langue celtique, t. I, p. 19, 27.i L'auteur de la Bibliolkecn Stolo-Ccltica, vie. i MIHXCXXXU. GlasRow : John

LESCIARA. 11

L'opinion qui rattache l'escuara aux langues de l'ancienne Ibéric a généralement prévalu ; mais d'autres systèmes se sont aussi fait jour. L'un d'eux , que l'on a cherché à ressusciter il y a quelques années, consiste à présenter le basque comme un dialecte tartare 1 ; mais, à ce qu'il parait, rien n'est moins fondé. Quinze ans avant Borrow, l'un des grands savants de ce temps-ci, autrement compétent que le missionnaire anglais, s' étant livre à une comparaison du basque avec les idiomes asiatiques , principalement avec ceux que l'on appelle sémitiques , n'avait point hésité à déclarer qu'il n'avait pas aperçu ces liens de parenté que Ton prétendait reconnaître entre le dialecte en question et la langue des Escualdunac *. Il faut donc aussi ranger parmi les rêveries tout ce que la Bastide * et l'abbé d'Iharce de Bidassouet4 ont écrit sur l'affinité de cet

Reid Ai Co, etc.,in-8°, p. xvt, «.'appuyant surLhuyd (Archerologia Britannica, etc. Oxford, MDCCVH, in- folio, préf. At y Kymrt/. Cf. p. 261») et sur le I). Murray ( llislory of tke European Language», etc. Edinburgh, 1823, in-8°, vol. I , p. t;*i, et M. J. B. Wrigbt, que M. cl Mrs. Hall X Irelaud, etc. London : MDCCCXLI-III , gr. in-8°, vol. Il, p. 448, not. *. Cf. p. 449} appellent « an accompli&hed Irish scbolar, » rangent aussi le basque dans la même famille que le breton, le gallique et l'irlandais, en dépit de ce «|ti'a écrit Vallancey (An Ettag ou tke Antiquité of the Ihsk Language, etc. Dublin : printed by and for S Powel , M, dcc , lxxii , in-8°, p. 61-63 ).

1 The Zincali , etc. London : John Murray, 1811 , petit in-8°, 1. 1, p. 300, en note.

* Mémoire» relatif» a l'Atie, etc., par M. J. Klaproth, 1. 1 1 Paris, M DCCC XXVI, in-8° ), p. 214-234. Cf. Journal Asiatique, 1824, et le Temps, n° du 11 juin 1831, article répété dans le Bulletin de» sciences historiques, etc., de M. le baron de Kérussae, t. XVIII , p. 338-343. — L'un des compatriotes et des contemporains de Klaproth, Cbr. Goitl. Arndt , dans son oavrage intitulé : l'eber den Vrsprung uni die rersekiedenartige Werwandtsckaft dtr Europàiscken Spracken , ele. ( Frankfurl am Nain, 1818, in-8°, p. 20», voulait prouver que le basque appartenait a la même famille que le finnois et le samolède, et que le celtique s'y rattachait par quelques-unes de ses racines. Rask i L'eber dos Aller nnd die Echtheit der Zend-Spracke, etc. Berlin, bei Dunckerund Humblot, 1826, petit in-8°, p. 69» a cherché également a ratlaeoer les Basques aux Finnois. De nos jours, M. Maury est revenu sur ces parentés, auxquelles il croit, du moins k la première. Après avoir fait remarquer qu'en basque la déclinaison s'effectue a l'aide de postpositions, comme dans les langues oogro-tartares, que la conjugaison rappelle également celle de ces langues, et que le verbe basque présente en même temps une extrême analogie avec celui des langues américaines, il conclut ainsi : • La langue euskarienne apparaît donc comme un chaînon qui lie ta langue américaine a la famtfle ougro-lartare , et ce qui le confirme, c'est que des particularités toutes spéciales sont communes au basque et a quelques-uns des idiomes qui se parlent depuis le nord de la Suède jusqu'à l'extrémité du Kamtchatka , depuis la Hongrie jusqu'au Japon. » ( La Terre et l'Homme, etc., p. 460.)

» Dissertation sur le» Basque». (A Paris, de l'Imprimerie de Valleyrc laine, 1786, m-8°>, art. VI, p. 387-430.

1 Histoire des Cantabres , ou de* premiers colons de toute l'Europe, etc., t. I ( le seul paru ». Paris, cnex Jules Didot aîné, 1823, in-8u. De la page 242 a la page 409, l'auteur cberrke a démontrer la supériorité de l'idiome auatiqu/ basque sur toutes les langues

idiome avec l'hébreu et le phénicien, et renoncer a l'espoir qu'avait Leibnitz de retrouver le berceau de la langue basque en Afrique », par où M. EichholVfait venir de l'ouest de l'Asie, de la région des langues chaldéeimes , les ancêtres des Cantabres »; espoir aussi peu fondé , ce me semble , que l'affinité signalée entre l'eseuara et le grec, par Guillaume de Humboldt ».

Nonobstant ce qui précède, je veux, avec l'abbé Darrigol *, faire remarquer ce fait , très-facile à prouver, qu'il est bien peu de langues, s'il en existe toutefois, dont le vocabulaire se ressente au même point des traditions bibliques. Il n'est, en effet, nullement nécessaire de torturer les radicaux basques pour y découvrir les traces de la création, du déluge, du Messie promis, etc. Voyons plutôt. En escuara, uste, la semaine, signitie, dans son sens propre, commencement , et chacun des jours ramène à ce

anciennes et modernes ; pen s'en faut qu'il n'affirme que Dieu parlait basque dans le paradis terrestre : € Je ne sais pas, dit-il, p. ÎU, si la langue du Père étemel... était esenara, basque; je ne serai pas assez bardi pour soutenir que le Père éternel parlât basque; mais ec qu'il y a de certain, c'est que le nom de l'arche, en basque arkk, arkka, arche, et celui de l'espèce de bois dont l'arche ou arkha devait être construite, sont des mots basques, escuarac. » Le digne abbé termine de cette manière : • Que l'on convienne donc cnOn qu'il n'y a aucune langue dans tout l'univers qui approche plus de la langue que le Père éternel a inspirée a Adam , » etc.

* « S'il y a voit beaucoup de mots basques dans le cop htc , cela conflrmeroit... que l'ancien espagnol et aquilanique pouvoil être venu d'Afrique, • etc. Lettre XXI a M. Mathurin Vcyssicrc la Croie. (Gotkofredi Guillelmi Leifmitii... Opéra omuia, etc., stud. Ludovic! Data». Ccncvjc , apud Fratre* de Tournes, MDCCLXVlll, in-4°, t. V, p. im.) Cf. Collect. etym.,,n°XI. ilbid., lomi VI pars II, p. 21!).) — La langue berbère offrant, comme le basque, le phénomène d'un isolement complci , ces traits de ressemblance auraient pu faire supposer quelque parenté entre les Berberscl les Basques ; mais la comparaison des langues de ces deux peuples a démontré justement le contraire , puisqu'on ne trouve aucune analogie entre elles, ni sous le rapport des mots, ni sous celui des formes grammaticales, qui, pour la conjugaison, rappelle d'une manière frappante les langues de l'Amérique septentrionale. Voyez l'article de Klaproth sur la dissertation de l'abbé Darrigol, dans le Bullet. des se. kist. de Férussac, t. XVII, p. 340, 341.

* Parallèle des langues de l'Europe et de Vlnde, etc. Paris, Imprimerie royale, M DCCC XXXVI, in-4°, introd., p. 13, 14.

» Dans nne lettre en date du «décembre 1801 , ce savant écrivait aWolf : «Je découvre sans cesse de plus en plus du grec dans le basque. > < Wilkelm von Ifumboldl'i gesammelte Werke. Berlin, gedrurkt und verlegt bei G. Reimer, 1841-40, in-8°, t.V, p. 440, lett. Util.) — Plusieurs auteurs ont prétendu que les côtes du golfe de Biscaye avalent été peuplées pur les Grecs ; mais les faits manquent à l'appui de cette opinion, et, comme dit le proverbe basque, ustea, ezyakilea, opinion n'est pas science. Voyez, sur ce point, la discussion du P. Gabriel de llenao, liv. IM, rhap. LVII cl LVIII de ses Areriguactones de lasuuliguedades de Cantabria, p. 336-340.

' Dissertation critique et apologétique sur la langue basque, par un ecclésiastique du flioc(-<e de Bayonne. Bayonne, d- 1' imprimerie de Bubar» -F;iuvet , >,m> date, iu-8°, |». 3T. . 30.

i/escua RA . 13

sons: lundi, asle-lehene (premier du commencement); mardi, aste-artia (milieu du commencement); mercredi, aste-azhena (dernier du commencement ) ; jeudi, orz'eguna (orzu, voilà; eguna, le jour, mot qui lui-même peut se décomposer en egi, eki, soleil, et duna, désinence indiquant possession); enfin, samedi, en souletin, nazken ou azken-eguna (dernier jour). L'année, en basque, se dit urthe, qui signifie inondation, époque périodique correspondant à une inondation, au déluge, point de départ de l'ère post-diluvienne.

Le lils aîné de Noé s'appelait Sein : en basque, semé veut dire fils. Sœur, se dit ereba : décomposez, vous aurez ar-eba, l'Eve du mâle , eba étant le radical de couper, ôler, enlever. Jaincoa , ordinairement interprété le Seigneur d'en haut, le bon maître d'en haut, présente, aussi bien que jainco, jinco, jingo, vrai futur indéterminé du verbe venir, que l'on pourrait rendre par celui (jui doit venir, l'attendu. Et ainsi de plusieurs mots.

De pareils résultats sont sans doute bien singuliers ; mais faut-il pour cela les repousser ? Non , car ils sont autorisés par la langue iKisque, et la critique moderne n'a point aboli le droit d'interprétation des langues par racines. Alors d'où vient cette signification de ces vocables euseariens? Qui pourrait l'expliquer? Beaucoup l'ont tenté Dernièrement l'un de nos collègues, renouvelant, après bien d'autres, le système d'Esteban de Garibay, plaçait l'origine des Basques au berceau même des peuples, en Asie *, où pullulent , dit-il, les appellations anciennes parfaitement en har-

1 Je ne citerai ici que la publication de D. Thomas de Sorreguieta, dont la première partie est intitulée : Sentana hispano-bascongada, la itntca de la Evropa, y la mas antigua del orbe, etc. En Pamplona : por la viuda é biju de Longas, afio dcMDCCClV, in-4° esp. La seconde partie, an-dessus d<" la même date, porte ce titre : Monumenlos del basemence, ù protecucion de los précédentes del aslea, eguna, il là, urteà y demas.

* Par exemple, ces écrivains voient dans le nom é'Aralar, qui est celui d'une montagne élevée située entre la Navarre et le Gaipuzeoa , un souvenir des montagnes de l'Arménie, comme dans le nom de i'Araxes, rivière voisine qui coule dans la vallée de Larraun, une réminiscence d'un fleuve bien connu ; ils cherchent encore à identifier le nom de Gorbea ou Corbeya, par lequel on désigne une autre montagne qui sépare la province d'Alava de la Biscaye, avec celui (Tune chaîne de la même contrée d'Asie; mais d'abord, ainsi que le P. Gabriel de Ilenao prend soin de le faire observer ( Averiguacionet de las anliguedade» de Cntabria, liv. 1", ebap. l,p. il,not. 20 1, le nom de la chaîne est différent ; d'ailleurs, comme le remarque avec raison l'académicien Traggia { Diccionario geogrûfieo-kislàrico

monie avec Kescuara*; mais M. Adolphe Pictct *, qui, à la suite de Sûsmilch s et de James Cowles Prichard 4, a établi les premiers Celtes dans cette partie du monde , ne veut point y souffrir les premiers Basques, que Ton a essayé de faire figurer à côté d'eux ». 11 a rudement entrepris le professeur de Bordeaux, qui, dans cett-e circonstance, a perdu plus de terrain que de partisans au sein des Basses-Pyrénées. Là ont été admises les mêmes preuves et les mêmes données, appuyées des données négatives fournies par les vaines combinaisons qui ont été hasardées pour faire voir dans le basque un dérivé de l'hébreu et de la langue punique , et Ton ne croit point commettre une énormité en se déclarant convaincu que Teseuara est une de ces langues primitives tombées du ciel au pied de la fameuse tour de Babel pour disperser le genre humain par la confusion du langage, et pour le grouper par familles ou tribus destinées à occuper et à peupler telle ou telle partie du monde. Les Basques, comme on voit, ont abandonné le système de l'abbé d'Iharce de Bidassouet, qui insinue, avec timidité toutefois, que Dieu et nos premiers pareuts auraient bien pu parler leur langue dans le paradis terrestre ; mais plus que jamais ils la représentent comme une langue primitive. A leur sens, Tcseuara, qui n'a guère eu de littérature ni reçu de perfectionnements, serait une vieille relique , un antique spécimen de ces

de Espaia, section 1, t. I, p. 419, col. 2<, les prétentions fondées sarde pareils rapprochements sont plus inuènicuses que solide.

« Histoire tir* Bossues ou Escnoldunoi* primitifs, restaurée d'apte* la langue, les caractères ethnologiques ri les mœurs des ftaxtjue* minci», \or A. Baudriniont (Paris, rhex Benjamin huprat, 1K51, in-S" . ouvrage publié d'abord dans le Recueil d» s Actes de l'Académie des Sciences, Relles-b'iires et Arts de Bordeaux [ quinzième année, 1853, 2* et 3* trimestres, p. 251-1*» et 573-H7G . - L'article de M. Piclet , auquel nous faisons allusion, a paru dans la Bibliothèque universelle de Génère , août 18.4. 1. XXVI de la 4* série, n° 104, p. 478-490.

*• De V Affinité de* langues celtique* arec le sanscrit. Paris, Benjamin Doprai, M DCCC XXXVII, *r. in-8°.

» Histoire de t Académie... de Berlin, année MDCCXLV, p. 188-203.

4 The Easlern Origin of the Geltic Salions proved by a Comparison of their Dialects with the Sanskrit, Greek, Latin, and Teutonic Languagcs. Oxford : printed by S. Collingwood, MDOXXXXI, in-80.- Cf. Bopp, Veber die Ccltischen Sprachen vont Gesichtspunkte der vcrgleichcndcn Sprackforschung, etc. i Abhandlungen der Bcrliuer Akademie aus dem Jahre 1838. Berlin, 1839, in-4°, pbilologitth-liistorische Abtbeilung, p. 187-272.)

' Ultre a M. Xavier Raymond sur les analogies qui existent entre la langue basque et le sanscrit, par J. Augustin Cbaho. Paris, Aribus Bertrand, 183»;, in-8° de 39 pages.

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