CHANTS FUNÈBRES
des proches parents , et la douleur bruyante et sans frein de la veuve, ou de l'époux quand il est fait allusion aux vertus domestiques de la défunte, tout cela augmente reflet du chant funèbre; mais eu plein air, dans un sentier tournant autour de quelque montagne , quand un prêtre ou une personne grandement aimée et respectée est portée en terre, et que le caoine, gonllé d'un millier de voix , est répété par les échos , la scène est tout à fait magnifique.
A la lin de chaque couplet , le poète fait entendre une lamentation !, et les assistants font chorus avec lui. A ce cri succède un moment de silence, après lequel recommence le caoine, et ainsi de suite, chaque couplet se terminant par une lamentation.
Le caoine consiste habituellement en une adresse au défunt, à qui Ton demande pourquoi il est mort , etc., ou en une description de sa personne , de ses qualités , de ses richesses , en un mot de tout ce qui le distinguait. Ce chant est entièrement improvise, et Ton est quelquefois surpris de la facilité avec laquelle Fauteur compose et adapte ses images poétiques à la circonstance ; mais pour s'en faire une juste idée, il faut être versé dans la langue irlandaise.
Le chant funèbre n'est pas toujours du domaine exclusif du poète attitré; se trouve-t-il parmi les assistants quelque personne douée de la faculté poétique, elle peut produire ses vers, et le cas se présente quelquefois. La nuit se passe ainsi dans une succession de lamentations et de silence, Varrivée d'un ami ou d'un parent du défunt étant le signal d'une reprise du caoine.
L'auteur est presque invariablement une vieille femme , ou , si on ne peut l'appeler ainsi , les habitudes de sa vie la font paraître telle. « Nous nous rappelons, dit l'écrivain auquel nous empruntons ces observations, une de ces femmes, et nous n'oublierons jamais une scène dans laquelle elK- jouait un grand rôle. Un jeune homme avait été tué en résistant à la police qui cherchait à l'arrêter; il appartenait à une famille aisée, et on lui faisait une belle veillée.
' Celle lamentation, appelée^/ ou ultatoo, est ainsi donnée par W. Beaoford :
Premier demi-clunr. Ulla-lolla-lulla-lulla lu lu uch o ong.
Sa oni demi-ch<r*r. 0 ong ulla-lnlla-lolla-lulla-lalla-lalla-lulla In urht o ong.
282 LE PATS BASQUE.
Quand nous entrâmes dans la pièce , la femme était assise à coté du corps, sur un tabouret peu élevé. Ses longs cheveux noirs pendaient épars sur ses épaules; ses yeux, d'une espèce particulière au pays, étaient enfoncés et gris, et capables d'exprimer depuis la haine la plus violente et la vengeance la plus terrible jusqu'à l'affection la plus tendre, la plus ardente. Son large manteau bleu lui montait jusqu'au cou, mais pas assez pour cacher le contour de sa figure, fine et maigre, surtout excessivement mobile. Quand elle se levait , comme par une inspiration subite, d'abord étendant ses mains sur le corps, puis les joignant convulsivement au-dessus de sa tête, elle continuait son chant d'un ton bas et monotone, coupé parfois par des accents vifs et animés; et prenant toute espèce d'attitudes pour donner de la force à ses paroles et pour exalter les vertus et les bonnes qualités du défunt : « Leste et sûr était son pied, disait -elle, sur la montagne et dans la vallée. Son ombre frappait de terreur ses ennemis ; il pouvait regarder le soleil en face ainsi qu'un aigle ; le mouvement circulaire de son arme dans l'air était rapide et terrible comme l'éclair. Il y avait eu foule et abondance dans la maison de son père, et le voyageur ne la laissait jamais vide; mais les siens étaient nombreux sur la montagne et dans la vallée, et ils vengeraient sa mort. » Alors, s'agenouillaut , elle croisait ses mains et vomissait d'amères malédictions contre celui qui avait porté le coup fatal, malédictions qui n'éclairent que trop vivement la violence de la haine de l'Irlande : « Puisse la lumière disparaître de tes yeux, de façon à ne plus voir ce que tu aimes! Puisse l'herbe croître à ta porte! Puisses -tu être réduit à rien , comme la neige pendant l'été! Puisse ton sang s'élever contre toi, et le plus doux des breuvages se changer pour toi en une coupe des plus amères ! Puisses-tu mourir sans l'assistance d'un prêtre ou du clergé! » A chacune de ces malédictions les assistants répondaient amen d'une voix grave, la ban vaointhe 1 s'arrêtait pour l'écouter, puis reprenait le cours de ses anathcincs. » Nous ne suivrons pas plus loin M. et Mrs. Hall, dont l'ouvrage
' Sur le «cas do ce mot cl de caoin , voyez Hall, vol. I, p. 222, 223, en noie.
romaines. 283
est cuire les mains de tout le monde; on y trouvera la traduction d'un caoine chaulé en présence du corps de deux lils d'une pauvre veuve exécutés pour haute trahison , et l'on y verra qu'outre ces improvisations en face des morts , les paysans irlandais possèdent aussi des élégies écrites, ou thirrios, qui ont pour auteurs presque exclusivement des hommes , tandis que les caoines sont l'œuvre des femmes. Cette ressemblance avec les eresiac basques est à remarquer, aussi bien que le vllnloe , qui pourrait bien n'être autre chose que le lelo il leloa que nous avons vu plus haut dans le Chant des Cantabrcs , et que l'on retrouvera plus loin dans les poésies de Bernard d'Etchepare.
LA BIKN-A1MÉE.
Je n'ai qu'un mot à dire sur la pièce suivante, non sur l'ensemble, dont je laisse l'appréciation au lecteur, mais sur le second couplet, où je suis tenté de voir une allusion à une pratique généralement usitée dans le midi de la France, particulièrement dans le Kouergue, et qui consiste à couper en biais des tiges de fougère pour en obtenir des ligures. Sans doute, les paysans basques ne coupent pas de chêne pour si peu, même pour connaître l'avenir; mais rieu n'empêche de croire qu'à une époque quelconque , ils aient pu avoir l'habitude d'interroger dans ce but le cœur d'un jeune chêne abattu, et parfois y trouver l'image dont parle le poète.
La lUen-aimèc a été publiée, pour la première lois, parM.Chaho, dans un journal de Bayonne A la suite de ce morceau s'en trouve un autre en français, intitulé Orthograptie basque.
• Ariel, clc, n» du IG mars 1845.
LE PAIS BASQlfc.
MAITEN K S A .
( Suteratarr* )
Celuco izarren bidia
Nie baneki, Han nir'cne mai te gaztia
Chiichon kausi; liena «août- jagoiti nie houra
Ez ikhousi.
Zuhain gazte bat nie ailiotzaz
Treneaturie, Uduri zait eue bihotza
Golpattiric , Herronae errorieo zeitzola
Eiharturic.
Ceren beitzen lili ororen
Kigcrrena , Bai eta eue bihotzeco
Maitencna, Harcn izanen da eue azkcn
Hasperena.