LA BIEN-AIMÉE
(D:«lecte touUttn.)
Si je savais le chemin des étoiles du ciel, c'est là que je rencontrerais sans faute nia jeune amante ; mais à dater de ce soir, hélas 1 je ne la verrai plus.
l'n jeune chêne que j'aurais coupé avec la hache acérée, me donne l'image de mon tueur blessé, comme si ses racines devaient tomber bientôt desséchées.
Parce qu'elle était de toutes les lleurs la plus jolie, et aussi la plus aimée de mon eteur, c'est i>our elle que sera mon dernier soupir.
ayant entendu son oiselle, lui répond dans le troisième couplet; dans le quatrième, qui rappelle le conte si connu du Hossignol, il invite la jeune fille à une promenade dans les bois. « Il y a ici, dit M. Chaho, à qui est due la publication de cette pièce *, un couplet intermédiaire , que nous avons omis, parce qu'il manque deux vers qu'il faudra rétablir dans le texte. » La jeune fille supplie le fiancé de ne pas l'entraîner, sous prétexte que cette pensée la réduit au désespoir et la conduira au tombeau; mais la promenade eut lieu, comme l'annonce le couplet suivant, que le barde met dans la bouche de la jeune fille.
La chanson finit par le mariage, qui est le dénouement de tous les romans montagnards ; l'amant console sa belle affligée, en lui annonçant qu'il la conduira triomphalement à l'autel, à la barbe des rieurs et des jaloux.
Sans anticiper ici sur ce que nous avons à dire plus loin au sujet du rossignol, je ferai remarquer le rôle qu'il joue dans les aventures amoureuses. Dans une chanson romaïque, une jeune femme , sous l'allégorie d'un rossignol familier, se plaint des misères des vieillards ». Un ancien troubadour, Pierre d'Auvergne, prend pour interprète un rossignol, qui se rend auprès de sa belle, lui parle en son nom, et lui rapporte sa réponse ». I n trouvère fait ainsi parler cet oiseau :
lioxignolet m'apele-l'on, Que heent li vilain félon; Mes cil qui d'amer ont corage, Font toz jors de moi lor message.
I.t Sort des dames, v. 15 ( Jongleurs et trouvères, etc., publ. par A. Jubinal. Paris, 1835, in-N°, |». 1H2.)
Plusieurs aventures témoignent de cette haine des vilains félons , c'est-à-dire des jaloux, pour le rossignol. Dans le Lai du
' Ariel, n° do 2 mars 1845.
* Chants du peuple eu Grèce , t. Il, p. &4.
* Choix des poésies originales des troubadours, t. V, p. 292-296. — Histoire littéraire des troubadours, par l'abbé Millol, t. Il, p. 16-18, elr. Gliiguené < Histoire littéraire d'Italie , ebap. V, sert. Il, t. 1, p. 2y:>) Tait observer que I on pourrai! reconnaître ici le goùl oriental et l'imitation des poètes arabes, qui , dil-il , eurent tant d'influence sur le génie des Provençaux.
LE PATS BASQUE.
Laustic, on voit un mari de cette espèce tordre impitoyablement le cou au pauvre oiseau , dont le chant est allégué, par une épouse coupable, comme un charme qui la retient toute la nuit à sa fenêtre *. C'est à peu près ce que disent ces deux couplets d'une vieille chanson normande :
Le roussignol est soubs le houlx Qui no ponce qu'à ces esbatz.
Le faulx jalloux se siet dessoubs Pour lui tirer son matbelas.
La belle, qui faisoyt le guect,
Lui a dict par injure :
Hellas! que t'avoit-il meflaict,
Meschante créature'?
[faus-de Vire d'Olivier Bantlin, etc., publ. par M. Louis du Bois. A Caca. 1821, in -8°, p. 169.)
J'extrais du même recueil, page 194, cette charmante chanson, qui offre plus d'un point de contact avec la pièce basque :
Il est venu le petit oyseillon, Ce moys de may, certainement, Chanter auprès de ma maison.
Le cueur de moy, Hovoy ! S'en resjouyt soubvent.
C'est le petit oyseillonet Qui chante au verd boscaige, Qui en son jolly chant disoyt, Vray amoureulx en son langaige.
Je my levay par ung beau jour Pour aller voir ma doulce amye , Car je prétends avoir s'amour; Mais j'en suys en melancholye, etc.
Dans notre ancienne poésie, les oiseaux sont représentés comme
1 Polies de Marie de France , publ. par B. de Roquefort. A Paris, cbei Cbassèriau, 1830, ln-Kw, 1. 1, p. 314-327. Dans le Lai d'Ywenec, qui précède celui du Lausiic, un amant prend la forme d'un autour pour pénétrer auprès de sa belle, dont le mari lui fait éprouver un sort pareil.
! Pans une vieille romance espagnole, un prisonnier déplore la mon d'un oiseau , dont le rbant lui annonçait l'aurore, et maudit son meurtrier. Voyez Romancero de romances dtKtrinale* , etc. Madrid, imprenla de 1>. L. Amarita, afin 18Î9, in-8°, p. 157.
des émissaires de l'amour *, et leur chant réveille les souvenirs les plus doux , la passion la plus tendre *. Aussi l'un des auteurs du lioman de la Rose se eroit-il autorisé à dire :
Molt a dur cuer qui en mai n'aime, Quant il ot chanter sus la raime As oisiaus les dous chans piteus.
(Édit. de Méon, l. 1, p. 6, v. 81.)
• Dan» nne nouvelle d' Arnaud de Carcasses, un perroquet arrive de loin pour saluer une dame de la part du fils d'un roi, et la prier de soulager le mal dont elle le fait languir; il plaide la cause de son maître et de l'amour aux dépens du mariage, se charge de rapporter au prince un anneau et un cordon tissu d'or, avec de tendres compliments; en un mot, se montre tout à fait son ami. Voyez Choix des poésies originales des troubadours, i. Il, p. 275-283; Histoire littéraire des troubadours, t. U, p. 390-395. — tue ballade écossaise, publiée par Sir NValler Scott | Miustrelsy of the Scoltisk Border, etc. Edinburgh, 1812. in-8°, vol. Il, p. 377-385 , présente aussi un dialogue entre un chevalier et un faucon qu'il charge d'un message d'amour.
* A Biaucaire sous la tor
Estoit Aucasins un jor...
Voit les herbes et les Hors, 01 canter les oisellons :
Menbre-li de ses amors, etc.
(Cesl d'Aueasin et de Sicolete, dans les Nouvelles françoises en prose du XIII* siècle, p. 303. 1
Cil oiselon s'envoisent Et mainent graut baudor.
Quant j'oi la leur joie, Por rien ne m'i tendrole D'amer bien amor.
(Les Poésies du roy de Navarre, etc., édil. de M.DCC.XLII., t. II, p. 95.)
En may, quant li orieux cric Et li aloete s'escrie Et prent contremont l'air a chanter Por les Ans amanz enchanter...
Claris en .j. vergier scoit, etc.
[le Roumain de Claris et de baril, Ms. de la Ribl. iiup. n° 7534», fol. 68 recto, col. 1, v. U.)
Quant Claris entent les doz sons Et les douz chans des oiseillons, De sa dame U resovint.
(Ibid., fol. 71 verso, col. 2, v. 12.)
En Espagne, e'rst ta même chose : un poéle nous montre les amoureux reprenant leur service en mai, en même temps que l'alouette et le rossignol reprennent leur dialogue. {Romancero caslellauo, etc. Leinsiquc : F. A. Brockhaus, 184-1, in-12, l. I, p. 273.;
I n troubadour, Folquet de Marseille, exprime le désir <|uc le chant des oiseaux soit réservé pour les amoureux :
Ja no voIgTa qu'hom auris
Il n'y a pa< longtemps que sur la côte du Croisic, eu Bretagne, les femmes et les filles qui attendaient le retour de leurs maris et de leurs galants, allaient danser autour d'un dolmen le jour de T Assomption. Les plus légères, après avoir dansé, grimpaient au sommet , d'où elles criaient de toutes leurs forces en chantant :
Goéland, goéland, goéland gris, Ramenez nos amants, ramenez nos maris f.
ERRESINOULA.
(Cub«rot«rr»)
Tehori erresinoula Udan da canlari; Ceren ordian beitu Campouan janhari ; iNeguian ezt'agheri, IkUinbau ezta eri :
Udan jin baledi , Counsola nainte ni.
Tehori erresinoula Ororen guehien ;