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PASSÉ

Ethortzen nintzen, je venais.

— hintzen , tu venais.

— zinen , vous veniez.

zen, il venait.

— ginen, nous venions.

— zineten , vous veniez.

— ziren, ils venaient.

Ethorri nintzen, jetais venu.

Ethorrico 1 nintzen , je serais venu , etc.

Mais quelle anomalie à l'cscuara de n'admettre copule du verbe qu'au présent et au passé ! A mon sens , il faudrait plutôt féliciter cette langue de constater ainsi clairement que le présent et le passé seuls appartiennent à l'homme par la réalité ou par le souvenir. L'avenir est à Dieu seul ; l'homme ne peut affirmer pour l'avenir que projet, inclination, probabilité, tendance à : telle est en effet l'unique certitude possible du futur par rapport à celui qui parle. Le verl>c n'affirme donc que du présent et du passé ; la désinence de l'attribut localise le temps de l'existence ou de l'action dans ce présent ou dans ce passé du sujet, par rapport au passé, au présent et à l'avenir de l'objet.

Il en est de même pour dut : mai te, mattatu, maïtatuco dut, duc, du, etc. (j'aime, j'ai aimé, j'aimerai, etc. ).

Mais nous n'avons encore qu'effleuré le mécanisme de l'cscuara et les ressources qu'il offre dans sa simplicité. Affirmer une influence, une action la plus générale possible d'un sujet sur un autre : telle est la valeur première , la fonction du verbe actif basque. Renfermer en soi les pronoms tant singuliers que pluriels des trois personnes, épuiser avec tout le laconisme imaginable

' Elkortxeu est le positif etkorlieon ( dao* le retour), ethorri signifie »a ou après le retour, ethorrico pour, ver*, disposé pour le retour.

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les combinaisons mathématiquement possibles des six pronoms personnels, en les présentant deux à deux, trois à trois, etc., exprimer avec une facilité qui étonne, une variété qui enchante, une rapidité que rien n'égale , toutes les attitudes ou situations respectives de ces pronoms employés comme compléments, directs ou indirects : tels sont le mécanisme intéressant et la richesse de ce verbe incomparable. En voici quelques exemples :

Nitzaiik, je te suis ( te masc).

Nitzaiin, — ( te fémin.).

Nitzauzu, je vous suis ( vous sing.).

Nitzauzue, — { vous plur.).

Nitzaeo, je lui suis.

Nitzacole, je leur suis.

Gitzaiik, nous te sommes ( te masc.).

Gitzaiin , — {te fômiu.).

Gitzauzu , nous vous sommes ( vous sing.). Gitzauzue, — { vous plur.).

Gitzaio , nous lui sommes.

Gitzaiole , nous leur sommes.

Zilzaut, vous m'êtes (tous respectueux singulier).

Zilzauzu, vous nous êtes.

Zitzaco, vous lui êtes.

Zitzacote, vous leur êtes.

Zitzautet, vous m'êtes ( vous plur.).

Zitzautegu, vous nous êtes.

Zitzaicote, vous lui êtes.

Zitzaizcote, vous leur êtes.

Zaiit , il m'est.

Zaucu , il nous est.

Zauc, il t'est ( te masc).

Zaun, — (teTémin.).

Zautzu, il vous est ( vous sing.).

Zautzue, — ( vous plur.).

Zaco, il lui est.

Zacote, il leur est.

Zait, ils me sont.

Zaicu, ils nous sont.

Zaic, ils te sont ( te masc).

Zain, — (tefômin.!.

l'escuara.

Zaitzu, Zaitzue, Zaizco ,

ils vous sont

ils lui sont.

( vous sing.).

( vous plur.).

Zaizcote, ils leur sont.

Othoiztu hut (je t'ai prié), o. dugu (nous l'avons prié), o. ditugu (nous les avons priés), o. dituzte (ils les ont priés), o. nuk (tu m'as prié), etc., othoitz ezak (prie-le, toi), eman daiat (je te /'ai donné), eman dacot (je le lui ai donné), dacoat (Je le lui ai donné). De même, plus de trois cent soixante autres combinaisons régulières semblables, sans même compter les quelques verbes irréguliers, qui sont cependant en petit nombre, et irréguliers seulement par quelques nuances.

Syntaxe d'accord et de dépendance. — L'adjectif et le substantif ne peuvent s'accorder en genre , le basque n'en avant pas ; quant au nombre et au cas, un seul de ces mots les marque pour tous les deux. Exemple : Emazteak izikor dire, les femmes sont pusillanimes fizikor pouf izikorrak) ; badire gizon prestuak, il y a des hommes sages (gizon au lieu de gizonak prestuak ). Il n'en est pas autrement pour les cas; exemple : bortz ehun gizoneki, avec cinq cents hommes (au lieu de ehuneki gizoneki).

I » Dans le basque , la seconde personne singulière des verbes prend le genre de la personne à qui l'on parle ; ainsi : nahi due, tu veux (tu masc); nahi dun (tu fémin.).

2° Le verbe de la première classe prend un nominatif pour sujet ; exemple : Jaincoa aide eta gaùza guzietan da ( Dieu est partout et en toutes choses). Autrement on dit : Jainkoak egin zuen g i zona (Dieu fit l'homme), en employant Jainkoak ou l'accusatif.

3a Le verbe s'accorde en nombre avec l'attribut : Jainkoak egin zituen zerua eta luira (Dieu fit le ciel et la terre). Or, zituen est à la fois singulier, comme se rapportant au sujet singulier Dieu, et pluriel , en tant que suivi de deux attributs singuliers qui valent un pluriel. La phrase signifie donc mot à mot : Dieu lï les fit le ciel et la terre ; le z suffit pour rappeler un sujet singulier, tu pour marquer l'attribut pluriel zuen, zutuen, zituen, tu intercalé, comme on le voit.

II est inutile de dire que le verbe qui ainsi unit en soi intrin-

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sèquement sujet et attribut est le véritable nœud, le véritable conjonctif. Dans les autres langues, le sujet seul est rappelé par le nombre du verbe.

La syntaxe de dépendance se réduit à dire que les mots basques ne sont soumis à aucune dépendance grammaticale et arbitraire par rapport aux autres mots, noms ou verbes. Dans l'escuara, chaque mot ne dépend absolument que de la seule pensée de celui qui parle. Il en résulte que le moindre enfant en état de comprendre ses propres pensées, les rendra facilement en basque sans commettre de solécisme. En effet, toute cette partie de syntaxe se réduit a l'usage bien entendu de la déclinaison, assez riche en cas pour qu'aucun ne soit sujet à double emploi et puisse par conséquent donner lieu à l'équivoque ou à l'erreur. Le tout consiste donc à bien apprendre le sens des mots et les nuances distinctes que leur donnent les cas. Quand on y sera arrivé, on ne sera pas loin de savoir le basque , c'est-à-dire l'une des langues les plus curieuses et les moins connues qui soient au monde. Charles -Quint, qui en connaissait tant », était parvenu à l'apprendre, s'il faut en croire le Dr Isasti », qui attribue aux rapports de l'empereur avec son confesseur Fr. Diego de S. Pedro é Ibarra, avec son médecin de chambre D. Esteban Zavala, avec le secrétaire d'Etat D. Alonso Idiaquez, et d'autres Basques », ce résultat si glorieux pour leur langue.

1 m Entre loutesles autres langues, Il enlendoit la francoise tenir plus de majesté qoe tout autre... Et se plaisoit de la parler, bien qu'il en eust plusieurs autres familières, • etc. Brantôme, Vit* des grands capitaine* estrongers et françois, parmi ses Œuvres complètes, édit. du Panthéon littéraire, t. I , p. 13, col. 1

» Voyez le Diee. geogr.-kUt. de Espato, sect. I, t. II, p. 451 , col. î, art. Villabona.

* On raconte qu'un jour, ayant rencontré un muletier navarrais, Charles-Quint lui demanda d'où il venait : « Mandazaia, nondic zataz ? » Celui-ci lui répondit : « De la Navarre. ( Nafarroatic.)—* iïafarroan gari aseo ? ( Y a-t-il beaucoup de froment en Navarre? ) • Bai, gauna, asco. (Oui, sire, beaucoup. I » L'empereur termina la conversation parées mots : « Nafarroan gari aseo; batere, balere et neretaco. { En Navarre , beaucoup de froment ; mais point , point pour moi. ) • — Ces deux vers , dans lesquels il est question de la danse des épées en usage dans le Gulpuzcoa , semblent être une satire de ce grand nombre de Basques qui entouraient Charles-Quint :

Carlos quintoren baratzan Aquerrac espata dantzan.

i Dicc. geogr.-hlst. de EspaJta, sect. I, t. I, p. 387, col. 1. )

H serait fort superflu, j'imagine, d'entrer ici dans de longs détails sur l'importance des proverbes au point de vue de la civilisation, des usages, du génie d'un peuple ; à cet égard, nous ne pourrions exprimer une pensée plus juste que celle qu'a tracée la plume d'un académicien qu'un Basque déclare le plus instruit, le plus élégant, le plus riche de notre siècle 1 : « C'est dans les idiotismcs populaires, expression intime de l'esprit d'une nation, dit Ch. Nodier, qu'il faut chercher les tours propres de son langage. Originalité d'images, hardiesse de figures, étrangeté d'inversions, exemples singuliers d'ellipse et de néologisme, recherche piquante d'euphonie , tout y frappe l'attention du grammairien philosophe. »

Les qualités que l'ingénieux auteur des Notions de linguistique reconnaissait aux idiotismes populaires et qui leur sont communes avec les proverbes, ces autres créations du peuple, ne se présentent nulle part aussi nettement que dans l'idiome basque. Les adages des Escualdunac sont d'un laconisme frappant et presque toujours d'une sagesse profonde; point de mots oiseux, point de vague dans la pensée; l'image se détache avec une netteté parfaite, et la leçon se grave dans la mémoire en traits ineffaçables.

11 est heureux qu'il se soit trouvé un écrivain qui ait pris la peine de les recueillir. Le savant historien Oihenart publia à l'aris, en 1657, un volume où il rassembla 537 proverbes basques,

1 Vop9< en Hatûtre, etc. , ebap. X , p. 385 , 386.

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en y joignant une traduction française. Ce livre est devenu si rare qu'on n'en connaît, à ce qu'il parait, que deux exemplaires, l'un à la Bibliothèque impériale à Paris , l'autre dans les mains d'un bibliophile de Bayonne. Une réimpression de ce recueil précieux a été mise au jour par nos soins en 1847.

Oihenart forma aussi un supplément renfermant 706 proverbes nouveaux. Il paraît qu'il n'existe qu'un seul exemplaire de cet appendice; on le conserve à la Bibliothèque impériale.

Une trentaine d'années avant Oihenart, un personnage, fort peu connu d'ailleurs , et qui parait avoir successivement habité Toulouse, Bayonne et Bordeaux, un maître de langues nommé Voltoire, compila un guide de la conversation en trois langues, et il y intercala quelques proverbes qu'il convient d'ajouter à la collection bien plus importante que nous devons à l'auteur du Notilia utriusqve Vasconiœ. Les adages que renferme le travail de Voltoire ont été retirés de toutes les phrases inutiles au milieu desquelles ils étaient enfouis, et remis au jour dans un opuscule de 14 pages tiré à un petit nombre d'exemplaires, et publié par M. G. B. (Gustave Brunet) ».

Nous citerons encore, sans pouvoir faire autre chose, les sentences et maximes basques, par M. Ernest de Garay, volume publié en 185*2 en Belgique, après avoir paru par fragments, à Paris, dans le Journal des Artistes, et, en Hollande, dans le journal de Maestricht.

De l'autre côté des Pyrénées , Esteban de Garibay s'était occupé de former une collection pareille à celle d'Oiheuart. Dans un endroit de ses Mémoires , il rapporte avoir envoyé deux cahiers de proverbes basques à D. Juan de Idiaqucz, du conseil d'État de S. M. Catholique. Le dernier, arrivé à Valladolid en l'année 1592, contenait une traduction interlinéaire mot pour mot , et une explication au-dessous >. Comme le conjecture D. Pascual de Gayangos », ce recueil doit être le même que celui qui est conservé

1 Ancien* Proverbes basques et gascons recueillis par Voltoire, Paris, Tecbener, 1845, in 8°. Les proverbes basques, au nombre de cent, ont été réimprimés a la suite de notre édition d'Oihcnarl, p. 266-274.

* Mémorial kistorico, etc., t. VII, liv. VI, tit. XI, p. 546.

• Ibid., p. 629.

dans un manuscrit de la Bibliothèque nationale de Madrid f, manuscrit que nous avons vainement cherché pour le comparer à une collection semblable qui figure à la suite de notre édition des Proverbes basques recueillis par Arnauld Oihenart ».

Dans T impossibilité de citer toutes les sentences où se révèle , sous une forme presque toujours piquante et heureuse, la sagesse de la race escualduna, nous prendrons, comme au hasard, quelques-uns de ses dictons.

Au temps où ses enfants faisaient cuire leur pain sous la cendre, l'un d'eux avait signalé ainsi , bien avant la Rochefoucauld , la prépondérance de l'intérêt personnel dans toutes les affaires de ce monde :

Norc vere opilari ycaça.

( Chacun approche le charbon de son pain a.)

Les Basques avaient déjà pu reconnaître que le faible n'a guère de chance à lutter contre le fort, et que les grandes fortunes absorbent de modestes ressources isolées. C'est ce qu'ils exprimaient en disant :

Arrain handiac iatentu fipiac. ( Le gros poisson mange le petit.)

Hélas! il en a toujours été de même en tout temps et en tout lieu, et bien loin des Pyrénées, le Grec dit :

( Au voleur, comme au puissant, il faut tribut 4.)

Paie, paie, manant; il ne t'est pas défendu d'espérer plus tard quelque aumône :

Ancho limosnari , Urde ebatsiaren oinac demaza beharrari.

t Ancho est un grand faiseur d'aumônes; il donne au pauvre les pieds du pourceau qu'il a dérobé.)

• D. Pascual l'a puMié, avee un travail de D. José de Aiiquivel, daas le volume d-dessus, p. 631 660.

« Voyei p. 255-ÎGG.

• On, comme dit le Castillan, « Cada cual arrima el ascua a su sardina. > ( Chacun approche la braise de sa sardine.)

• Proverbe elle par M. de Marcellos, C*««/« du peuple en Grèce, t. II, p. 253.

33 LE PATS BASQUE .

Qui sait ? peut-être se bornera-t-on à lui donner cette consolation économique :

A sco vadoc, asco beareodoc.

1 Si tu as beaucoup, tu auras d'autant plus de besoins.)

Une fois le voleur en possession de ce qu'il convoitait, il fait de Tordre pour jouir paisiblement du fruit de ses rapines :

Xasco epaslea , aurtengoen urcasalea.

( Le larron de l'année passée est celui qui fait pendre ceux do la présente année.)

Ohoin bandiac urka erasten ditu xipiac.

( Le grand larron fait pendre les petits.)

Encore ici nous avons un de ces proverbes qui ont cours partout. Ecoutons Guillaume de Lorris :

Tex juge fait le larron pendre , Qui micx déust estre pendus, Se jugeniens li fust rendus Des rapines et des tors fais Qu'il a par son pooir forfais.

[Le Roman Je la Rose, édit. île Méon, t. II, * p. 74, v. 5608.)

Je lis dans Pun de nos anciens mystères :

Les grans larrons font aux petilz La peine qu'ils doivent avoir

Le Basque dit aussi :

Ikus nesan orraz-ohoina asotaturic, Urre molsoarena alcateturic.

[ Je vis celui qui avait dérobé les épingles fustigé, et celui qui avait volé le trésor, devenu alcade. )

Aux larrons se rapporte encore ce proverbe , qui n'est pas moins fondé que les autres :

Pascos urcaguei duenac, Uarisumaren laburres dilu penac.

(Celui qui doit être pendu à Piques, trouve le carême bien court.)

1 La Vie de Minet Ckristofle élégamment comporte en rime françoite et par personnages par maistre Cbcvalct... nouvellement imprimée (a Grenoble... l'an 1530), ln-4°, slgn. 00 iill recto, col. 1

Au reste, le carême et la potence sont faits pour les misérables : Garisuma eta urkabea , asturugaizenzat.

Voici quelques autres proverbes que ne désavouerait certes pas l'homme du monde qui, eu ce genre, savait le plus et le mieux de choses, T immortel Sancho Pança :

Gueroa alderdi.

( L'avenir est perclus de la moitié de ses membres ». )

Hobe da sahi hutsa , Ksi es abo hutsa.

(11 vaut mieux manger du pain de son, que de n'en pas manger du tout.)

Insaur duenac iateco, Aurkit diro harri hausteco.

(Celui qui a des noix à manger, trouvera assez de pierres pour les casser. )

Nesca harzen ari dena saldu doa, Galdazen ari dena da galdua.

(J'ai commandé au chien de faire cela, et le chien l'a commandé à sa queue.)

Ogui pulua, bekanqui, da iracas xahua.

( Rarement un monceau de froment est exempt d'ivraie.)

Otsoa lagun duanean, Albaihu hora saihetsean.

(Quand tu auras le loup en ta compagnie, aie le chien à ton côté.)

Ehun saldic ehun saltoqui behar.

( A cent chevaux il faut cent selles.)

H faut aussi, pour achever une entreprise, une somme de temps proportionnée a son importance :

Erroma ecen horen bâtez acabatu.

( Rome ne fut pas faite en une heure. )

On peut appliquer le proverbe lui-même au trésor de la sagesse cuscarienne et remonter jusqu'au vers de Virgile : Tantœ molis erat Romanam condere gentem; mais si l'on doute de la parenté et que Ton s'effraie de l'âge, on peut s'en tenir à un vers de la

' Les Bagnes disent encore :

Gnlea ostea gnztia nstel.

( Les espérances des hommes sont toutes pourries. )

34 LE PATS BASQUE.

Chronique de Navarre, de Guillaume Anelier, de Toulouse, qui prouve la popularité de notre adage dans les Pyrénées à la fin du XIIIe siècle. Eustache de Beaumarchais rendant réponse à des bourgeois de Pampelune, le cite à leur envoyé :

Digas les qu'en .i. jorn Paris non fo obrat *. (Dites-leur qu'en un jour Paris ne fut pas fait. )

Les Basques savent qu'une bonne occasion perdue ne se retrouve pas :

Arstoa emoïc arbuia sesanac, guero erossi behar uken suen. I Celui qui refusa l'âne en don , fut obligé après de l'acheter. )

Attachés à leurs montagnes chéries, ce qu'ils expriment en disant que la vache de Gorbeya désire toujours Gorbeya *, ils ont consigné dans plusieurs de leurs proverbes la répugnance que leur inspire l'étranger :

Azerri, otserri.

( Pays d'étranger, pays de loup. )

Azeac escua laz.

( L'étranger a la main rude. )

Ils savent, cependaut, que le séjour des champs n'est bon que

pour les gens en santé, témoin le proverbe

Urtun hiriti , Urrun offagarriti ,

qu'Oihcnart rend par Loin de la ville, loin de la santé, mais qui n'eût rien perdu à être représenté par notre vieux dicton : Loing de cité, loing de santé *.

Mais à quoi bon les secours de la médecine? L'homme des champs n'aura jamais besoin d'y recourir, tant qu'il se conformera à cette maxime :

lias nesac egunco araguias, azoeo oguias, eta xasco arnoas, eta axeterrac bihoas.

(Nourris-toi de la viande d'aujourd'hui, du pain d'hier et du vin de l'année passée, et je dirai adieu aux médecins. )

• Histoire de ta guerre de Havane, etc., p. Ii4, t. im.

• Ancien proverbe cité par Esleban de Garibay.

• Gabriel Menrier, Thretor de sentence* dorées, etc. A Rouen, cbez Nicolas Lescuyer, M. D. LXXV1II. , petit in-lî, p. 106.

Au flux du ventre surtout l'eau est malsaine :

Sabeldurac gaiz ditu urac.

Veux-tu avoir les yeux sains ? lie tes doigts :

Sendonahi dituca beguiac ?

lot izac eure crhiac.

On retrouve chez les Basques d'autres adages pour ainsi dire cosmopolites, mais s'exprimant avec une remarquable concision :

Harri erabilic Estu bilzen oroldiric.

(Tne pierre souvent remuée n'engendre point de mousse.)

Halaco tupati, halaco arooric. (De tel tonneau tel vin.)

Itsutu behar duenac beguiti.

(Il vaut mieux être borgne qu'aveugle.)

Ogui gogorrari haguin sorroza.

( A pain dur des dents aiguës. )

Belheguis sorroa Lehertu doa.

(Par trop remplir le sac vient à crever. )

Mendiac mendiac vear ez; baya guiconac guiçona bay. (La montagne n'est pas nécessaire à la montagne; mais l'homme l'est à l'homme «. )

Il était entendu en affaires celui d'entre les vieux Escualdunac qui imagina ce dicton, dont l'expérience ne manquera pas de consacrer la sagesse :

Begui-bates aski du saltunac, Ehun estitu sobera erostunac.

(Un œil suffit au vendeur; mais l'acheteur n'en a pas trop de cent.)

Une autre maxime recommande de ne pas se laisser tenter par le bon marché :

Erroango oiala, merquedala, gora da.

(Le drap de Rouen, étant bon marché, est cher. )

* Déjà m XVl# siècle, nous avions an proverbe ainsi conçu :

Deux hommes se rencontrent bien , Mais jamais deux montagnes point.

Voyei le Livre des Proverbes fronçais, par le Roux de Liney, série n° S ; 1. 1 , p. 53.

36 LE PATS BASQUE.

Un malheur en amène d'ordinaire plusieurs autres à sa suite ; aussi les Escualdunac disent-ils volontiers :

Gaïza hunqui ator, Bacar bahator.

(Malheur, sois le bien venu, pourvu que tu sois seul.)

Suivant un autre de leurs proverbes , il faudrait redouter davantage la bonne fortune :

Dixa onac hari, nola baila bera itsu , Hari darraisconac itsuzen ditu.

( La bonne fortune, comme elle est aveugle elle-même, rend aveugles tous ceux qui la suivent. )

La fortune rend, de plus, ingrats ses favoris :

Salduna, eguic semea duke; Es aguke.

(Chevalier, fais ton fils duc, il ne te connaîtra plus.)

Il n'y a qu'une observation sagacc qui ait pu donner naissance à ces autres proverbes :

Naguia bethi lansu.

( Le paresseux fait toujours l'occupé. )

Ahalgue-gabcac bitu eper erreac ; Ser ahalgorrac? ogui mocorrac.

(L'effronté se fait traiter avec des perdrix rôties, au lieu que le honteux, ou le discret, n'a que les restes du pain.)

Ai ta bilsaleari , Seme barreiari.

(A un pére qui amasse du bien [succède ] un fils qui le dissipe.)

Arraina eta arroza, Heren egunac carazes, campera deragoza.

(Le poisson et l'hôlc deviennent puants passé trois jours, et il faut les jeter hors de la maison. )

Malheureusement on n'en peut faire autant des parents que donne le mariage, cette affaire dans laquelle l'un ou l'autre des conjoints est toujours trompé :

Baigorrin baxera lurres, Nie haraguei nuencan urres.

(A Baigorry la vaisselle est de terre; lorsqu'on parlait de m'y marier, elle était toute d'or.)

LBS PROVERBES BASQUES. 37

Est-ce à dire qu'il faille, dans le choix d'une femme, se laisser guider par l'intérêt? Bien au contraire :

Emastea harzen duenac escontsari hutsagati , Biharamuna da dolu-eguna, gaiz darraiconagati.

(Celui qui choisit sa femme par la seule considération de sa dot, s'en repent dès le lendemain, à cause du mal qui lui en revient.)

C'est, en effet, une bien laide chose que l'avarice; le Basque raconte ainsi un épisode de son histoire :

On-gosseac guiçon bat hilic ihes seguin Eliça-barnera, Eta esta gueros nantie atera.

(L'avarice ayant tué un homme, se réfugia dans l'Église, et elle n'en est pas sortie depuis.)

11 caractérise ainsi une espèce d'avares, chiches pour le liard, larges pour le ducat :

Suhur arditaren, erho dugataren.

La philosophie du peuple basque n'est pas toujours chagrine; elle montre quelquefois une insouciante gaieté, comme dans cette devise que le chevalier de Béla avait inscrite au-dessus de la porte de son château 1 et que M. Lherminier assure avoir lue sur une maison de la vallée de Baztan * :

Lehen hala , Oraï hola ; Guero, etchakin nola.

(Jadis comme ça, aujourd'hui comme ci, après je ne sais comme.)

Sceptique ou non, il faut féliciter la sagesse des Banques d'avoir consacré la maxime suivante :

Beti serbizari leiala eta prestua, Harzedun da, bad'ere pagatua.

(Toujours un serviteur fidèle et diligent est créancier, bien que payé de son salaire. )

Elle s'émancipe quelquefois au point de présenter des images erotiques, comme dans ce dicton :

' Voyage en fiatarre, etc., chap. VIII, p. 316.

1 Courrier de Bordeaux, n° da Î6 octobre 1839. i Extrait d'un rapport sur les provinces basque* , emprunté au Phare de Beyonne.)

Domingo, eguic emazte, azi lo, berac irazar iro. (Dominique, prends une femme , et après dors tant que tu voudras, car elle aura assez le soin de t'éveiller. )

On a bien raison de dire :

Esconfeguna, Aise isanaren biharamuna.

(Le jour où l'on se marie est le lendemain du bon temps. ) Oilarbat aski da oilo hamarbaten , Hamar guiçon es emaste baten.

(Un coq suffit à dix poules, mais dix hommes ne suffisent pas à une femme. )

Chez les Basques, comme chez tous les autres peuples, on rencontre des proverbes météorologiques basés sur une longue observation. C'est elle qui leur a appris qu'en mars le temps n'est jamais constant :

Eguzquia eta curia Uri eguraldia.

(Soleil et eau, temps de mars.)

Ils ont caractérisé ainsi la rigueur de l'atmosphère qui marque

ordinairement la fin de ce mois et le commencement d'avril, jours

que les Écossais appellent borrowiny days, comme si mars les

prétait à son successeur 1 :

Urriac bustanaz, Ceceilac bularaz.

(Mars avec la queue, avril avec la poitrine.)

Ils ont remarqué, avec les Anglais, les Ecossais- et les Allemands «, qu'avec le mois de mai pluvieux ou froid l'année était heureuse :

Otorde dabila maiaza su eske.

( Le mois de mai est en quête de feu , en troc de pain. )

Maiazeurite, Urte eguitc.

(Eau do mai, pain pour toute l'année.) Maiaza hoz , Urtea boz.

( Mai froid, Vannée gaie.)

• Pcpular Rkyme* ofScotland, etc. By Robwt Chambm. Edinborgh : 1847, posl 8°, p. 143, 144.

A l'état du ciel ils devinent sûrement le temps qu'il doit faire pendant la journée :

Gois gorriac dakarke uri , Arrats gorriac egur aldi.

( La matinée rouge est présage de pluie, la soirée rouge promet beau temps *. )

Goiserria denean gorriago esencs hori, Eure curitacoa estemala nehori.

(Quand l'orient est plus rouge que jaune, ne prête ton manteau de pluie ou ton capuchon à personne. )

Gois orsadar, arrats iturri.

{ L'arc-en-ciel du matin, présage de pluie pour le soir. )

Au contraire, comme dit Voltoirc, qui reproduit sans doute un ancien quatrain,

L'arq au ciel le soir

Faict beau temps apparoir* ; Mais ne croiez jamais en temps estoilé, Ny en brodier mal accoustré.

C'est ce que les Basques disent en ces termes : « Holça darraq ceruan arrateian dembora ouna iracustendu; baignan estecaçula seculan signez dembora issaratoary, ezeta brodât salié gaisquy bestituary. »

Sur l'autre versant des Pyrénées , des nuages rouges apparaissent-ils le matin du côté de la Navarre , les Guipuzcoans , qui y voient un signe de pluie, disent en basque et en castillau :

Gox gorri de Navarra, Rcmojar te ha la çamarra.

(Matinée rouge de Navarre remouillera ta pelisse.)

Au contraire, les nuages rouges sur le soir du côté de la Castille signifiant soleil , ils disent de même :

Arras gorri de Castilla Calentar te ha la costilla.

(Soirée rouge de Castille t'échauftera les côtes. )

' Là \Au$ ancienne trace de ce proverbe, qui a son correspondant en français, en anglais, en écossais et en allemand , se trouve dans l'évangile de S. Matthieu, ehap. XVI , vers. 1 1 De même, les Écossais disent :

A rainbow in tbe moruing is tbe sbepberd's warning ; A rainbow at nlgbt is tbe sbepberd's deligbt.

(Popular Rhymt* of Seotland , p. 153.) Sir Humpbry Davy explique très-bien le fait sur lequel ce proverbe est fondé. (Salmouia, or frwofFlrflêhing, etc. London : Smith, Elder and Co., 1840, in-8°, sixtb day, p. 124.)

40 LE PATS BASQUE.

En général, le jour de Saint- Laurent, ou il fait très-chaud, ou il tombe beaucoup de pluie ; aussi les Guipuzcoans disent-ils :

Jaune doue Laurenti, Escu batean euria, bestean ilinti.

(Seigneur saint Laurent, une main en pluie, l'autre en tison.)

A la fête de saint Simon et de saint Jude l'hiver approche , ce qui a donné lieu à ce dicton :

Sanct Simon eta Juda, Negua eldu da.

(Saint Simon et saint Jude, l'hiver est en vue )

Autrefois, à partir de cette époque, la navigation était interdite *, d'où le proverbe :

Sanct Simon eta Judaetan , Onciac ancoraetan.

(Par saint Simon et saint Jude, les navires à l'ancre.)

La mer a inspiré aux Basques un bien bel adage, cité par M. Ferdinand Denis, dans son intéressant article sur les proverbes * :

Othoizen estaquiena Jaincoari , Berraio itsasoari *.

(Celui qui ne sait pas prier Dieu, qu'il s'adonne à la mer, pour l'apprendre. )

Oihenart a encore recueilli deux autres dictons relatifs à la mer et à l'idée que s'en font ses compatriotes :

Itsassoac adarric es.

( La mer n'a point de branches, auxquelles on puisse se prendre quand on se noie. )

Itsasturuarcn emastea, goiscan senhardun, Arratsean elhargun.

( La femme du marin est bien souvent mariée le matin , et veuve le soir.)

' La môme défense existait en Écosse par acte do 2* parlement de Jacques III , ebap. XV. 1 Ce morceau, public d'abord dans la Revue de Paris, t. XLIU, 4e livraison, i reparu en tête du Livre des Proverbes français, par M. le Roux de Lincy. A Parb, chez Paulin, iUt, in-li. Voyez p. xij.

' Les Espagnols ont chez eux l'équivalent de ce proverbe :

Quien no sabe â Dios rogar, Que 8e pouga eu alta mar.

( Les Vi et coutume* de la mer, etc., par Cleirac. A Rouen, chez Jean Viret , M. DC. LXXL, in-4°, p. 23. )

Mundu hunec diduri itsassoa , Iguerica eslaquiena ondarrera doa.

( Le monde ressemble à la mer : on y voit s'y noyer ceux qui ne savent pas nager.)

Dans un aussi grand nombre de proverbes , on s'attend indubitablement à en rcucontrer de relatifs aux mœurs et coutumes du pays ; mais ceux-là sont en petit nombre, et Ton peut les rapporter tous. Chez les Basques, comme chez les Ecossais et les Irlandais, le jour d'un enterrement on sert un festin aux parents et aux amis du défunt *. De là le dicton :

Hila lupera, Visiac assera.

( Le mort à la fosse , les vivants à la saoulée.)

Ordinairement les maîtres et maîtresses de maison occupent la meilleure place du foyer, qui est celle de devant le feu ; les enfants et les serviteurs se tiennent au coin, et ceux-ci ont coutume de répéter les choses qu'ils entendent dire aux premiers. De là le dicton qui suit :

Ser dio sut ondocoac?

Snr baitio sut-aizinecoac.

( Que dit celui qui se tient au coin du foyer ? Ce que dit celui qui est assis au devant du feu.)

Le saut, comme on le verra plus loin, était un exercice fort en honneur chez les Basques. Pour dire que sous un habit modeste on peut rencontrer un noble cœur, ils ont cet adage :

lauscari ona Capaxar-duna.

(Sous une méchante cape se trouve souvent le bon sauteur •.)

' • Quand quelqu'un meurt , dit Oihenart de ses compatriotes, ils manifestent leur douleur par des lamentations; ce qui ne les empêche pas de joindre a la cérémonie des funérailles, des repas, ou, en de certains endroits, on est d'opinion qu'il ne faut point servir de viande rôtie. » {RoliUa utriutque Ya$cvnis , lib. III, cap. IV, p. 408.) Dans plusieurs cantons des montagnes du Roossillon, les parents et les amis do défunt se réunissent, après l'enterrement, à un repas, qui se fait ordinairement en maigre; s'il est en gras, on n'y doit servir ni volaille ni gibier. (Henry, Histoire de Roussillon, etc. Paris, Imprimerie royale, M. DCCC. XXXV., in-8°, 1" partie, p. icii.) Dès la 6n du XIV' siècle, les rois de Navarre essayèrent , mais inutilement , d'abolir on an moins de réprimer cbez eux un usage moins honorable pour les morts que ruineux pour les vivants. ( Diec. de anlig. del rtino de Nar«rr«, 1. 1, p. 382. art. E*tierro$.)

« Voyei nne variante de ce proverbe dans le Notitia ulriutqve raconte, p. 55.

c Parmi les laboureurs du Pays de Basques, dit Oihcnart, on paye en grain ceux qui travaillent à battre les blés. » Cet usage , qui existe en bien d'autres endroits, a donné naissance au proverbe :

Sariac sathitu-ondoan, Aguerico da serden hireric urpoan. (Après que les salaires auront été partagés, il paraîtra ce qu'il y aura du tien dans le tas de blé.)

Dans les recueils d'Oihenart et de Voltoire on ne rencontre aucun proverbe historique, aucun dicton relatif à des localités; il faut recourir à la collection de Garibay pour trouver quelque chose de ce genre. Des cinq articles qui rentrent daus cette catégorie , je ne citerai que le premier, qui concerne un fameux chef de bande du XIVe siècle, ce qui permet de faire remonter jusque là le dicton qui lui est consacré :

Edrigu de Villandran, Egun even, eta viar an.

( Rodrigo de Villandrando , aujourd'hui ici, demain là.)

Le capitaine dont l'activité a mérité un pareil éloge , n'était que digne d'être Basque; il avait reçu le jour en Cas tille, guerroya une bonne partie de sa vie en France , où sa renommée donna lieu à un proverbe moins honorable que celui qui vient d'être rapporte 1 ; il épousa, en 1433, Marguerite, bâtarde de Bourbon, et mourut septuagénaire dans les premières années du règne de Henri IV de Castille. En consacrant et en retenant un proverbe de deux lignes en l'honneur d'un des personnages les plus remarquables du XV° siècle , le paysan basque a plus fait pour la gloire de ce héros que les littérateurs ses contemporains , dont les éloges n'ont point empêché sa mémoire de périr.

* Le P. Bonaventure de Saint- Araablc, après avoir parlé du passage de Rodrigo de Yillandraado a Limoges, en 1436, ajoute ea propres termes : ■ Cet homme estoit si méchant et cruel 40e son nom est tonrné en proverbe dans la Gascogne ; et, pour signifier un homme brutal et cruel, ou l'appelle méchant Rodrigue. • Voyez, sur ce personnage, le précieux mémoire de M. J. Qoichcrat, dans la Bibliothèque de l'École den Chartes, 1. 1, *• série, Paris, M DCCC XLIV, p. 119-168, 197-Î38.

Ht PRÉSENTATIONS DRAMATIQUES.

ra»torale«, ou tragédies.

Le théâtre, compagnon obligé de la civilisation la plus avancée, n'existe pas seulement parmi les populations qui présentent ce caractère ; on le retrouve dans les pays qui out le mieux résisté à l'invasion des idées nouvelles, et gardé plus fidèlement le dépôt des vives croyances et d'une ardente religion , source des premiers mvstères.

Parcourez la Bretagne et l'Artois, la partie allemande du Tyrol et les Pyrénées, vous verrez encore représenter de ces drames pieux, dont le peuple seul fait les frais, et qui exercent une très-grande influence sur son esprit et sur son langage. De la Bretagne je n'ai rien à dire, si ce n'est que j'ai vu et possédé un volume imprimé à Morlaix, dans lequel le roman des quatre fils d'Aimon était dialogué en breton d'une façon tout à fait naïve 1 ; pour l'Artois, je renverrai à l'ouvrage d'un enfant du pays, qui signale l'usage d'y représenter des pièces sur des sujets saints * ; la comédie chez les paysans tyroliens a inspiré à M. Louis Énault un récit des plus intéressants, que tout le monde a pu lire dans le Moniteur universel M. Henry a consacré deux pages de son Histoire de Roussillon * aux mystères que l'on joue encore dans

1 Bu fi ar péiar mab Emon, due d'Or don, laqet eform un tlragedi, ha reixet en urz gant : L m. L E Montroulet, e ly Lédao, Impr.-libr, e iraon ru ar Vur, 1833, in-12, de i08 P**«-

1 Études nr le» Mystères, par M. Onésiroe le Roy. Paris, 1837, in-8°, p. 145 et passim. • S° du mercredi 19 octobre 1856.

» II* part., p. cii-cit. Voyei encore Statistique générale des diportemens pyrénéens, etc., par M. Alexandre du Mège. Paris, M. D. CCC. XXIX., iu-8°, 1. 11, p. 387, 388.

ce pays; enfin, MM. J. Duvoisin et J. Badé ont parlé du théâtre basque dans des périodiques de province 1 peu connus hors du lieu de leur naissance. D'un autre côté, un savant académicien , M. Jomard, a porté l'attention des érudits sur l'existence d'un théâtre populaire dans les Pyrénées, en rendant compte d'une représentation où M. Amaury Duval, ou plutôt M. Victor le Clerc, avait reconnu notre ancien roman de Fierabras mis en dialogue béarnais Je vais, à mon tour, rapporter ce que j'ai appris relativement aux pastorales basques, nom bien propre à conserver le souvenir de la condition des auteurs primitifs de ces compositions rustiques.

Les pièces que j'ai recueillies, au nombre de trente-quatre, sont empruntées, soit à la Bible, comme la pastorale de Moïse, celles d'Abraham et de Nabuchodonosor, soit à la légende, comme les pièces de saint Louis, de saint Pierre, de saint Jacques, de saint Roch, de saint Alexis, des trois Martyrs, de sainte Agnès, do sainte Catherine, de sainte Hélène, de sainte Engrace, de sainte Marguerite et de sainte Geneviève. La mythologie figure dans le répertoire du théâtre basque par la pièce de Batchus, et l'histoire ancienne par celles d'Astiage et du grand Alexandre. Les anciennes chansons de geste ont fourni, non le sujet de la pièce de Clovis, où, comme on le verra plus loin, la tradition historique est assez fidèlement observée s, mais les pastorales des douze pairs de France,

« Album pyrénéen, 2"* année. Pao, E. Vignancour, 1841, grand in-8°, p. 90-10* (Poésie dramatique de» Basques), et p. 207-215 (Comédie des Basques). — L'Observateur des Pyrénées, n° 746, 1843, mercredi 11 octobre; n° 747, vendredi 15 octobre; n° 718, dimanche 15 octobre ; n° 751 , dimanche 22 octobre ; n° 753, vendredi 27 octobre ; n° 754, dimanche 29 octobre. — Citons encore M. Cbabo, quia consacré deux pages et demie aux pastorales souletines , dans son Voyage en Navarre, ebap. IX , p. 537-339.

1 Voyez Histoire littéraire de la France, t. XVII! , p. 720. — La pièce représentée a Castels en présence de M. Jomard ne paraît pas avoir été jamais imprimée; mais il en est d'autres qui ont eu cet honneur. On peut citer, par exemple, une Pastourelle en quatre actes deu paysan qui cerque mestié à son hils, par Fondeville de Lcscar (Pau, 1767, in-12; réimprimée en 1827 ), et une noubelle pastourale bearneze, sur Joseph et ses frères, imprimée a Toulouse par Augustin Henault en 28 pages in-12.

1 On ne saurait mettre en doute l'existence d'anciennes traditions poétiques relatives à Clovis, après avoir lu les passages suivants :

Veritez est provéc, l'on truis en la leçon, Que cil qui tint de France premiers h région, Ot à non Clodols, que de fi le set on;

de Charlemagne , des quatre fils d'Aymon, de Godefroi, de Thibaut, de Richard duc de Normandie, et les annales ottomanes ont donné au théâtre basque Mustapha grand sultan. Il est plus difficile d'indiquer la source de Jean Caillabit et de la Princesse de Gamatie. Pour ce qui est de Jean de Paris et de Jean de

Pères fa Floovant , qui flst la mesprison De sa fille la belc.vqui AalU ot non.

(La Chanson des Saxons, coupl. ut, v. 3; 1. 1, p. 4. Un manuscrit porte Chéris au lien de ClodoU. )

Je sai de geste les chansons eommencier... Je sai assez don bon roi Cloevier, De Floetant et don vassal Ricbier.

( Roman d'Auberi le Bourguignon , M$. de la Blbl. imp. n° 7«7-5, fol. 74 recto, col. 1 , v. ».)

De Clodoven et de Pipi Comtava l'os tota l'estoria.

(Flamenca, manuscrit de la Bibliothèque de Careas-

sonne, folio xn verso.)

Da Costante discese Constantino , Poi Fiovo e il re Fiorello, el campione; E Fioravante, e gin sino a Pipino, Régal stirpe di Francia , c il re Carlone.

(Boiardo, Orlando innamorato.)

On n'a point encore retrouvé la vieille chanson de geste que font supposer les plus anciens de ces passages. Quant au dernier, il faut en chercher la source dans les Reali di Francia, dont le livre I et une partie du liv. Il sont consacrés aux faits et gestes de Costantino, de Costamo Flovo, son fils, et de Fioravante, fils de Fiorello, roi de France. Qui sait si nous n'aurions pas une autre traduction de r épopée française dan? une saga intitulée : Flovents Saga Frakka Konitngs, qui existe dans un manuscrit islandais de la Bibliothèque royale de Stockholm <n° 6, in-4°,sor parchemin, fin du XIV* siècle), où clic occupe les feuillets 70-85? La même saga, en vingt-sept chapitres, existe également dana le manuscrit islandais de la même bibliothèque, in-folio, sur papier, o° 47, manuscrit exécuté eu 1691. — La ressemblance du nom de Flootant ou Flocvent avec le nom de famille de Constantin, héros d'une légende perdue et citée, entre autres témoignages, dans Anberi le Bourgoing {Voy. Hist. lill. de la France, t. XVII, p. 325i, me porte a rattacher la saga de Floveot à celle dont je retrouve quatre exemplaires dans la même bibliothèque. Le premier, intitulé Adonius Saga ok Constanlinus, est an fragment acéphale de sept feuillets trois-quarts, conservé dans le manuscrit islandais in-folio n° 7, qui est sur parchemin et probablement du XV siècle. Le second, en quatre-vingt-six chapitres, existe dans le manuscrit islandais in-folio n° 48, qui est sur papier et de 1690. Le troisième, simplement intitulé Adonius Saga, fait partie du manuscrit n° 6 < in-4°, papier, XVII* siècle) ; le quatrième enfin est conservé dans le manuscrit n° 19, de 1667, in -4°, sur papier.

Un troubadour, Giraud de Calanson, se vante de savoir chanter

Del rey F la vis, Sel de Paris, Cnm lo sau pro *ls vaqulers nolrlr.

( Fadel joglar, cité par Diez, Die Poésie der troubadours. Zwickau, 1846, in-8°, p. 300.)

Calais, on peut croire qu'ils viennent de la Bibliothèque bleue. Les trois pièces de Napoléon I#r, qui couronnent le théâtre des Escualdunac, sont le fruit des souvenirs du peuple. La première embrasse le Consulat; la deuxième, qui est la plus longue et incontestablement la plus belle, se rapporte à l'Empire; et dans la troisième est retracée la vie de l'illustre exile de Sainte-Hélène. Voyons maintenant de quelle façon ces pièces sont représentées : A-t-on décidé que l'on en jouerait une, la jeunesse de l'endroit va trouver l'homme de lettres du voisinage, le plus souvent l'instituteur de la commune , et lui fait part du dessein qu'elle a formé. On s'entend sur le choix de la pastorale, et l'on convient des honoraires à payer au directeur de la troupe, qui remplira en même temps les fonctions de copiste , de répétiteur, de régisseur et de souffleur. Ces honoraires sont de quarante francs, la nourriture en sus. Avant de se produire en public, les acteurs répètent cinq ou six fois dans une maison particulière, jusqu'à ce qu'ils soient en état de paraître convenablement sur la scène.

La construction du théâtre où se jouent ces pastorales, se réduit au modicis instravit pulpita tignis. Quelques planches solidement clouées sur une douzaine de solives en font les frais ; une triple rangée de barriques supporte le tout et donne à la scène une élévation d'environ i^ôO sur 4 ou 5 mètres de côté. Le haut du théâtre est partagé en deux compartiments égaux, dont l'un forme la scène et l'autre le foyer des acteurs. Une corde tendue à la hauteur d'environ 3 mètres, et d'où descendent des draperies plus ou moins riches, plus ou moins ornées, forme la ligue de démarcation entre les deux compartiments, qui communiquent entre eux par deux ouvertures pratiquées aux deux extrémités. Sur la gauche s'élève ordinairement une espèce de pantin monstrueux, que l'on met en mouvement au moyen de cordes; il représente Allah, le dieu des mahométans; son rôle est d'applaudir aux crimes des méchants et de se livrer à de nombreuses contorsions en présence des personnages vertueux qui paraissent sur la scène. On s'en sert encore dans les entr'actes pour amuser le public , si toutefois on peut appeler entractes des interruptions accidentelles.

Les acteurs qui vont paraître sur le théâtre ne sont pas les seuls qui aient le droit d'y siéger : les personnes marquantes de l'endroit y occupent une place d'honneur. On y voit aussi les couturières qui ont préparé les costumes et qui veillent sur les décorations ; le répétiteur qui remplit publiquement les fonctions de souffleur; enfin, deux ménétriers, l'un jouant du violon, l'autre de la flûte , avec accompagnement de tambourin ; ils ne jouent pendant la pièce que pour accompagner les chants , qui sont ordinairement des prières adressées à Dieu par les acteurs, ou des chœurs d'enfants, dans des moments critiques.

Voici un chant tiré de la pastorale de sainte Geneviève, qui donne une idée assez avantageuse de la partie lyrique de ces sortes de drames :

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