‹ Le Pays BasqueChapitre 52 sur 152 · CHANTS. FUNÈBRES · texte numérisé non relu

CHANTS. FUNÈBRES

quelques années, dans les communes de Bielle et de Bedous, en Béarn, dans le département de la Haute-Garonne 1 et ailleurs «. En Guipuzcoa et en Biscaye, ils étaient appelés eresiac , c'est-àdire généalogies , ou plutôt histoires 3, parce qu'on y exaltait l'origine du défunt et les hauts faits de ses ancêtres ; ils avaient généralement pour auteurs des femmes , et pour interprètes des pleureuses louées *. Le nom tfarirrajo, par lequel on désignait les lamentations que l'on faisait entendre autour du mort , venait de l'accompagnement obligé de gestes violents unités en pareille occasion. En quelques endroits, les femmes assistant au convoi donnaient des coups à la veuve, sur le dos et les épaules, en criant d'une voix frénétique : galdua iz, etagal adi! (péris, malheureuse, puisque tu as tout perdu!)

En 1464, un certain Martin Baiïcz de Artaçubiaga avant été assassiné près d'ibarreta, sur le chemin qui va de Mondfagon à Çaragarea, en représailles de la mort de Gomcz Gonzalez de Buytrou, tué en la grande bataille de Mondragon l'an 1448, par les partisans de Martin, la veuve de celui-ci, doïïa Saucha Ochoa de Oeaeta , fit éclater sa douleur d'une manière fort usitée à l'épo-

a publié un certain nombre dans un recueil intitulé : Canti popolari cùrsi, con note. Seconda ediiione rivedota e auipliata. Baslia , tipografla di Cesarc Fabiani, 1855, in-12, p. 17 (Voeeri ossia lamenti funebri di donne per congiunti o estranei morli d'infermitàj, et p. 77 (Voeeri di donne per morte violenta di congiunti o etlraneij. — On trotte encore deux roceri, avec traduction française, dans le livre que M. Jean de la Rocca vient de donner sons le titre de la Cotte et son avenir. Paris, Heuri Pion, 1857, in-8°, ebap. Ml, p. 85-88. — La recherche des contrées où les chants funèbres ont été, sont encore en usage, m'aurait conduit trop loin ; je me contenterai de citer les royaumes d'Angoya et de Cbimfouka, eu Afrique, où des pleureurs à gages témoignent de cette façon leurs regrets de commande. Voyei nouvelles Annales de* Voyages, etc., t. X. Paris, 1821, ln-8°, p. 394.

* Slat. gén. des départ, pur., t. Il , p. 370, 37G.

» On est amené a le croire en lisant , dans une note du beau recueil de M. de Marcellns {Chants du peuple en Gréée, t. Il, p. 52 ), un fragment d'élégie rimée en gascon, qui me semble une espèce de tùcero.

* Dans l'appendice aux poésies d'Oihenarl, p. 233, on lit un récit poétique intitulé : Laêr karbarien Eressia, c'est-à-dire Ilistoire des quatre macqueuses. — « Le nom d'eresbioc , dont ils ( les Basques) se servent encore pour caractériser les chants populaires qui roulent sur quelque histoire vieille ou antique, a l'air d'être fort ancien dans la langue, bien que les pièces de poésie auxquelles il peut s'appliquer soient toutes assez modernes. ■ > Fauricl, Hist. de la Gaule mérid. sous la domin. des conq. germ., t. Il, p. 353, 351.)

* Le docteur de Isasti s'inscrit en Taux, sur ce point, contre ce que dit le chroniqueur Garibay.Voy. Compendio kislorial de la M. S. y M. L. provincia de Guipuzcoa, cap. XVII (De eostumbre de Guiputcoa en sepultar lot muerlos.ritos y ceremonia» , I tantôt, lulo, vblacïonet, y sufragio* por las animas del Purgatorio),:n0 3, p. 202.

"274 LE PATS BASQCE.

que , déplorant la mort de son mari , sa solitude et celle de ses enfants; elle chanta plusieurs vers, parmi lesquels quelques-uns, du temps de Garibay, se conservaient encore dans la mémoire des gens , entre autres ceux-ci :

Oftetaco lurrati jabilt Icara , La terre (au-dessous) des pieds tremble ,

Iju aragoroc verean verala , Et de même les chairs des quatre membres,

Martin Balles I barre tan i Ida la. Parce que Martin Baficx est mort en IbarreU.

Artuco dot esc itbatean guecU , Je prendrai d'une main le dard ,

Beslean suri yraxegura ; Et dans l'autre un fagot de fougère allumé ;

Errerodot Aramajo gustia !. Je brûlerai tout Aramayona.

Vers la même époque, la sœur d'une jeune femme morte en couches , dona Emilia de Lastur, ayant appris que le mari Pero Garcia de Oro songeait à se remarier avec doua Marina de Arraeola, qu'il aimait auparavant , en ressentit beaucoup de chagrin; elle vint de Deva à Mondragon, et chanta les couplets suivants, chose très-usitée dans ce siècle, dit Garibay, qui les chantait dans sa jeunesse :

Cor ote da andra crdia? ençauria , Sagar errea, ela ardoa gorria.

Ala baya, contrario da Milia; A/.pian lur oça , ganean arria.

Lasturera bear doçu , Milia , Ayta jaunac eresten dau clia, Ama andreac apaynquilan obia ; Ara bear dont , andra Milia.

Jatisi da corurean arria , Aurqtiitu dau Lasturen torro barria.

Edegui dio alniene a ri erdia ; Laslurera bear do<;u , Milia.

Arren, eue andra Milia, Lasturco Peru Garciac eguin deuscu laburto, Eguin dan andra Marina Arrarolaco ; Ezcon beqnio, bere idea danco *.

Dans ces vers, dit Garibay, que nous prendrons désormais pour guide au milieu de ces obscurités et de ces ruines \ l'auteur sVntretenant avec sa sœurdofia Emilia (en basque Milia) récemment

» Mémorial hittàrico esprtol , etc., t. VII , p. 4<J.

* Ibid., p. 178, 179.

• Dans le doute ou nous sommes du sens de certains mots, on romprend que nous avons

CHAHS FUNÈBRES.

décédée, donne à entendre qu'elle n'avait pas été bien traitée par son mari, qu'elle était déjà sous la terre froide, avec une pierre sépulcrale au-dessus, et qu'il était nécessaire de porter son corps à Lastur, car son père abattait une grande quantité de bétail pour ses funérailles, et sa mère préparait sa sépulture. Elle dit, en outre , dans les derniers vers , en se récriant beaucoup contre sa mort, que du ciel était tombée une pierre qui avait frappé juste dans la tour neuve de Lastur et enlevé la moitié des créneaux, qu'elle avait besoin d'y aller, et d'autres paroles exprimant le regret du mariage projeté avec ladite dona Marina de Arracola.

hésité ii modifler profondément le texie. Il est a regretter qne les éditeurs ne Paient point soumis, comme ils l'ont fait pour les proverbes, au savant qui a mérité d'être l'objet de la chanson suivante, imprimée sur le même placard que Y Arbre de Guernica :

Vito cutkcro.

Vive le basque.

Espahan da guizon bat

Il y a en Espagne un homme

Beardeguna maita ,

Que nous devons aimer,

Francisco Alzklbel jauna ,

Monsieur François Alxkibel

Eusraldunen ait a.

Le pére des Basques.

Cbit da guizon prestua

C'est un homme très-probe

Eta jaqninsua :

Et plein de savoir :

Errespeta dezagun

Bespectons en lui

Gura malsua.

Notre maître.

Ogueila aimbeste tirtelan

Depuis plus de vingt ans

Bîci da Toledon

Vit a Tolède

Izar-sizco semea.

Le fils d'Uaraizco.

Ezda beti lo egon ;

Il n'a pas toujours dormi;

Liburuen gaflean

Sur les livres

Lanean gau ta egun

(la travaillé nuit et jour

Gure euskera maitea

Pour que notre basque bien-aimé

Galdu cz dezagun.

Nous ne perdions pas.

Arabe ta ebreo

L'arabe et l'hébreu

Danac danac bcera

Sont tous deux

Xcre adiskideac.

Mes amis.

Vlva , viva cuslera !

Vive, vive le basque!

Biotzean gurutza ,

La croix sur le ca>ur,

Escuan bandera ,

Le drapeau a la main,

Esan lotsaric gabe :

Disons sans bonté :

Euskaldunac guera.

Nous sommes Basques.

Pakean bicitzeco

Pour vivre en paix

Gare menriietan,

Sur nos montagnes,

Eozkera itzeguin bearda

Il faut parler basque

Balzarrc danetan;

F.n tons les lieux ;

Ta Euscaldunen Icena

Et le nom des Basques,

Gueroco cunkietan,

Aux jours a venir.

Famatua izangoda

Sera renommé

Aide guztietan.

Partout.

' Les éditeurs du Mcmor. kint. esp. ( I. VI! , ji. C», 047 , l'appellent D. Jo*é rfe Aiiquirrl.

A ces vers, dona Sancha Hortiz, sœur de Pero Garcia de Oro, répondit par les suivants :

Eç dauco Peru Garciac bearric Ain gachandia apucaduagalic , Ceruetaco mandatua icanic Andrarioc ala cumpli jasoric.

Guiçon chipi sotil balen andraçan, Aie arte çabalean oy çan, Guilça porra andiaen jabe çan , Onrra andi asco cumplidu jacan *.

Ces vers signifient, dit encore Garibay, que Pero Garcia «le Oro non -seulement n'était pour rien, par sa faute, dans l'opposition qu'elle lui faisait , mais que c'était un ordre du ciel , et qu'elle avait vécu très-grandement femme d'un homme petit et bien fait. Dona Sancha dit de plus qu'elle avait l'habitude de vivre en large portail, c'est-à-dire dans une vaste maison, qu'elle avait été maîtresse d'un grand trousseau de clefs », entendant par là sa grande richesse, et tenue sur un pied très-honorable par son mari.

Garibay rapporte encore les vers suivants relatifs au même

sujet, et pareillement chantés par la sœur de dofia Emilia :

Arren, ene andra Milia, Lasturco Mandatariac eguîn deust gartoto.

Cerurean jausi da abca, Jo dau Lasturco torre gorea; Eroan ditu ango jauna eta andrea Bala leen, guero bestca.

Hidaldu dogu ceruelara cartea, Arren digucla gueure andrea.

Monorgoeri artu deusat gorrolo , Guipuç andraoc artu ditu gartoto, Iturrioç ealean andra Maria Daldaco, Arte calean andra Ojanda Gabiolaco, Erribalean andra Milia Lasturco,

• Mémorial kistùrico cspaiol, etc., L Vit, p. 179.

« Dans le Riga-Mal, on voit une jeune mariée conduite au domicile conjugal avec des clefs :

Heini oku tba Domum duxerunt

Hàugin-luklu Claves sonank-s portantera,

Geita-kyttlu, elc. Pellibos caprinls induiam, virglncm, etc. Encore aujourd'hui , dans le Pays Basque , les servantes des carte sont appelées clarirrei { guelariac ), mot que l'on tronve dans le 356* proverbe d'Oibenart.

CHANTS FU.N ÈBRES. "277

Ces vers, s'adrcssant à dona Emilia, signifient, dit toujours Garibay, que le messager ne s'était pas bien acquitte de sa commission, qu'il était tombé du ciel un pilier qui avait donné en la tour élevée de Lastur, qu'on avait emporté comme morts le maître et la maîtresse de cette maison , l'un d'abord , l'autre ensuite , et qu'on avait envoyé une lettre au ciel pour la remettre à cette dame. L'auteur dit ensuite qu'elle était indignée contre Mondragon , parce qu'il avait mal pris les femmes de Guipuzcoa, et elle en nomme trois : dans la rue d'iturrioz (ou de la Fontaine), dona Maria de Balda , femme de Rodrigo Ibanez d'Avendano ; dans lame du Milieu, dona Oehanda de Gabiola, femme d'Ochoa Baiïcz d'Artaçubiaga, bourgeois de Mondragon ; enfin , ladite dona Emilia de Lastur, dans le faubourg du bas de la ville.

« Ce sont, ajoute Garibay, des chants funèbres (endechas) de femmes, que j'ai voulu rapporter ici pour conserver ces reliques » Le même motif nous engage aussi à reproduire un autre fragment pareillement recueilli par Garibay. Il le donne dans la généalogie de don Juan Alonzo de Muxiea y Buytron «, comme faisant partie d'un chant où se trouve raconté le dessein d'une dame de Biscaye, appelée dona Juana, qui, vers 1448, avait résolu d'épouser Martin Ruiz de Gamboa, malgré qu'il fût du parti contraire et qu'il eût trempé dans la mort de Gomcz Gonzalez , son père s. Répondant à sa mère, dona Juana lui dit :

Verba orren , verba gacia ! Combien celte parole est salée ( sévère ) !

Verba orrinaz cz riaquiola valia ; Cette parole ne saurait lui servir tle rien;

Dardoac egoin anrn verealdia , Maintenant (que) le dard a eu son tour,

OUm) da ère egoteco aalquia. Olaso est le lie a où je resterai.

A ces chants se joignait ordinairement une pantomime souvent si terrible, que le gouvernement, frappé des désordres qui se commettaient dans ces occasions , se vit obligé d'y remédier par une loi dont voici la substance : « Sur ce qu'il nous a été

• Mémorial hitlùrico espaHol, etc., t. VU, p. 179, 180.

» Compendio kistorial de E»jm»a, lib. XXI, t. III, f. 84. Voyez encore Mem. hist. esp., t. VU, p. xv, xvi.

* Ces sortes de mariages, impossibles aujourd'hui, n'étaient point rares autrefois, surtout en Espagne. Pour nous en tenir au Guipuzcoa , nous en retrouvons nn autre exempte dans le Compendio hisiorial du Dr Isasti, liv. I, enap. IX, p. 81.

représenté qu'il est d'usage, en Biscaye, de pousser des cris de douleur immodérés à la mort d'une personne et de troubler par toutes sortes d'actions la cérémonie des funérailles, nous ordonnons et établissons pour loi qu'il sera désormais défendu, dans les villes et dans les campagnes, de faire entendre, à la mort d'une personne quelconque, des lamentations, de s'arracher les cheveux, de se meurtrir la chair, de se blesser à la tète, d'entonner tics chants de mort et île prendre le deuil de bure , sous peine de mille maravédis pour chaque contrevenant *. » Malgré cette sage ordonnance, l'usage dont il s'agit n'était pas encore tout à fait aboli dans plusieurs parties de la Biscaye au commencement de ce siècle, surtout à l'enterrement d'une personne de distinction ; la veuve suivait le cercueil de son mari , accompagnée de toutes les femmes de l'endroit ou des environs, t Elle est couverte, ajoute la relation que nous copions, d'un manteau de gaze, tandis que les autres femmes portent une jupe de drap blanc avec beaucoup de plis , et une caniisolle à larges manches ; elles mettent en outre autour du cou une monta, et ont la tête couverte d'une toile fine appelée burucca , qui serre les oreilles et couvre le front jusqu'à la racine du nez ; les deux pointes de cette toile flottent sur la tête en forme d'aigrette. Les demoiselles , revêtues de robes de deuil , ont les cheveux dénoués et épars sur le visage et les épaules. Toutes les femmes se lamentent , poussent de profonds soupirs et des cris plaintifs, adressent la parole, tantôt à la personne défunte , tantôt à elles-inèine < ; elles commencent leurs lamentations avec un ton de voix très-élevé, puis les continuent dans un ton grave, et prononcent de temps à autre le mot ayené! qui, en langue basque, signifie hélas !. . . Dans les montagnes de Burgos et de Santandcr, tous les parents et amis du défunt , hommes et femmes , accompagnent le cortège funèbre en pleurant et en criant. A la mort d'une personne de haut rang, on tend les appartements en noir ; le mort est placé sur une estrade , et dans chaque coin de la salle une pleureuse est assise à terre, et ne cesse

• El Fuert) , jritiltffios , (ranqnaas, y liber laiet de lot cavalleros kij<n dalgo Hel SdUtrtode Yue*y*, tic. XXXV, k7 ti. (Ed. de Médina del Campo, M.D.LXXV., io-fol., folio 99 recto ; ed. de Bilbao, M.DX.XXXXM., in-fol., folio 105 verso.)

CBAMTS Fl'ftÈBHES. 270

de se lamenter et de faire l'éloge du défuut que lorsque la cérémonie de l'enterrement est terminée »

Hien ne témoigne que les choses se soient jamais ainsi passées chez, nos Basques, du moins eu ce qui touche les chants funèbres; car nous savons qu'ils étaient dans l'usage , il n'y a pas encore longtemps, d'accompagner les morts à l'église avec des cris déchirants auxquels se mêlait le panégyrique du défunt. La femme d'un joueur de tambourin suivait ainsi tout en pleurs le convoi de son mari, dont elle exaltait les bonnes qualités : « Ah! disaitelle, mon bien-aimé, que de fois n'avez- vous pas gravi cette côte eu jouant sur votre gracieux instrument des airs qui me transportaient; et aujourd'hui je pleure et je vous accompagne à votre dernière demeure. Combien j'étais ravie quand vous chantiez cet air.... » Elle se mettait à chanter, et tous les assistants de rire siins se laisser toucher par cette évocation du passé, qui, dans d'autres temps, appelait quelquefois la poésie à sou aide.

Je ne veux pas me laisser aller sur une pente qui m'est familière , et rechercher dans la Bible et dans l'antiquité profane les traces de l'usage qui vient d'être signalé chez les Biscayens ; mais je ne puis, en conscience, me dispenser de faire remarquer la ressemblance qu'ils ont , sous ce rapport , avec les Ecossais « et avec les Irlandais, que certains auteurs présentent comme descendants des Cantabrcs Déjà, au XIIe siècle, Silvestre Giraud, plus connu sous le nom de Giraldus Cambrensis , avait fait le même

* Continuation del Mémorial literario, lomo IX. Voyez encore Histoire générale de l'Espagne, etc., par G. B. Depping. P iris, 1811, in-8°, 1. I, p. 152-151.

1 Dans qoclques parties du nord de l'Angleterre, il n'y a pas encore longtemps que l'on ebantait aux funérailles des catholiques romains de la basse classe, pendant ia veillée du corps, avant l'enterrement , une sorte d'élégie recueillie par Sir VValter Scott. Voyez Mmstrelsy of tke Scottiik Border, etc. Edinburgh, 1814, in-8°, vol. II, p. 581-368.

* Voy. Averiauacionc» de lot antiguedades de Cantabria, etc., Ilv. I, chap. II, p 13-16 (Pueblan los Cantabros en IrlandoJ; et Compendio historiat de la... provincia de Cuipnicoa, por el Dr. Lope Marlinez de Isasti, p. 157, not. 31, etc. — Citons encore, pour l'agrément de ceux qui voient dans les Basques une tribu scylhique, Y Estât de l'empire de Rusie et grande duché de Motcovie , du capitaine Margerel, qui dit des Russes de la An du XVI' siècle : « ... ils ont ordinairement un nombre de femmes pour pleurer leurs morts, lesquels l'inlerroguent pourquoy il est mort ; s'il n'estoit favorisé de l'Empereur, s'il n'avoit assez de biens, s'il n'avoit assez d'enfans, une bonneste femme : on si c'est une femme, si elle n'avoit un bon mary, avec semblables follics. • >Edil. de M. Chcvrcul, a Taris, chez L. Potier, cb b ecc LV, petit in- 12, p. 20, 21.)

280 LE PATS BASQUE.

rapprochement *. Bien longtemps après, Thomas Pennant, qui avait visité l'Ecosse en 1759, caractérisait en quelques mots le coranich, ou chant funèbre, dont l'usage y subsistait encore en quelques endroits : « Les chants, dit-il, sont généralement en l'honneur des défunts , ou un récit de leurs hauts faits ou de ceux de leurs ancêtres ». * En même temps , ou peu s'en faut , le docteur Campbell 3 et Joseph C. Walker * publiaient des détails sur le caoine des Irlandais, et William Beauford lisait, le 17 décembre 1701, à l'Académie rovale irlandaise, un mémoire sur le même sujet 5 ; mais' rien ne me parait aussi satisfaisant que les renseignements donnés par M. et Mrs. S. C. Hall, dans leur bel ouvrage sur l'Irlande •.* Nous permettra-t-on d'en citer quelque chose ? Les chants funèbres étant tombés en désuétude dans le Pays Basque, peut-être s'en fera-t-on pluS facilement une idée en lisant le récit de ce qui se passe encore dans une contrée que l'on a présentée comme sa sœur par la langue.

Une famille irlandaise eompte-t-elle parmi ses membres une amie ou une parente douée de la faculté poétique, on ne manque pas de l'appeler quand il y a un décès. Introduite dans la chambre mortuaire, elle donne toujours lieu à une scène plus facile à raconter qu'à peindre. L'obscurité de cette chambre, éclairée seulement par des chandelles qui projettent une pâle lueur sur le cadavre, la véhémence du poète, qui tantôt loue, tantôt maudit , la répétition de ses paroles par les assistants à mesure que ses phrases se font jour, les signes d'assentiment qui se manifestent à la ronde, les sanglots profonds, bien qu'étouffés,

Sens llibernici cl Hispanica, a Marque nationcs nonnulla™ inter lugubres funerum

planclus, musiras cfTerunt lamentai ioncs, • etc. Topographie Hibtrniœ, pars III, cap. XII. {Anglica, Hlbernica , Sormannica, eir., cd. Gullielmo Camden. Prancofurti, anno N.DCII. , in-folio, p. 740, lig. 49.)

» ,1 Tour in Scotland; MDCCLXIX London, printed for Benj.Whitc, MDCCXC , in-4°, vol. I, p. m.

* A philotophical Survey of the South of Ircland, ctr. London : printed for W. Strahan, oie. MD<:CLXXV1I, in-8°, Ictler XX III, ort. 16,1775, p. 206-210.

' Uittorical Memoirt of Ihe Irith Bards , tic l.onifon : printed for T. Paync and son , etc., MDCCLXXXVI , in-4°, p. 16-20.

* The Transaction» of the royal Irith Academy, toi. IV. Dublin : prinlcd by George Bonham, in-4°, Anti<niities, p. 41-54.

* lreland : Us Scenery, Charaeter,tle. London, MDCCCXLI-XLIII, grand in-8°,vol. I, p. 225-229.

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