VOYAGE A L'ERMITAGE DE SAINT-JOSEPH
Argumant.
Cette chanson, publiée par M. Chalio », et, d'après lui, par le baron de ReifTeuberg 3, M. Mazure * et Miss Louisa Stuart Costello », est loin de briller par la clarté ; je soupçonne qu'il y manque quelque chose, ou qu'elle est formée de lambeaux d'autres pièces. Quoi qu'il en soit, elle est très-renommée daus tout le Pays Basque.
* The White Devil ; or, Viltoria Corombona, act V. (A Select Collection ofoli P/«f a, etc. London : Scptimns Prowett, M.DCCC.XXV., petit in~8°, vol. VI, p. 315.)
* La France littéraire, t. XIX. Paris, 1835, p. 319. — Voyage en Navarre, p. 59, 40.
* Chronique r'mie de Philippe Mou»kè4, 1. 1, p. 310, not. an v. 7839.
* Hittoire du Béarn et du Pays Basque, rte, p. 519.
» Bearn and the Pvfenee»,<Ac London: Richard Beotley.lSU, in-8°, toi. U, p.S40,&ii Le leiie y est accompagne d'une version anglaise.
3*28 LE PATS BASQIE.
Dans le premier couplet, le poète s'adresse à un petit oiseau : les chansonniers bretons procèdent souvent de même. Ainsi, dans la Croix du Chemin , le rimeur nous montre un petit oiseau qui chante au grand bois, et il lui adresse la parole *.
Dans la belle ballade du baron de Jauioz, la jeune fille achetée à prix d'or et emmenée en France apostrophe également les oiseaux :
Bons petits oiseaux , dans votre vol , je vous en prie , écoutez ma voix. — Vous allez au village, et, moi, je n'y vais pas; vous êtes joyeux, moi, bien triste*, etc.
Pareille interpellation termine un charmant daïno, ou chant d'amour lithuanien , intitulé le Départ de la jeune fille :
Oiseaux, n'élevez pas votre voix matinale, afin que je puisse rester ici plus longtemps, et adresser encore une parole à ma mère chérie.
Une ancienne ballade écossaise , rapportée par Sir Walter Scott s, présente un dialogue entre une jeune fille et un rougegorge; dans une autre, un roitelet, exauçant le souhait d'une amante, porte un message à la mère de celle-ci *. Ailleurs, c'est un condamne à mort qui charge un rossignol d'une commission pour sa femme ». Enfin, deux autres chansons populaires, l'une catalane, l'autre flamande, présentent des entretiens entre une veuve et un rossignol entre un petit oiseau et un amant qui en fait son messager 7.
Les chants populaires de la Grèce moderne offrent fréquemment des interpellations à des oiseaux. Dans l'une d'elles , les Parganiotcs en questionnent un :
1 Barutt-Breis, etc. Paris, Charpentier, 1839, in-8°, t. II, p. 28G, 287. 1 Ibid., t. I, p. 174. Voyez encore t. II, p. 160.
» Tke Heart of Middle Lotkian, ebap. XL. Voyez encore Popular Rhumes ofScotland, p. 196, 197.
* /«Aiiie of Breedislee , st. XIX. ( Minstrelsu of tke Seottisk Border, etc. Edinborgh, 1813, in-8", vol. II, p. 346. Cf. Ihc Broomfleld Bill, »1. 11 de 12 ( ibid., p. 248 ) , the twa Corbies (ibid., p. 216, 217) cl Lord William (p. 242'.
* Vaux-de- Vire d'Olivier Basse lin, pool, par Louis du Bois. Caen, 1821 , in-8°, p. 2UO.
* Observaciones sobre la poesia popular, con mues Iras de romances catalanes inèditos, por I). Manual Milà y Fontanals. Barcelona, imprenta rie Narciso Ratnircz , 1853, ln-4w esp., p. 161 , n° 58. (El Estudiante de Vick.)
: Instructions relatives aux poésie* populaire* de la France, p. 7.
D'où viens -tu, oiseau? Oiseau, où vas- tu?... Oiseau, dis -nous quelque chose, quelque bonne nouvelle1.
Dans une autre pièce, le rhapsode, après avoir raconté la mort de deux braves , termine ainsi :
0 vous, oiseaux, qui volez là-haut, dans k*s airs, allez le raconter dans le pays des Francs, dans les terres des Chrétiens*, etc.
J'ai encore remarqué ce gracieux début :
Blanc oiseau, oiseau chéri, là où tu voudrais aller, aller passer l'hiver, il n'y a ni branchette , ni herbette
Dans une autre pièce, ou voit ces deux vers très-remarquables, qui se rencontrent également, avec une légère variante, dans la belle chanson du mont Olympe 4 :
Oiseau, bon oiseau, mange les épaules d'un brave, pour que ton aile devienne grande d'une aune, ta serre d'un empan etc.
Au reste, pour le dire en passant, les oiseaux figurent fréquemment dans la poésie populaire des Hellènes, et même y parlent, comme l'aigle du songe de Pénélope dans l'Odyssée •, un langage d'homme, âvOfûircvnv àk/ito-kv 7, en général sur le ton de la plainte. Le plus souvent, trois oiseaux se posent sur une tour, une hauteur ou un pont, et le troisième, le meilleur, le plus petit ou le plus compatissant, se lamente et parle , p ^toXoyow^i x'ftryi ".
Les oiseaux jouent à peu près le même rôle dans la poésie serbe. Tantôt ce sont deux rossignols qui chantent toute la nuit
1 Chanta populaire» de la Grèce moderne, par M. Fauriel, t. I, n° IX, p. 300, 30t.Voyei encore Chants du peuple en Grèce, t. I , p. 304; t. Il, p. 78, 135. — T. I, p. 419, on lit l'interrogatoire d on petit oiseau qui s'est échappé du monde d'en bas et qui en apporte des nouvelles.
• Chant» populaires de la Grèce moderne , t. Il , p. 51 — On trouve une interpellation analogue dans une pièce intitulée VAbtence, publiée par M. Vreto dans un article sur les contes et poèmes de la Grèce moderne. ( Le Correspondant , etc., t. XXXVI. Paris, 1855, in-8°, p. «.)
• Chants populaires de la Grèce moderne, t. Il, n° XVHI, p. 170, 171.
• Ibid., t. I,n°V||,p.38.
« /Aid., t. II, nu XXI, p. 190, 191. Cf. n° XXIII, p. «04, «05. Lit. XIX, v. 536.
' Ibid., 1. 1, p. 44. 71 ; t. H, p. 4, 376. Cf. p. «36, 3«4; Vouaae dans le royaume de Grèce, par Eugène Ycmenlr. Paris, K. Denlu, 18" !. in-8°, p. 196, 197; et Chants du peuple en Grèce, t. I, p. 89, 174, «40, «48.
• Chants populaires de la Grèce moderne, t. I,p. 1«6, 194, «88; t. II, p. 68, 344. Voyez encore Chanta du peuple en Grèce, 1. 1, p. 110, 115,301.
devant la fenêtre d'une jeune fiancée, et font la conversation avec elle 1 ; tantôt c'est l'un d'eux , qui , surpris par des chasseurs, leur demande la vie, puis déplore la perte de sa liberté *. C'est encore un faucon qui , balançant entre la veuve hyacinthe et l'odorante et virginale rose, se parle à lui-même , de façon à exciter le courroux de cette dernière 3, ou qui, interrogé par son maître, lui répond en sifflant*. Dans une autre pièce, une amante s'adresse à un rossignol pour l'inviter à ne pas troubler, par son chant , le sommeil de son bieu-aimé *; apostrophe pareille à celle qui termine un épicède musulman publié en français par M. Garciu de Tassy, dans un article intéressant sur les chants populaires de l'Inde •.
Un des poëmes les plus gracieux du ce pays ne présente pas moins de douze appels de ce genre. C'est le Jhidzda mânsa, ou les Douze mois, sorte de ilrame ou plutôt de monologue dramatique eu douze chants, qui offre la série des discours qu'une femme passionnée pour son mari t ient pendant sa longue absence 7 . Ignorant le lieu où il se trouve, et ne sachant comment lui faire parvenu* un message , elle interpelle différents oiseaux , elle les conjure d'aller à la recherche de cet époux chéri et de lui en rapporter des nouvelles. Chaque mois, elle expédie ainsi un oiseau différent, après
' Chant» populaire* des Servie** , t. 1 , p. 125. — * lbid., p. 149, 150. — * lbid., p. 196, 127. — • Ibid., p. 193. - 1 Ibiâ., p. 156.
« Revue contemporaine, livraison du 30 >cptcmbre 1854. - Dans un autre morceau, qui précède de très-peu celui-la,on lit : « 0 Hasrat, les rossignols tristes et plaintifs se reposent sur une branche, et ils chantent ces vers au milieu do jardin : ■ Hélas , ô saisou ■ d'automne, toi qui dan* un instant as produit une nouvelle apparence dans le jardin, tu « n'as pas trouvé la rose rassasiée de plaisir ! » Ailleurs, un autre poète musulman de l'Inde commence un chant éro tique en adressant une question au rossignol. — Je ne veux point profiter de l'occasion pour m'étendresur les mille aventures des amours de cet oiseau avec la rose, sultane du rossignol, comme l'appelle lord Byron, aventures aussi répandues en Arabie, s'il faut en croire lady Montague, que les vers d'Ovide le sont parmi nous, et qui ont inspiré une chanson romafque publiée par M. de Marcel lus (Chants du peuple c* Grèce, t. II, p. 270-273); mais je ferai observer que c'est probablement cette gracieuse fable de l'Orient qui a donné a nos poètes populaires l'idée de placer presque toujours le rossignol sur des rosiers, sur des houx < voy. ci-dessus, p. 286 ) ou sur des aubépines; en un mol , « sur un arbre qui est d'espines plaine. > ( Le Chant du roussigneul, lis. de la Bibl. pultl. d'Avranches, fol. 1.) Je renverrai encore au t. XX des Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, où M. de Beau repaire a exposé d'une manière fort savante le* propriétés fabuleuses prêtées an rossignol par les écrivains du moyen âge.
' Analyse d'un monologue dramatique indien, par M. Garcin de Tassy. (Journal asiatique, y série, t. XVI. Paris, M DCCC L, io-8°, p. 310 -328. •